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Antoine Albertini à Ajaccio : "Il a suffi qu'un invisible parle..."


Rédigé par Florence Vandendriessche le Samedi 1 Décembre 2018 à 13:23

Un débat ou même un échange plutôt qu’une conférence : c'est de la sorte que journaliste Antoine Albertini a évoqué récemment, à a Médiathèque Sampiero située dans le centre-ville d’Ajaccio, son ouvrage "Les invisibles", dénonçant d'une part, les conditions inhumaines des travailleurs clandestins en Corse et d 'autre part, une économie souterraine parallèle.




Antoine Albertini : "Les invisibles" chez JCLattès
Antoine Albertini : "Les invisibles" chez JCLattès

Antoine Albertini, journaliste àCorse-Matin, correspondant pour Le Monde, est l’auteur du livre « Les invisibles » paru chez l'éditeur J.-C.Lattès pour lequel il est devenu directeur de collection, cette dernière baptisée du nom de son dernier ouvrage et qui sera consacrée à des affaires criminelles diverses.
Qu’il écrive des livres ne fait pas de lui, explique-t-il, un auteur ou un écrivain, il est avant tout un journaliste qui écrit des livres, il a choisi de traiter des sujets « légers et frivoles » dit-il, employant cette antiphrase d’un ton fin et amusé. « Par tropisme professionnel local, je me suis dirigé assez rapidement vers ce type de sujet, je dirai presque cette discipline, qui ne risque pas de mettre les journalistes locaux au chômage car comme nous le savons, le crime nourrit à la fois la réalité mais aussi l’imaginaire de cette île depuis très longtemps. »


Il a  suffi qu'un invisible parle
Son livre « Les invisibles » fait partie d’une affaire qui l’a touché indirectement au point d’envisager même d’arrêter le journalisme, en 2009. Il travaillait à l’époque pour France 3 Corse, il a ainsi proposé à la direction de consacrer un documentaire à l’immigration clandestine, montrant ces hommes cachés, non visibles mais dont le traitement est connu de tous.
Il s'appelait El Hassan M'Sarhati, il souhaitait vivement raconter comment il avait été acheminé jusqu'en Corse, parler des conditions de travail inhumaines auxquelles il était confronté. « J’ai réussi à le convaincre de témoigner face à la caméra mais de manière anonyme (visage hors champ). Il m’ avait dit : «  Si je parle, je prends une balle dans la tête. »,  je n’ai pas prêté attention à la gravité de cette phrase, a expliqué Antoine albertini, j'ai pensé qu'on ne tuait pas les gens comme ça… La suite prouva que j’avais tort. »

Le journaliste explique que l'homme en question a été assassiné d’une balle dans la tête, tirée par derrière tandis qu’il rentrait chez lui (une caravane qu’il louait à des gens qui avait une exploitation agricole abandonnée dans la Plaine) : « Il a été abattu comme un chien en plein jour, sans un témoin, dans un lieu complètement désert, et abandonné là au milieu de la route… Sans tête, je vous  passe les détails. »
Dans la salle de la médiathèque Sampiero, le public écoute attentivement Antoine Albertini, un profond silence se pose soudain autour de ses mots.
 

Un système économique souterrain
Il faut savoir que des travailleurs locaux, à moins qu’ils vivent dans une grande précarité, n’accepteraient pas de travailler pour trois fois rien : comme 650 ou 750€/ mois pour cueillir des clémentines pendant 12 heures/jour. Ce sont dans la plus part des cas des marocains, communauté la plus importante entrant en Corse, et pour arriver sur l'île, doivent réunir une somme faramineuse à livrer au passeur : environ 7 000 € voire plus pour passer la frontière. S’ils réussissent à se procurer cette somme, ils arriveront ici et gagneront tout de même plus que dans leur propre pays. Par conséquent, ils restent, parce qu'ils ont besoin de rentabiliser leur investissement, si tant est qu’ils le puissent... souvent c'est la misère qui s'installe, bien malheureusement.

Un  système dans le système révélé par le journaliste.
Par par exemple dans l'affaire El Hassan M'Sarhati, il a été mis au jour le chiffre d'affaire annuel de son passeur s'élevant à un montant de 700 000€, sachant que certains empochent bien plus. Ce sont de vraies entreprises clandestines qui prospèrent. « Cette immigration illégale permet de favoriser, le développement d'un système économique souterrain tout terrain qui démontre l'extrême ingéniosité de l'homme lorsqu'il s'agit d'exploiter son prochain » a expliqué Antoine Alberttini. Ce système de plus se nourrirait donc de lui-même, et par le racket aussi : des pauvres se font racketter par les moins pauvres...

Quant aux exploitants agricoles, pas tous, mais ceux qui traitent leurs travailleurs comme des esclaves en leur donnant le moindre sou, en souhaitant par ce biais faire du chiffre, se gardent bien de montrer les conditions dans lesquelles ils les font vivre. C'est une réalité.
Antoine Albertini démontre qu'au final cette exploitation humaine illégale ne fera pas avancer l'économie de l'île, tout au contraire, elle épuise des hommes qui ne peuvent produire sur du long terme. À noter que le nombre de travailleurs clandestins s'élève à des milliers...

Échange entre le public et Antoine Albertini
- Y a t-il une complicité de la gendarmerie ?
Non, je tiens à préciser que sur cette enquête, c'est la section de recherche qui a été saisie. Ce n'est pas n'importe quelle unité. Ils ont mis quinze enquêteurs sur l'affaire. 

- Que risquent les propriétaires ?
Juste une amende la plus part du temps.

- Pourquoi y a-t-il eu un non-lieu dans l'affaire El Hassan M'Sarhati  ?
Je pense que le magistrat qui a eu en charge l'instruction s'en fichait pas mal. Les pouvoirs publics n'ont rien fait.

- La réaction des agriculteurs visés ?
Assez amusante, ils ont organisé une petite réunion en invitant un de mes amis agriculteurs pour être sûrs que le message allait passer. Ils envisageaient des actions en justice, l'idée a été abandonnée, de peur que j'ai d'autres cartouches en réserve, ce qui était le cas.
 

- L’absurdité du système profite à qui ? Quel est l’intérêt pour un agriculteur d’envoyer des passeurs au Maroc avec des contrats de travail si ça ne profite pas à quelqu’un ? Si l’on investit ailleurs, c’est qu’on gagne des sous ici. Ce ne sont pas les passeurs qui investissent à Béziers ou à Paris ou à Marseille ! 
Je n’ai pas éléments pour dire que ceux qui investissent ailleurs sont des agriculteurs qui ont recours à la main d’œuvre clandestine. Le système profite aux passeurs, évidemment pas aux exploités, et profite effectivement à certains agriculteurs. Mais si le système était légalisé, il profiterait à tout le monde, avec des salaires décents, c’est tout à fait possible.

- Et les syndicats ?
Pour moi, les syndicats n'auraient aucun moyen efficace pour lutter contre ce système, il existe une permanence de la CGT à Bastia pour les ouvriers clandestins, qui tourne un peu à vide, ce sont à peu près les seuls je crois.
 
 
Antoine Albertini a conclu le débat sur ces mots :  « l'effondrement de ce système illégal est possible, oui, si l'Etat prend la mesure de l'étendu du problème. »





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