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André Marcon (CCI France): "Il faut croire à un « cœur de ville » à Ajaccio"


Rédigé par José Fanchi le Vendredi 11 Mai 2018 à 21:56 | Modifié le Vendredi 11 Mai 2018 - 23:39


Les territoires dessinés par les nouvelles carte de l’intercommunalité doivent comprendre que leur attirance est tirée par l’attractivité de leur centre ville et ce qui contribue à la valoriser. Les centres des villes moyennes sont aujourd’hui en danger, tant au niveau de la baisse de la population que du taux de vacance commerciale. Hier matin, le palais des congrès d’Ajaccio a fait le plein pour écouter André Marcon, président national de l’assemblée des CCI, auteur d’un important rapport relatif à la mission prospective sur la revitalisation commerciale des villes petites et moyennes. Il a été accueilli par Paul Marcaggi, président de la CCI de Corse du Sud


Photo MJT
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Au commencement il y a le départ des habitants vers la périphérie et des habitations plus spacieuses et confortables. Puis il y a le manque d’animation des villes et de leur centre, auquel il convient d’ajouter les difficultés de transport et de parking. Ils y a des exemples certes, qui sont pour la plupart liés à une politique d’ensemble qui touche tous les facteurs, à savoir le logement, le commerce, les services ou encore la mobilité. Pourtant, de nouvelles tendances existent comme des populations plus âgées qui ne supportent plus la solitude autant que la vie en périphérie pour revenir et retrouver une certaine sécurité et plus encore pour avoir tout à portée de main.


Retrouver le centre-ville, un challenge !
Autre facteur qui a son importance : les jeunes. Ils privilégient le plus souvent la ville et le cœur de ville ainsi que tous les services de proximité, pour mieux profiter des avantages de la vie urbaine. C’est à ce niveau là que l’on commence à évoquer ce qui est devenu un véritable challenge, passionnant certes, car il s’agit de créer un cadre de vie moderne et pratique pour toutes ces populations qui ont à cœur de retrouver le centre ville. Il faut pour cela avoir recours au challenge, à savoir :
  • Favoriser la politique d’ensemble en faveur du centre-ville et adopter des mesures concrètes qui permettent de rétablir l’attractivité
  • Tenir compte des forces et des points faibles de chacun des territoires et développer un plan stratégique pour construire ladite attractivité
En clair, préparer un solide plan global qui agit directement sur le commerce et sur les facteurs favorables au développement. Aussi, comme l’a souligné André Marcon dans son rapport :
« Le plan cœur de ville devrait porter sur quatre axes structurant une démarche volontariste :
  1. La gouvernance
  2. L’urbanisme, action foncière, politique de l’habitat et les socles commerciaux et d’activité
  3. L’animation urbaine, à savoir les services, le patrimoine, le tourisme et la sécurité
  4. Le développement commercial
Et le président des CCI d’évoquer des propositions concrètes sur chacun de ces axes qui devraient nourrir une certaine contractualisation pluriannuelle s’appliquant aux villes moyennes :
« Il faut commencer par un plan stratégique de revitalisation, support de la contractualisation, appliquer la méthodologie du plan en y ajoutant tous les éléments du plan, dès lors, il convient ensuite de cerner les enjeux avec, en toile de fond, l’idée ou le principe de quitter l’opposition traditionnel « centre-ville –périphérie » en ancrant la réflexion dans la nouvelle segmentation « commerce territorial-commerce digital. »   
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Photos MJT
Ajaccio  dispose-t-elle des atouts pour une véritable stratégie ?
A Ajaccio, un gros travail de diagnostic de la situation a déjà été fait avec, je crois, une stratégie de développement. Donc, ce qui a été fait est déjà une bonne chose. Reste à trouver une véritable gouvernance avec les élus car rien ne peut se faire sans eux. Mais une gouvernance qui regroupe des acteurs de l’ensemble de la ville ainsi que des bailleurs qui soient sociaux ou privés, mais aussi et surtout des acteurs du rez de chaussée que sont les commerçants et ceux qui s’occupent des animations de la cité. Il faut en définir les périmètres, garder ce qu’il faut pour remembrer les surfaces avec une organisation de centre commercial, à savoir un patron, des techniciens qui soient là au quotidien, avec une seule volonté : développer le centre-ville et y amener les clients. Les premiers satisfaits seront les commerçants. 

- Une chambre syndicale pourrait y trouver sa place ?
« La chambre syndicale ? Tout ce qui va dans le sens d’un travail collectif partagé entre les uns et les autres c’est l’avenir. Mais pourquoi pas dans la mesure où tout ce qui va dans le sens collectif est un  gage de succès ? Plus on est petit plus on a besoin d’être ensemble, de travailler ensemble pour pouvoir réussir. Il faut, je crois, se féliciter de ce genre d’initiative. »

Avec l’ouverture de deux gros mastodontes de la distribution, Ajaccio est en mesure de supporter un tel choc ?
Sur ce genre d’affaire, notre rapport a été un peu discuté, simplement parce que curieusement, nous ne faisons pas de préconisation de gel des surfaces commerciales en périphérie. Pourquoi ? Parce que nous estimons qu’il n’y a pas besoin de faire du gel de grandes surfaces. Le pouvoir appartient aux élus, à condition qu’ils sachent se mettre d’accord entre eux sur l’ensemble de la communauté. Si les périmètres sont définis, aucune surface commerciale ne pourra s’implanter. Les élus du périphérique doivent se rendre compte de l’importance de la ville-centre pour leur territoire. Une ville-centre qui est attractive, tout le territoire devient attractif. Il faut donc prendre ses responsabilités  et décider. Les élus sont maîtres de leur destin. Dans notre rapport, il est précisé qu’il est important d’organiser la mobilité de demain. L’époque où chaque commerçant garait sa voiture à côté de son commerce, le client en faisant de même, c’est révolu ! On doit impérativement sortir de cet état d’esprit, surtout dans une ville comme Ajaccio. Il y a des nouveaux métiers de commerçant à se réapproprier, avec des outils logistiques qui permettent des navettes autonomes, des systèmes de conciergerie sur les parkings, les moyens techniques existent et donc, la volonté politique existe. Tous les acteurs doivent aller dans le même sens. Quels sont les bons endroits ? Que convient-il de faire ? J’ai cru comprendre que des efforts importants ont été faits  sur Ajaccio, sur les parkings et les tarifs. C’est très bien sans pour autant créer un engorgement. Il faudra plusieurs années certes, mais c’est possible après quelques années d’expérience. Il faut changer les habitudes, sans contrainte aucune mais aussi apporter de l’attractivité

- Donc Ajaccio doit s’engager a fond dans cette perspective ?
-
 Je ne connais pas trop Ajaccio pour tirer des conclusions mais je crois avoir compris qu’il y a une véritable volonté de travail collectif, de se poser des questions sur l’avenir de la ville et de son cœur. Les Ajacciens ont pris conscience qu’ils ont une ville magnifique qui ne demande qu’à se développer. C’est une affaire collective  et il faut y croire
J. F.




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