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Assemblée de Corse : Passe d’armes autour de la venue d’Edouard Philippe


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 28 Juin 2019 à 23:31

La venue dans l’île, la semaine prochaine, du Premier Ministre Edouard Philippe s’est invitée, de manière polémique, à la session de l’Assemblée de Corse. Le président du groupe Andà Per Dumane et représentant élu d’En Marche, Jean-Charles Orsucci, a profité des questions orales pour interpeller, comme il l’a déjà fait à maintes reprises, le président de l’Exécutif sur les tensions persistantes entre la Corse et l’Etat. Accusant les Nationalistes d’entretenir à dessein une guérilla politique et la défiance et de conduire la Corse dans l’impasse, il a appelé à changer de méthode. La réponse de Gilles Simeoni a été cinglante.




Assemblée de Corse : Passe d’armes autour de la venue d’Edouard Philippe
On se doutait bien que le sujet serait abordé lors de cette session de l’Assemblée de Corse qui se tient quelques jours avant la venue annoncée d’Edouard Philippe dans l’île. Le terrain est assez miné pour que le gouvernement tente de circonscrire un incendie qu’il a lui-même allumé et n’a cessé d’attiser en sous-main depuis la réélection triomphale des Nationalistes à la tête de l’île en décembre 2017. Le voyage tant repoussé du Premier ministre devrait, sauf contre-ordre de dernière minute, finalement avoir bien lieu, mais il ne s’annonce pas davantage sous de meilleurs auspices que celui qui fut annulé. Mais y-a-t-il vraiment un augure clément pour un voyage présidentiel ou ministériel en Corse ? Le doute est permis. Surtout en ce qui concerne le locataire de Matignon dont l’attitude fermée, pour ne pas dire politiquement et psychologiquement crispée, sur tous les sujets d’évolution dont l’île a besoin, n’est plus à démontrer. La toute récente visite du ministre de l’agriculture et de l’alimentation, Didier Guillaume, a voulu inaugurer le changement de méthode annoncé nationalement pour l’acte II du quinquennat Macron et le nouveau départ des relations avec Paris spécialement proposé à la Corse. Avec une bonhomie de forme affichée qui n’a, sur le fond, rien changé, ni trompé personne dans l’île.

De l’appel à l’impasse
On se doutait tout autant que le maire de Bonifacio, président du groupe Andà Per Dumane, un des premiers Marcheurs de l’île, saisirait l’occasion de poursuivre l’opération de déminage. C’est tout le sens de la question orale qu’il a posé au Président de l’Exécutif, une question repoussée à l’après-midi pour cause de conférence des présidents, mais aussi de lassitude de Gilles Simeoni, peu enclin en ce jour de canicule à la polémique. Comme il l’a fait avant chaque venue d’Emmanuel Macron, Jean-Charles Orsucci attaque, d’emblée sur l’appel à la manifestation lancé par Femu a Corsica, le parti du président Simeoni, pour ce samedi 17 heures à Bastia. « Depuis plus d’un an, vous organisez des manifestations la veille de chaque visite d’un haut représentant de l’Etat en Corse. Certain du bienfondé de votre action, le mouvement majoritaire de votre alliance, Femu a Corsica, lance un nouvel appel à la mobilisation pour le 29 juin prochain visant à dénoncer – et je vous cite – « la guérilla du gouvernement contre la politique des nationalistes ». Si les mouvements nationalistes ont une capacité à mobiliser qui n’est plus à démontrer, force est de constater que la récurrence de ces manifestations, de moins en moins importantes, n’a jamais abouti à la construction d’une solution politique pour la Corse. Bien au contraire, elles n’ont entraîné qu’une hausse des tensions entre l’Etat et la majorité que vous représentez ».
 
Des degrés et des totems
Affirmant que « chacun peut partager ce constat », il interpelle le président de l’Exécutif corse qu’il tient visiblement pour seul responsable de la crise actuelle : « Allez-vous donc demeurer dans la défiance, conduisant ainsi la Corse dans une impasse certaine ? Ne pourrait-on pas changer de logiciel et assister à un changement de méthode de votre part ? ». Tout en lui concédant une indéniable légitimité que « tout démocrate doit entendre », il lui oppose la légitimité « au moins aussi importante » que la vôtre, du président « de la Vème puissance mondiale. Chacun doit occuper la place qui est la sienne ». Histoire de dire au premier qu’il ne joue pas dans la même cour que le second ! « Si vous êtes déterminés à obtenir des réponses sur les totems qui sont les vôtres, alors chacun doit savoir faire un pas envers l’autre ». Pour le maire de Bonifacio, le gouvernement l’a déjà fait avec « le rapprochement des prisonniers insulaires hors crimes de sang, mettant en œuvre un engagement ancien, jamais réalisé jusque-là. Vous ne pouvez pas le nier, il faut savoir reconnaître les avancées même si elles nous semblent parfois insuffisantes sur le moment. Et en la matière, je demeure convaincu que la loi doit s’appliquer de façon pleine et entière ». Tandis que les Nationalistes se complaisent dans « une stratégie visant à minimiser les victoires pour perdurer dans la victimisation et la tension vis-à-vis de l’Etat ». Et de citer deux exemples : la langue corse et l’inscription de la Corse dans la Constitution.
 
Du foncier et de l’espoir
Balayant d’un revers de main le refus net de l’Elysée d’un statut de résident qu’il avait, lui-même, il propose, en contrepartie, de « travailler ensemble, tous groupes politiques confondus, sur une proposition de modification législative qui permettrait aux maires, dans l’élaboration de leur PLU (Plan local d’urbanisme), de pouvoir faire la différence entre résidence principale et secondaire dans les zones à urbaniser ? Nous poursuivons tous cet objectif : faire qu’un Corse puisse vivre dignement sur sa terre. Je suis convaincu que cette disposition serait consensuelle et nous montrerions que sur des sujets aussi importants que le foncier, notre île est capable de parler d’une seule et même voix. Et alors que l’on espère voir le Gouvernement s’engager dans un processus de décentralisation en direction des élus locaux, nous devons convaincre le Premier ministre de nous entendre sur cette problématique ». Et de conclure : « Il est grand temps que le dialogue redevienne fécond entre la majorité territoriale et l’Etat. Nous avons déjà œuvré en ce sens, et certains d’entre nous en assument les conséquences. Mais nous continuerons à le faire, car il en va de l’intérêt général de la Corse et des Corses ».

Du dialogue et de la faute
Le sujet ne passionne guère le Président de l’Exécutif, visiblement fatigué de devoir se justifier d’une situation dont il ne s’estime pas responsable. Ayant toujours joué le jeu du dialogue même quand les dés étaient pipés, il n’apprécie pas la mercuriale et le fait savoir calmement. « Notre volonté n’est pas d’être dans un rapport de forces permanent avec l’Etat. Notre volonté, jamais démentie, sans cesse réaffirmée, est de réussir à ouvrir un véritable dialogue pour construire une solution politique ». Et de répliquer au tac au tac : « La première des choses en démocratie, c’est de tenir compte du fait démocratique. Nous tenons compte du fait démocratique tel qu’il s’est exprimé à l’échelle française, ce que nous attendons en retour avec beaucoup d’humilité, c’est que le gouvernement, le président de la République et l’Etat tiennent compte du fait démocratique tel qu’il s’est exprimé en Corse, notamment en décembre 2015 et 2017 ». Pas plus qu’il n’apprécie la qualification de totem : « Il y a un certain nombre, non de totems, mais de revendications qui sont fondamentales pour nous parce qu’elles ont structuré notre engagement depuis un demi-siècle pour la période contemporaine. Nous n’imposons rien, ni sur le fond, ni en termes de calendrier, mais nous constatons que, pour l’instant, c’est une fin de non-recevoir, malheureusement définitive qui nous a été opposé. Pour nous, c’est une erreur, voire une faute politique, parce qu’un problème politique doit se traiter de façon politique ! ».
 
Du paradoxe au blocage
Gilles Simeoni a l’intention de tordre le cou à un certain nombre de malentendus. « Nous sommes prêts à discuter, avec la même force, la même énergie et la même détermination, de toutes les questions qui conditionnent la vie des Corses au quotidien. Toutes, qu’il s’agisse du social, de l’urbanisme, du foncier, des déchets, du statut fiscal, de l’énergie, de la santé… Mais dans ces domaines, me semble-t-il jusqu’à aujourd’hui, nous nous sommes adressés au gouvernement avec un certain nombre de propositions qui sont peut-être à compléter, à faire évoluer, à enrichir ». Et de tacler cet étrange paradoxe qui fait que « sur les fondamentaux, il n’y a pas de place pour discuter, et sur les questions techniques auxquelles on nous renvoie, quand  nous arrivons avec des propositions, on nous dit qu’on ne peut pas les traiter. Donc, aujourd’hui, nous sommes véritablement dans une situation de blocage politique qui est plus que regrettable. Elle est dommageable et dangereuse  Il faut en sortir ! Par le haut ! ». La précision qu’il apporte n’a rien d’anodin. « Nous avons eu une réunion, que je considère extrêmement importante, avec l’Oru di u Ritornu. Au-delà de nos différences importantes et de nos désaccords, il y a profondément en Corse, dans la classe politique et dans l’ensemble du peuple corse, une volonté forte de construire ensemble un chemin. Vous savez que nous y tenons tout particulièrement et que nous ferons tout pour cultiver cet état d’esprit et le développer. Nous avons envoyé un signal fort ».
 
Des signes aux actes
Ceci dit, le leader nationaliste ne se fait guère d’illusions sur la venue du Premier ministre et de ses dispositions vis-à-vis d’avancées qui ne seront pas au programme. « Chacun s’exprimera. Nous sommes disponibles pour le dialogue, mais le dialogue, ce n’est pas seulement de se recevoir, de se serrer la main et de se quitter sans n’avoir rien aborder. Le dialogue, c’est identifier les problèmes, définir une méthode, se fixer un certain nombre d’objectifs partagés et placer la barre au bon niveau. La visite du ministre de l’agriculture a été porteuse d’un certain nombre de signes positifs. Acceptons-en l’augure ! Au moment où je parle, rien ne nous permet de penser que le Premier ministre inscrira sa venue dans l’île dans la recherche d’un acte II des relations entre la Corse et l’Etat. En ce qui nous concerne, nous souhaitons qu’on laisse de côté ce qu’il s’est passé depuis un an et demi et qu’on ouvre une nouvelle période nous permettant d’avancer de façon significative ». C’est un vœu pieu. A l’Assemblée nationale, Edouard Philippe a bien précisé que si l’acte II changeait de méthode, il ne changeait pas de cap ! A bon entendeur…
 
N.M.



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