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Automobilistes : la colère anti-taxes


Rédigé par Jacques RENUCCI le Jeudi 8 Novembre 2018 à 17:24 | Modifié le Jeudi 8 Novembre 2018 - 18:12


Le mouvement de protestation contre la taxation des carburants prend de l'ampleur, face à ce que l'on considère comme la hausse de trop


Automobilistes : la colère anti-taxes

De manière générale, lorsqu'il y a mobilisation ou pression contre le pouvoir en place, cela provient de mouvements bien identifiés, souvent politisés, avec des intérêts de groupe bien précis.

Avec la mobilisation qui se dessine contre la flambée des prix des carburants et qui cible le gouvernement et le Président de la République - même si celui ci a déclaré, sur un ton familier « la hausse c'est pas bibi » - on entre dans un cas de figure inédit, où le rejet transcende les intérêts catégoriels, les régionalismes, les professions et les classes sociales.



La voiture concerne tout un chacun, et se présente comme un mal nécessaire. Lorsque le tabac est surtaxé, libre à celui qui fume de s'arrêter. Lorsque l'automobile est surtaxée et également utilisée pour combler tel ou tel déficit, personne ne peut s'en passer et on reste obligé de passer à la caisse. Le conflit encore larvé prend chaque jour de l'ampleur, et cela devrait continuer jusqu'à la journée cruciale du 17 novembre. Même si l'opposition – c'est de bonne guerre – tente de récupérer une part de l'exaspération ambiante, celle-ci existe par elle-même, comme un ras-le-bol citoyen qui annule tous les clivages possibles.



Ce « u troppu stropia » à la mode nationale est certes avivé par le mécontentement général vis-à-vis des gouvernants accusés de vivre dans une tout d'ivoire, loin des problèmes et des préoccupations quotidiennes du peuple. Mais il a des contours plus précis : l'automobiliste a une fois encore l'impression d'être celui que l'on pressure lorsque les caisses sont vides, sans qu'il ait la possibilité d'échapper à ce qu'il considère comme une sanction injuste. Pourquoi injuste ? Parce qu'on veut lui faire croire qu'il doit avoir mauvaise conscience de polluer en ne pensant pas aux générations futures, bref qu'il lui incombe de payer pour la transition énergétique, et bien plus que tous les autres habitants de l'Europe.



Mais cet automobiliste, qui en est réduit à espérer misérablement une hypothétique baisse du coût du baril et qui entend les donneurs de leçons lui proposer des alternatives bidon (c'est le cas de le dire), sait qu'un part minime des recettes va à la lutte contre le réchauffement climatique, le reste se déversant sans retour dans le budget de l’État.



On est en plein dans ce qu'il est désormais convenu d'appeler l'écologie punitive qui, au lieu d'ouvrir les consciences au devenir de la planète, pousse à préserver le modèle énergétique existant, avec la dépendance au pétrole qu'il implique.



Face à la grogne généralisée, l'exécutif semble décidé à proposer quelques mesures compensatoires, notamment en direction des ménages les plus modestes. Mais ce sera insuffisant pour calmer la vague de fond « gilets jaunes » qui se met en place. Car pas question de toucher à une surtaxation qui, selon les spécialistes, pourrait rapporter 14 milliards d'euros d'ici la fin du quinquennat – des recettes indispensables à un système qui bat de l'aile. Et les observateurs sont perplexes : en France, on présente Trump comme un abruti, mais son pays est prospère ; on présente Macron comme un quasi génie, mais son pays est malade.
Cherchez l'erreur.

 





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