Pour rappel, créée en 1984 pour défendre les principes de la loi Montagne, l'ANEM représente aujourd'hui près de 6 200 communes classées montagne, réparties dans neuf massifs français, dont la Corse. L'association se fixe pour mission de défendre les spécificités montagnardes auprès des instances nationales et européennes, d'accompagner les élus et de promouvoir un développement équilibré de ces territoires.
La Corse, illustration de la différenciation territoriale
Difficile, au cours des échanges, de ne pas faire le lien avec les discussions institutionnelles actuellement en cours concernant la Corse. Car si l'ANEM ne se positionne pas directement sur le projet d'autonomie, elle défend depuis des années un principe qui figure aujourd'hui au cœur du débat corse : celui de la différenciation territoriale. « La loi Montagne est déjà, d'une certaine façon, une forme de différenciation territoriale », rappelle Frédérique Espagnac.
L'association milite en effet pour adapter les politiques publiques aux réalités locales plutôt que d'appliquer uniformément les mêmes règles sur l'ensemble du territoire national. Une philosophie qui trouve un écho particulier en Corse : « Nous ne demandons pas des dérogations pour le plaisir d'avoir des dérogations. Ce que nous voulons, ce sont des réponses adaptées aux besoins réels des habitants et aux réalités des territoires », insiste la secrétaire générale de l'ANEM. Un discours qui rejoint, sur plusieurs aspects, les arguments avancés par les défenseurs du futur statut d'autonomie.
Une île de montagne confrontée à des défis uniques
Pour les responsables de l'association, la Corse cumule en effet des contraintes rarement réunies ailleurs : celles de la montagne et celles de l'insularité. Frédérique Espagnac estime d'ailleurs que cette double spécificité demeure insuffisamment prise en compte, notamment à l'échelle européenne. « Les handicaps liés à l'insularité ne sont pas suffisamment reconnus, notamment lorsqu'il s'agit des investissements ou des financements européens », souligne-t-elle.
L'association suit également avec attention les travaux parlementaires consacrés à l'évaluation de la loi Montagne et de la loi Littoral, deux dispositifs qui se superposent sur une grande partie du territoire corse et qui soulèvent régulièrement des interrogations chez les élus en matière d'urbanisme et d'aménagement.
Freiner la fracture entre littoral et intérieur
Au cœur des préoccupations figure également le déséquilibre croissant entre le littoral et l'intérieur de l'île. Alors que les zones côtières concentrent population, activités économiques et investissements, de nombreux villages de montagne continuent de perdre des habitants. Un phénomène que Frédérique Espagnac observe également dans son territoire du Pays Basque. Pour y répondre, l'ANEM réclame la mise en place d'un nouveau plan national dédié à la montagne afin de soutenir l'emploi, les services publics, l'activité économique et l'installation de nouvelles populations dans les territoires ruraux. « La question centrale est celle de l'attractivité. Il faut recréer de l'emploi, maintenir les services publics et permettre aux habitants de continuer à vivre dans ces territoires », résume-t-elle.
L'Acte III de la loi Montagne en ligne de mire
La réunion d'Ajaccio avait également pour objectif de préparer l'examen par le Sénat de l'Acte III de la loi Montagne. Adopté récemment par l'Assemblée nationale, ce texte doit prochainement être débattu au Palais du Luxembourg. Selon l'ANEM, il doit permettre d'apporter des réponses concrètes sur plusieurs sujets prioritaires : santé, éducation, urbanisme, agriculture, adaptation au changement climatique ou encore aménagement du territoire. Pour Frédérique Espagnac, la Corse constitue précisément l'un des territoires où ces adaptations sont les plus nécessaires. Et si l'association se garde bien d'intervenir directement dans le débat institutionnel, ses travaux alimentent de fait une réflexion plus large sur la manière d'adapter la loi aux réalités locales. Une réflexion qui, à quelques jours d'un vote historique sur l'avenir institutionnel de l'île, résonne particulièrement en Corse.
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