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Centre d’enfouissement de Ghjuncaghju : Tavignanu Vivu conteste la décision du tribunal administratif de Bastia


le Lundi 28 Novembre 2022 à 21:04

Après que la juridiction ait annulé une partie des prescriptions fixées par le préfet de Haute-Corse en 2020 dans le cadre de l’exploitation du futur centre d’enfouissement de Ghjuncaghju, le collectif a annoncé son intention de faire appel. Il dénonce dans le même temps les conséquences désastreuses que cette décision pourrait occasionner sur l’environnement



Photo illustration du site sur lequel devrait être implanté le centre d'enfouissement de déchets à Giuncaggi
Photo illustration du site sur lequel devrait être implanté le centre d'enfouissement de déchets à Giuncaggi
U troppu stroppia ! Cette fois c’en est trop pour les membres du collectif Tavignanu Vivu qui ne digèrent pas le jugement du tribunal administratif de Bastia du 18 novembre dernier. Par ce dernier, la juridiction est en effet venue annuler une partie des prescriptions fixées par le préfet de Haute-Corse en septembre 2020 au sujet de l’exploitation du futur centre d’enfouissement technique (CET) de déchets à Ghjuncaghju, projet porté par la société Oriente Environnement, qui prévoit l’enfouissement de 14 casiers de déchets ménagers et quatre casiers de terres amiantifères en surplomb du Tavignanu.
 
« Ces prescriptions résultent de la demande de ce même tribunal, suite à l’autorisation du CET en octobre 2019. Elles encadrent et précisent d’un point de vue technique la mise en œuvre du projet », tance Tavignanu Vivu en pointant que certaines des prescriptions annulées « étaient prévues pour garantir contre les risques liés au défaut d’étanchéité des installations qui résulteraient des problèmes de tassements, glissements et circulation d’eaux souterraines ». « Le TA a annulé la prescription demandant que la zone la plus critique du point de vue de la stabilité du site soit étudiée préalablement au début des travaux. Ce point reprenait les préconisations du dernier rapport de l’Ineris (novembre 2019) fait à la demande du ministère de la Transition Écologique. Nous soulignons le fait que le TA n’a pas tenu compte de ces éléments nouveaux », gronde le collectif en affirmant que, « si les prescriptions avaient été maintenues en l'état, les études complémentaires imposées auraient confirmé que ce projet était infaisable, comme (il) le soutient depuis sept ans, et comme l'avait déjà compris le préfet Alain Thirion lors de son refus d'autorisation en novembre 2016 ». 

« Nous ne comprenons pas qu’un juge puisse se prononcer sur des prescriptions qui sont éminemment techniquesNous sommes complètement interloqués par cette décision ! La préfecture a pris des précautions, et le tribunal les a effacés », appuie de son côté Alexis Cortinchi, l’un des membres de ce collectif. 
 
« Ce jugement du TA ouvre la voie à la pollution certaine du Tavignanu »
« Lors de l’audience, le responsable de la DREAL a bien expliqué que les prescriptions allaient au-delà des minimums prévus dans les textes légaux, parce que le site présente de nombreux risques, car il se situe sur un promontoire rocheux, dans un méandre du Tavignanu, où la géologie est très instable. Tout cela a été balayé d’un revers de main », pose-t-il. Le tribunal administratif, a de son côté argué que « les prescriptions techniques fixées par le préfet excèdent ce qui est nécessaire au fonctionnement de l'installation de stockage de déchets portée par la société Oriente environnement, au vu des avis techniques et des rapports produits devant lui » et fait savoir que « l'arrêté, tel que modifié par ce jugement, permet le fonctionnement du projet de la société Oriente Environnement dans le respect du code de l'environnement ». Des arguments que les membres du collectif rejettent en bloc, soulignant que « l’annulation de ces dispositions des prescriptions revient à nier tous les risques liés à ce projet, risques reconnus par les services de l’État ». « Ce jugement du TA ouvre la voie à la pollution certaine du Tavignanu ainsi qu’au risque non négligeable de voir les poubelles et les terres amiantifères polluer tout le cours inférieur du fleuve jusqu’à la mer », déplorent-t-ils. 
 
« Nous attendons que la préfecture fasse appel. Nous ne nous comprendrions pas si elle ne le fait pas », livre de son côté Alexis Cortinchi en précisant : « En tout état de cause, si la préfecture ne le fait pas, nous Tavignanu Vivu ferons appel ». Pugnaces et déterminés, les membres du collectif annoncent par ailleurs leur intention de saisir parallèlement les instances européennes. « Nous préparons un dossier pour déposer une pétition et une plainte qui seront déposées à l’Europe », dévoile Alexis Cortinchi. 
 
Des répercussions « désastreuses » pour l’environnement
Depuis le lancement du projet, il y a 7 ans, Tavignanu Vivu s’oppose à la création de ce CET qui serait situé à quelques encablures du deuxième fleuve de Corse. Le collectif s’inquiète aujourd’hui des « répercussions désastreuses de l’annulation de ces prescriptions ». « Cela va empiéter sur une activité agricole qui représente plus de 80 millions d’euros par an. L’agrumiculture dans ce bassin est la première de France. On va aller gâcher tout cela avec des terres amiantifères qui vont tout polluer. Et l’eau qui sera polluée ne sera plus utilisable ni pour l’usage humain, ni l’usage agricole qui peut servir jusque dans le Fium’Orbu », détaille notamment Alexis Cortinchi tandis que le collectif pointe également « la destruction de la biodiversité des écosystèmes traversés », « la circulation intense de camions chargés de déchets ménagers, auxquels s'ajouteront les camions chargés d'amiante, avec les risques sanitaires que l'on connaît », ou encore les « odeurs, décuplées par le surdimensionnement des casiers (le triple de celui des autres centres d'enfouissement » qui n’épargneront pas Aleria. « Ce projet est totalement mortifère ! », fustige encore le membre du collectif. 
 
« Un projet qui n’a plus lieu d’être »
Mais au-delà des conséquences environnementales que pourraient occasionner le futur CET, les membres du collectif insistent également sur le fait que ce projet n’a de toutes façons, selon eux, plus lieu d’être aujourd’hui. « Si l’on applique le plan de gestion des déchets de la Collectivité de Corse qui est en cours de validation, on n’a plus besoin de ce centre d’enfouissement, parce que le tri à la source diminuera tout d’abord le tonnage et que de fait un tiers des déchets ne sera plus là. Et puis le reste sera beaucoup plus facilement valorisable car il ne sera pas souillé par les matières fermentescibles », explique Alexis Cortinchi en ajoutant : « De plus, le tout enfouissement sera interdit en 2024 ». En outre, alors que la Corse produit aujourd’hui 180 000 tonnes d’ordures ménagères par an, il s’étonne du dimensionnement du CET de Ghjuncaghju qui à lui seul représenterait 80 000 tonnes annuelles pendant 30 ans. « Ce serait le plus gros site d’enfouissement de toute l’île », constate-t-il. « Prunelli représente 40 000 tonnes et Viggianello 50 000 tonnes. Cela n’a strictement aucun sens. Tout cela est anachronique. On se demande pourquoi on continue à aller dans cette direction, si ce n’est qu’on sait très bien que derrière il y a des enjeux financiers très importants », déplore-t-il en soulignant que si Tavignanu Vivu a toujours réussi à canaliser la colère de ses sympathisants, il sent aujourd’hui le vent tourner face à « une affaire où le mot justice a été totalement bafoué ». « J’ai la crainte de voir des gens qui déborderont du cadre légal », souffle-t-il.














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