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Autonomie énergétique de la Corse : La lumière au bout du tunnel ?


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 7 Juillet 2019 à 17:35

L’énergie était l’une des grandes questions au programme de la visite d’Edouard Philippe en Corse. Le Premier Ministre, qui s’est concentré exclusivement, comme il l’avait prévenu, sur des questions concrètes en matière économique, sociale et environnementale, était très attendu sur ce dossier brûlant, urgent, sur lequel l’Etat s’était, jusqu’à ce jour, illustré par une cacophonie, des dérobades et une marche arrière. Finalement ce voyage en Corse aura au moins servi à dénouer le contentieux. Un accord a été trouvé sur des points et des dates-clés comme l’autonomie énergétique en 2050, le développement des énergies renouvelables, le passage du fioul au gaz naturel et la mise en service d’une nouvelle centrale thermique en 2023.




La centrale au fioul du Vazzio dans la région d'Aiacciu. Photo Michel Luccioni.
La centrale au fioul du Vazzio dans la région d'Aiacciu. Photo Michel Luccioni.
C’est une épine sortie du pied de l’Exécutif corse ! La Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), qui avait été, en partie, remise en cause par l’ex-ministre de l’écologie, Nicolas Hulot, la veille de tirer sa révérence ministérielle, et guère mieux prise en compte par son successeur, François De Rugy, a été confirmée, lors de la visite de la plate-forme de recherche de Vignola, par Edouard Philippe. C’est un revirement de l’Etat appréciable et apprécié tant par le pouvoir nationaliste que par EDF et les syndicats. Il fallait, certes bien, après avoir fermé la porte à toutes les revendications nationalistes que Matignon, qui se targue de « répondre aux enjeux de la Corse avec la même énergie qu’à répondre aux enjeux du pays tout entier », mette un tant soit peu d’actes sur ses promesses. Il a, donc, lâché un sacré lest sur la PPE. Il est vrai que l’île allait énergétiquement dans l’impasse. C’est, donc, une grande victoire politique pour le président de l’Exécutif corse, Gilles Simeoni, même si la prudence reste toujours de mise. On connaît trop bien en Corse la valeur des promesses concédées lors des voyages officiels et qui atterrissent, de retour à Paris, dans la corbeille à papier des ministères.
 
Le chemin de l’autonomie
La PPE, c’est d’abord une ambition : celle d’accéder résolument à l’autonomie énergétique à l’horizon 2050. C’est aussi un schéma : le Schéma Régional Climat Air Energie de lutte contre le changement climatique et pour la qualité de l’air et l’énergie. C’est, également, un programme d’actions très concrètes pour atteindre cet objectif et basé sur trois piliers : une vraie politique d’efficacité énergétique, une meilleure intégration des Energies renouvelables (EnR) dans le mix énergétique et la prise en compte de la vétusté de certains moyens de production comme la centrale du Vazzio. Elle prévoit : la réalisation d’une infrastructure d’alimentation en gaz naturel de la Corse sous la forme possible d’un gazoduc et/ou de berges, la construction et la mise en service au plus tard début 2023 d’un cycle combiné fuel léger/gaz d’une puissance de 250 MW au Ricantu dans la région d’Ajaccio, la conversion des moyens thermiques existants au gaz naturel, et le renouvellement de la station de conversion SACOI dont la capacité devait être porté à 100 MW. La PPE, c’est, enfin, un vote quasi-unanime de l’Assemblée de Corse, un consensus social, un décret signé par un Premier ministre en 2015 et une contractualisation entre la Collectivité de Corse et l’Etat.
 
Un accord conclu
Le changement de gouvernement à Paris en 2017 ayant modifié la donne, la PPE était au point mort. Matignon émettait notamment des doutes sur la faisabilité du gazoduc entre Lucciana et Ajaccio, jugé trop cher et trop compliqué à installer, et faisait peser une menace sur le passage de l’alimentation de l’île du fioul au gaz. Il estimait surdimensionnée, la nouvelle centrale du Ricantu qui devait remplacer celle obsolète du Vazzio, sa construction reculée aux calendes grecques. Il réduisait, de plus, drastiquement les moyens financiers alloués aux EnR. Bref, c’était, sans mauvais jeu de mots, le trou noir… Malgré la montée au créneau de l’Exécutif, des députés et sénateurs corses, et certaines assurances gouvernementales en la matière, rien ne semblait annoncer la sortie du tunnel. La visite du Premier ministre a, finalement, débloqué la situation et un accord a été conclu avec le président de l’Exécutif corse, lors d’une discussion à huis-clos avec le ministre de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy, en présence du président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni et du président de l’Agence de l’urbanisme et de l’énergie (AUE), Jean Biancucci. La PPE devrait, donc, bénéficier d’un coup d’accélérateur dans sa mise en œuvre pour aller plus vite, au vu de l’urgence, et plus loin dans les domaines de maîtrise de l’énergie et du développement des EnR avec pour objectifs affichés : la sécurité d’approvisionnement de la Corse et la fourniture d’une énergie propre.
 
Le défi des EnR
L’accord reprend les deux dates-clés et décline le même objectif majeur, ainsi que les étapes et les moyens pour y parvenir. L’objectif est, donc, toujours, d’atteindre l’autonomie énergétique au plus tard en 2050. « Un objectif fondamental », précise Gilles Simeoni. Pour cela, la priorité absolue est d’accélérer le développement des EnR pour parvenir à 100 % d’EnR à cette date. « Nous souhaitons aller le plus vite et le plus loin possible, à la fois, en créant un cadre juridique spécifique, notamment le cadre de compensation, et en nous donnant les moyens techniques et technologiques d’explorer toutes les pistes », a-t-il affirmé dans son discours de Vignola. Un objectif très ambitieux quand on sait le défi qu’il représente et le coût de l’investissement nécessaire pour l’atteindre : entre 700 millions € et 1 milliard € par période de 6 ans ! Il suppose, donc, une hausse très forte de l’engagement financier de l’Etat dans ce domaine, renforcé, peut-être par des fonds européens. Un tiers de cette somme est dévolu aux efforts en matière de Maîtrise de la demande en énergie (MDE) qui est un autre objectif essentiel, corollaire des EnR. Il n’est pas possible d’atteindre l’autonomie énergétique sans diminuer drastiquement la consommation d’énergie. Là aussi, le travail est énorme. Ces économies passent par l’accélération de la rénovation énergétique des logements – déjà initiée dans le cadre du programme ORELI – et de l’éclairage public, mais aussi le développement des filière bois énergie, solaire thermique... Les premiers bénéficiaires pourraient être les locataires de logements sociaux qui verraient, ainsi, leur facture d’électricité diminuer fortement.
 
Le GNL en transition
Autre date-clé actée : 2023 pour la sortie définitive du fioul et, donc, la fin de la centrale du Vazzio. Cet objectif est un grand soulagement pour l’alimentation énergétique à court et moyen terme de l’île et confirme la mise en œuvre de la centrale thermique du Ricantu. Reste la question du dimensionnement de cette nouvelle centrale qui doit être d’une taille suffisante pour sécuriser l’approvisionnement énergétique pendant la période de transition 2023 – 2050, sans pour autant être surdimensionnée pour ne pas faire de l’ombre aux EnR. Gilles Simeoni s’est dit prêt à en discuter, mais « ne veut pas lâcher la proie, que représente la contractualisation avec l’Etat en matière d’objectifs et de financement, pour une ombre qui pourrait remettre en cause le calendrier, le financement, les moyens et les objectifs ».
Entre ces deux dates, l’île a besoin d’une énergie de transition qui, pour l’Exécutif, ne peut être que le Gaz Naturel Liquéfié (GNL). Un choix pragmatique qui n’a pour alternative que le maintien du fioul. Entre deux énergies fossiles, il opte pour la moins polluante. A partir de là se pose l’épineux problème de son acheminement qui a été, à l’origine, de la polémique avec le gouvernement. Gazoduc ou pas ? La question reste posée entre trois possibilités : barge/gazoduc, deux barges, barge/structure gravitaire sous-marine. Une étude et un cahier des charges devraient être établis. « Travaillons là-dessus, mais ne perdons pas de vue qu’il faut avancer vite », poursuit-il.
 
Un financement à négocier
Reste maintenant à négocier le volume de l’enveloppe de financement. La Corse, comme toutes les îles, se situe dans un zone non interconnectée. Pour mettre l’électricité au même tarif que sur le continent, le surcoût est énorme. Comment le financer ? Il l’est, aujourd’hui, par la CSPE (Contribution du service public de l’électricité) dont le rôle est justement d’effectuer cette péréquation qui s’élève, aujourd’hui, pour la Corse à 300 millions € par an. Les économies réalisées à terme sur cette CSPE par le passage aux ENR pourraient éventuellement servir à financer la montée en puissance de ces dernières. Deux millions € sont déjà programmés pour la prochaine période de six ans. Reste enfin à obtenir l’accord d’EDF qui semble être prêt à jouer le jeu, et des syndicats qui sont associés à l’opération. « EDF a changé d’attitude et les syndicats, qui sont forts au sein d’EDF, ont une attitude mature. Dès lors que nous sommes dans un esprit de loyauté et d’écoute, mettons-nous autour d’une table pour discuter le prix, le dimensionnement, mais en y intégrant aussi la question des transports », propose Gilles Simeoni.
 
Un modèle alternatif
Le président de l’Exécutif annonce que cet accord donnera lieu à « un relevé de conclusions pour une mise en œuvre optimisée de la PPE ». Rappelant qu’en Corse, « l’énergie a toujours été un combat politique et syndical », il avait demandé un engagement fort de l’Etat : « Nous sommes, aujourd’hui, sortis d’une situation de blocage avec la réaffirmation de nos objectifs, la sécurisation du calendrier et de la vision d’ensemble. Notre volonté est de faire le plus d’efforts possibles pour la montée en puissance des EnR et de la maîtrise de l’énergie. De façon très pragmatique, nous avons, aussi, sécurisé les principales dates de la sortie du fioul et de l’entrée en vigueur de l’énergie de transition dont la nécessité est un constat inéluctable. Nous trouverons le dimensionnement de la nouvelle centrale le plus juste possible par rapport aux besoins de la Corse, au développement des EnR, à la dimension sociale avec l’impact sur l’emploi. A partir de là, nous verrons quel est le meilleur moyen, le plus fiable, le plus sécurisé techniquement, le moins cher et le moins impactant pour l’environnement », commente Gilles Simeoni. « Nous avons entrepris la construction d’un modèle alternatif. C’est une entreprise de moyen terme, il faudra vérifier que chaque partie tienne ses engagements ». C’est effectivement là tout l’enjeu ! Affaire à suivre.
 
N.M.




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