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​Pour Philippe Bana président de la FF de Handball, "la Corse fait partie des territoires essentiels du hand français"


Patrice Paquier Lorenzi le Vendredi 8 Mai 2026 à 17:00

Pour sa 99e Assemblée Générale, la Fédération Française de Handball a choisi comme décor la Corse et le Palais des Congrès d’Ajaccio ce vendredi 8 et samedi 9 mai, pour seulement la deuxième fois de son histoire. Le président de la Fédération Française de Handball, Philippe Bana, revient sur le choix fort de l’île, les défis du handball français, le rôle central des clubs amateurs et l’avenir du développement du sport dans les territoires insulaires. Entre héritage, formation et modernisation, il défend une vision ambitieuse et profondément territoriale du handball.



- C’est seulement la deuxième fois dans l’histoire de la Fédération Française de Handball qu’une Assemblée Générale se déroule en Corse. Quel message avez-vous voulu envoyer à travers ce choix fort ?
- Ce choix est tout sauf anodin. La Corse fait partie de ces territoires que j’appelle des territoires existentiels pour le handball français. Ce sont des terres où il existe une véritable culture handball, avec des dirigeants extrêmement engagés, des bénévoles passionnés et une capacité à faire vivre ce sport dans des conditions parfois plus complexes qu’ailleurs. Ici, il y a aussi des infrastructures remarquables, que ce soit en handball traditionnel ou en beach handball. On sent une vraie énergie, une identité forte et une capacité d’innovation qui méritaient d’être mises en lumière. Organiser cette Assemblée Générale à Ajaccio, c’est une manière de dire à la Corse : “On vous voit, on reconnaît votre travail et on veut construire avec vous.” C’était aussi une façon d’envoyer un signal à tous les territoires périphériques, insulaires ou ultramarins. La Fédération doit être présente partout et valoriser toutes les composantes du handball français. Et puis, il y a une dimension humaine très forte ici. On sent un attachement sincère au sport, aux valeurs collectives, à la convivialité. Tout cela compte énormément pour nous.

- La Corse compte seulement environ 1300 licenciés. Est-ce aussi une manière de montrer qu’un petit territoire peut avoir une grande ambition sportive ?
- Bien sûr. Et c’est même un point essentiel. Les territoires comme la Corse rencontrent des problématiques comparables à celles de nombreux territoires ultramarins : l’insularité, les déplacements, les contraintes économiques ou logistiques. Pourtant, malgré ces difficultés, ils réussissent souvent à produire des sportifs de haut niveau avec une efficacité remarquable. Parfois, il faut le dire clairement, ces territoires sont plus performants en termes de rendement sportif que certaines zones métropolitaines beaucoup plus peuplées. Pourquoi ? Parce qu’il existe ici une proximité humaine, un engagement très fort des éducateurs, des dirigeants et des familles. La demande portée par Emilien Mattei et la Ligue Corse allait dans ce sens : montrer qu’un territoire de taille modeste peut organiser un événement national majeur et porter une ambition très forte pour son développement sportif. Cette Assemblée Générale est aussi là pour rendre hommage à ce travail de fond 

- Quel regard portez-vous sur le travail engagé par la Ligue Corse et son président Emilien Mattei ?
- Émilien Mattei est quelqu’un qui avance vite. Je le dis souvent : c’est une Formule 1. Dès son arrivée à la présidence de la Ligue Corse, il a mis énormément d’énergie dans le développement du handball sur l’île. C’est quelqu’un de direct, de très droit, avec une vraie vision. Il travaille énormément, notamment sur la structuration, l’arbitrage, la formation et le développement territorial. Il y a une vraie dynamique aujourd’hui autour du handball corse et il en est l’un des moteurs principaux. Quand nous avons commencé à réfléchir à l’organisation de cette AG en Corse il y a plus d’un an, j’ai tout de suite senti que ce projet avait du sens. Ce n’était pas juste un événement de prestige. Il y avait derrière une volonté de construire quelque chose de durable pour le territoire 

- Au-delà du symbole, qu’attendez-vous concrètement pour le handball corse de cette Assemblée Générale ?
- Nous ne sommes pas venus simplement pour tenir une réunion puis repartir. L’idée est de laisser un héritage concret. Depuis plusieurs mois, nous échangeons avec les collectivités locales, la Ville d’Ajaccio, la Collectivité de Corse et plusieurs partenaires pour réfléchir à ce que cette AG peut produire sur le long terme. Cela passe notamment par le développement d’installations sportives supplémentaires. Aujourd’hui, nous travaillons par exemple sur l’implantation de terrains dans les écoles primaires ou les collèges. Cela peut sembler simple, mais ce sont des équipements essentiels. Ils permettent aux jeunes de pratiquer davantage, de découvrir le sport très tôt et de renforcer le lien entre le sport scolaire et les clubs. Les terrains sont des héritages durables. Ils restent après l’événement et participent au développement du territoire pendant des années 

- La Ligue Corse souhaite ouvrir prochainement un Centre Régional d’Entraînement féminin. Est-ce un projet important pour la Fédération ?
- Oui, énormément. C’est même un projet extrêmement structurant pour le handball corse. Depuis des années, nous avons développé des outils de formation pour les garçons. Aujourd’hui, il est indispensable d’offrir les mêmes perspectives aux jeunes filles. Ce centre régional féminin va permettre à de jeunes joueuses corses de bénéficier d’un accompagnement sportif et scolaire de haut niveau sans être obligées de quitter leur territoire trop tôt. C’est essentiel pour l’égalité des chances, mais aussi pour le développement global du handball féminin. Je suis convaincu que ce type de structure peut permettre de faire émerger les internationales de demain. La Corse possède un vrai potentiel. On le voit déjà avec les résultats obtenus en matière de formation et avec le travail réalisé autour du Pôle Espoir. Il faut maintenant continuer à structurer cette filière 

- Quels sont aujourd’hui les grands défis du handball français ?
- Le premier défi, c’est de continuer à maintenir notre niveau de performance sportive. Le handball français a construit quelque chose d’exceptionnel depuis plusieurs décennies avec une régularité dans les résultats qui est rare dans le sport mondial. Mais nous ne pouvons pas nous limiter à cela. Aujourd’hui, le sport doit aussi répondre à des enjeux de société. Le handball peut être un formidable outil de santé publique, d’éducation, de mixité sociale et d’insertion. Nous traversons une période économiquement et socialement compliquée. Beaucoup de clubs souffrent. Beaucoup de familles aussi. Notre responsabilité, pendant cette Assemblée Générale, est de réfléchir à ce que doivent devenir nos clubs et nos ligues dans les années à venir .

« Les clubs ne peuvent plus vivre uniquement de la compétition »

- Le modèle économique des clubs amateurs est-il à un tournant ?
- Oui, très clairement. Si les clubs restent uniquement centrés sur l’organisation de compétitions, ils risquent de se fragiliser davantage. Aujourd’hui, les associations sportives ont aussi un rôle social, éducatif et sanitaire. Elles peuvent intervenir dans l’accompagnement des jeunes, la prévention santé, l’insertion ou le handicap. C’est cette diversification qu’il faut accompagner. Cela suppose davantage de formation pour les dirigeants, pour les salariés et pour les bénévoles. C’est aussi le rôle de la Fédération et des Ligues : aider les clubs à évoluer vers ces nouveaux modèles.

- Les violences dans le sport seront également abordées durant cette AG. Le handball fait-il face à une véritable prise de conscience ?
- Oui, comme toute la société. Les violences existent et il faut les combattre avec fermeté. Mais il faut aussi comprendre que le problème ne se situe pas uniquement sur le terrain. Il est parfois autour des terrains, dans les comportements, dans les relations sociales. La réponse passe évidemment par les sanctions quand elles sont nécessaires, mais aussi par la prévention, la formation et l’éducation. Le sport reste aujourd’hui l’un des rares espaces capables de transmettre des règles, du respect et du collectif. C’est une responsabilité immense 


- Après les Jeux Olympiques et les succès des équipes de France, comment maintenir cet élan populaire ?
- En renforçant nos clubs. Tout part de là. Le club reste la cellule d’accueil essentielle du sport français. Mais aujourd’hui, beaucoup de clubs sont confrontés à un manque d’installations sportives. Il faut construire davantage de terrains et donner plus de moyens à ceux qui accueillent les pratiquants au quotidien. Le handball est un outil d’éducation et de santé publique. Nous devons continuer à le défendre comme tel. Si nous voulons demain atteindre 700 000 ou 800 000 licenciés, cela passera forcément par des clubs solides, modernes et capables d’accueillir toujours plus de monde dans de bonnes conditions