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Ajaccio : Détruire une œuvre


Rédigé par le Lundi 4 Décembre 2017 à 23:33 | Modifié le Lundi 4 Décembre 2017 - 23:53


La destruction, récente, des œuvres d’Elie Cristiani au collège de Baleone a entraîné la réaction de nombreux acteurs culturels de l'île - la liste publiée n'est pas exhaustive, dont la protestation commune tourne aussi sur les réseaux sociaux


C’était l’ensemble des sculptures du collège de Baleone (Photo Elie Cristiani)
C’était l’ensemble des sculptures du collège de Baleone (Photo Elie Cristiani)








"En 1991, dans le cadre du 1% artistique, pour l’ouverture du collège de Baléone , situé sur  la commune de Sarrola, l’Assemblée de Corse choisit d’y implanter le  projet d’Elie Cristiani . Cette œuvre contemporaine constituée de douze troncs d’arbres équarris, gravés de traces, construisant trois « pages » monumentales recouvertes d’une écriture dont on ne connaît pas les signes, pouvaient aussi s’interpréter comme trois portes étroites organisant ainsi, depuis des années, l’espace de la cour du collège.


En octobre 2017, cette œuvre a été détruite, sur décision du service des bâtiments scolaires de la Collectivité Territoriale de Corse, à la demande des responsables du collège,  pour des raisons de sécurité. L’artiste n’ayant été à aucun moment consulté pour quoique ce soit.  Ces sculptures, acte artistique qui révèle le présent, étaient des témoins inaliénables, offerts au regard pour contribuer à déchiffrer l’espace et le temps où nous vivons ..Déjà déplacées, et malgré les alertes de l’artiste qui proposait de les restaurer, il y a plusieurs années déjà –  courrier resté sans réponse -  elles étaient devenues probablement gênantes, pour les travaux prévus et considérées comme menaçantes pour la sécurité des collégiens ….Alors « on » décide de les faire disparaître !


Que penser d’une société où l’on décide de découper et mettre à la poubelle des sculptures, sinon dénoncer un acte insupportable, symptôme qui révèle une distance grave avec des œuvres du présent ? Elle ne saurait rester sans explications.
Que d’un encadrement scolaire à l’ensemble du service responsable de la Collectivité territoriale de Corse, voire de plusieurs et de l’entreprise en charge de la destruction, pas une seule voix ne se soit manifestée pour seulement poser la question de la destruction programmée d’une œuvre contemporaine, est symptomatique d’une situation complexe ; pourquoi ne pas avoir envisager avec l’artiste et les responsables concernés, le déplacement dans un espace plus adapté ? Même si les responsables politiques de la C.T.C qui ont présenté leurs excuses et ont diligenté une enquête pour comprendre la chaîne de décision qui a conduit à cet acte déplorable, inqualifiable, il faut s’interroger sur le fait que cela soit possible …et faire en sorte que soient installées les conditions pour que ce ne le soit plus.


Ce qui menace vraiment l’avenir des collégiens n’est-ce pas l’enseignement qu’une œuvre d’art est une marchandise comme une autre, sans aucune valeur intrinsèque, un objet qui se jette comme on jette un jouet abîmé ? Dans un environnement ou justement les espaces de consommation et de récupération des déchets ne cessent de se développer ? Il y a là aussi une responsabilité de l’établissement scolaire.
Malheureusement , les actes de vandalisme sur les œuvres contemporaines, voire de destruction, sont fréquentes partout  et  celles d’Elie Cristiani en ont été déjà plusieurs fois victimes : Du plasticage du monument de Ponte Novu, démonté sur ordre du préfet, à la cabine « l’Axe de la terre » Newzealand telecom de la place des palmiers à Ajaccio dont la dégradation a commencé par une balle qui a traversé la vitre de la porte ,aux tags sur la serrure des archives…Et  personne ne s’en est vraiment  ému .Et comment ne pas évoquer aussi l’incendie qui a ravagé le FRAC , brulant toutes les œuvres ?
Le patrimoine, la culture, ce qui constitue notre identité sans cesse en mouvement, ne serait donc que la conservation du passé, un héritage figé, sans que les émotions du présent ne s’y inscrivent ?


Comment imaginer qu’un pays ne se construise en ne laissant qu’une part anecdotique aux pratiques contemporaines et à la création, qui inventent les libertés d’aujourd’hui ? Que dire de son avenir s’il ne s’incarne pas dans les formes artistiques contemporaines ?
Pour limiter les conséquences de cette très grave faute la société toute entière ne doit-elle pas la reconnaître et la sanctionner ? Car c’est elle qui doit se donner tous les moyens de faire une place valorisée à la création contemporaine et tenter de changer les regards avant qu’il ne soit trop tard."

Les signataires
Agnès Accorsi, Francis Aiqui, Aragni Barthélémy, Francois Bergoin, Vannina Bernard-Leoni  Marc Biancarelli,Dumenica Bianconi, Margherita Boscarelli, Toni Casalonga ,Noel Casale,Grâce Casta ,Guy Cimino, Philippe Costamagna, Elie Cristiani , Thierry De Peretti, Christophe Domino, Michele Ettori, Bernard Filippi ,Jacques Filippi, Marcello Fortini ,Valerie Furiosi, Pierre Gambini, Antoine Gannac, Hervé Gauville, Catherine Graziani, Paul & Rachel Grenier, Ann Veronica Janssens, Jean Claude Joulian, Marc Le Doyen, Pierre Lungheretti, Francis Marcantei, Marianna Nativi, Jean Luc Nancy , Marie Jeanne Nicoli , Francois Orsoni, Serge Orru, Norbert Paganelli , Jean Paul Pancrazi , Marie-Line Paoli, Pat'Obine,Annick Peigne-Giuly, Francoise Perbet-Savelli ,Jerome Progin, Max Ristori, Paulîna Rognoni, Andrea Santarelli, Manu Sapet , Jean-Pierre Savelli, Helene Taddei, Jean-Jacques Torre   




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