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Bastia : à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français et d’hommage aux « Justes » de France


Philippe Jammes le Dimanche 18 Juillet 2021 à 19:51

François Ravier, Préfet de la Haute-Corse, a présidé ce dimanche 18 juillet à 18h la cérémonie de commémoration de la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux « Justes » de France. Cet hommage a été rendu devant le monument aux morts, place Saint Nicolas à Bastia, en présence d'élus, d’autorités civiles et militaires et de représentants d’associations.



Lors de son allocution, Jacqueline Sabbagh, membre de la Communauté israélite de Bastia a rappelé les tragiques journées des 16 et 17 juillet 1942, où 13 152 Juifs ont été arrêtés par la police française. 1 129 hommes, 2 916 femmes et 4 115 enfants ont été enfermés dans l’enceinte sportive du Vélodrome d’Hiver. Du 19 au 22 juillet, les familles du Vél d’Hiv’ ont été transportées dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande. Adultes et adolescents ont été déportés en premier. Brutalement séparés de leurs parents, environ 3 000 enfants en bas-âge ont été laissés sur place dans une affreuse détresse. Ils ont été transférés à Drancy puis déportés entre le 17 et 31 août 1942. Aucun d’entre eux n’est revenu.
«Il aura fallu attendre 1995 pour voir le Président de la République Jacques Chirac reconnaitre la responsabilité de la France sous le régime de Vichy de la rafle du Vel d’Hiv et de la déportation des juifs en Allemagne » déclarait Jacqueline Sabbagh dans son discours. « Avec le temps qui passe, les mots parfois perdent parfois leur sens et leur intensité. Je veux ici exprimer toute l’horreur des faits. Pourtant, une lueur, d’en France est venue. En Corse, où vivaient de très nombreuses familles juives, le préfet Paul Louis Emmanuel Balley, au mépris de sanctions, n’a délivré aucun nom de sa population juive. De nombreux villages corses se sont mobilisés pour aider ces familles persécutées ».
Lui succédant, le préfet François Ravier a lu le message de Geneviève Darrieussecq, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées chargée de la Mémoire et des Anciens combattants (voir ci-dessous).
Un dépôt de gerbes a suivi avant que ne retentisse la Marseillaise.
 
Message de Geneviève Darrieussecq​, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées chargée de la Mémoire et des Anciens combattants
 
 «Cher papa, on nous emmène au Vélodrome d’Hiver, mais faut pas nous écrire maintenant parce que c’est pas sûr qu’on restera là. Je t’embrasse bien fort et maman aussi. Ta petite fille qui pense toujours à toi. »
 
Ces mots sont ceux d’une fille à son père, ceux d’une petite Française de dix ans, née dans une famille d’origine polonaise. Marie JELEN les a écrits le 16 juillet 1942, peu après son arrestation. Ce même jour, sa mère et elle sont emmenées au Vel d’Hiv. Après de longues heures d’attente et d’angoisse, toutes les deux sont déportées au camp de Pithiviers. Toutes les deux, jusqu’à l’insoutenable arrachement d’une mère qui dit adieu à sa fille. Quelques semaines après sa maman, Marie JELEN monte, le 21 septembre 1942, dans un convoi pour Auschwitz. Elle est assassinée dans les chambres à gaz.
 
Comme la petite Marie, 4 115 enfants sont arrêtés durant la rafle du Vel d’Hiv. Aucun de ceux qui ont été déportés vers les « camps de la mort » ne revint.
 
Les 16 et 17 juillet 1942 demeurent une marque d’infamie dans notre histoire, une blessure à notre mémoire nationale. 13 152 Juifs, qui avaient fait confiance à la patrie des Droits de l’Homme, furent arrêtés et livrés à leurs bourreaux. Durant ces abjectes journées, la France trahissait ses valeurs et son histoire, recouvrant notre honneur du voile de la compromission. Le zèle coupable de l’Etat français, des collaborateurs et du régime de Pétain avait secondé la folie criminelle de l’occupant.
 
Entendons les cris et les pleurs, les indignations et l’incompréhension de ces enfants, ces femmes, ces hommes, ces familles lorsque qu’ils furent brutalement arrachés à leur sommeil, qu’ils virent leurs portes enfoncées, qu’ils furent poussés dans l’escalier puis dans la rue. S’ensuivit, pour beaucoup, l’interminable détresse dans les travées du Vélodrome d’Hiver.
 
La flamme du souvenir ne s’éteindra pas. En cette journée nationale, la Nation rend hommage aux victimes des crimes racistes et antisémites de l’Etat français. Elle se souvient de la Rafle du Vel d’Hiv et de toutes les autres, des 76 000 déportés, des victimes tziganes, homosexuelles, handicapées et tant d’autres.
 
Dans un même mouvement, la France se souvient des martyrs et des sauveurs. En ces heures, il y eut les ténèbres mais tant de lumières aussi. Des héros, connus ou anonymes, ont sauvé, aidé, caché, accueilli, protégé, accompagné, souvent au péril de leur vie, des enfants, des femmes, des hommes et des familles. Tant et tant furent sauvés de la rafle des innocents par ces étincelles d’humanité. Les Justes ont, dans les profondeurs de notre pays, fait vivre les valeurs qui nous sont chères.
 
Dans le chemin tracé par Jacques CHIRAC et poursuivi par le Président de la République, la France regarde son histoire avec vérité. Cette journée nationale invite chaque Français à l’éveil et à la vigilance face à l’extrémisme, à l’antisémitisme et à toutes les discriminations. Il est des fléaux qui rongent une nation, nous devons collectivement combattre le racisme, le révisionnisme, le complotisme et les séparatismes. Ainsi, nous œuvrons en faveur d’une certaine idée de la France, mais aussi pour une idée certaine de l’humanité ».

 















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