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Toussaint Mufraggi : cinquante ans de peinture


Jacques RENUCCI le Mercredi 19 Juin 2019 à 09:57

Aujourd'hui définitivement reconnu, le plasticien de Villanova revient sur son parcours fait de travail acharné, mais aussi de rencontres et de hasards heureux



Lorsqu'on évoque avec Toussaint Mufraggi son parcours de peintre, un demi-siècle de création qui l'ont fait entrer dans le domaine patrimonial, il s'interroge encore sur les étapes franchies au fil des décennies, comme le fruit d'une prédestination aboutie. « Dans mes années de jeunesse, mon parcours n'avait rien de tracé. J'étais doué en dessin au collège, mais cette matière était anecdotique, même si ma professeure au Fesch, Mme Bigou, m'encourageait en ce sens. En confiance, je dessinais pour mes copains, à la demande. » De plus, le lieu n'incite en rien à la création. A l'âge où Toussaint Mufraggi entre dans l'adolescence, Ajaccio est une petite ville où n'existent que quelques peintres du dimanche, des bourgeois qui posent leurs toiles face à des paysages. En faire sa profession ? Un rêve inaccessible, et avant tout, un monde encore plus inaccessible, celui de l'art.

 

Un chemin de liberté

 

Mais le hasard s'en mêle. Les Mufraggi déménagent. Ils quittent le secteur de La Barrière, quartier des villageois citadins, pour le Cours Grandval. Un nouvel appartement et, laissée sur place par le précédent locataire, une collection de la revue L’œil. « J'ai lu chaque numéro ; j'ai découvert Rembrandt, Velasquez, Cézanne... Cela n'allait pas plus loin, mais s'est révélé plus tard important », déclare Toussaint Mufraggi. De retour dans son quartier de référence, autour du tribunal, il persiste dans sa quête de savoir. Il achète, mois après mois, des exemplaires du magazine « Les grands peintres », dont il se souvient que le premier numéro était consacré à Léonard de Vinci. «  Je suis entré dans la création par l'image », souligne-t-il. « Cela m'a donné l'envie d'aller au-delà, de faire parler ma sensibilité, mon inspiration. J'ai commencé à peindre dans les années 68, chez moi et pour moi. Je ressentais ce besoin, même si je ne trouvais pas sur place les structures qui auraient pu m'aider à me perfectionner.»


Pourquoi cette nécessité impérieuse ? « Je me rendais compte que peindre m'ouvrait le chemin de la liberté, hors des logiques limitées de l'emploi auxquelles les jeunes Corses de l'époque étaient soumis. J'étais entre l'amateurisme et la professionnalisation. Je n'avais pas de modèle, mais dans la vitrine de la galerie Bassoul, je regardais les toiles de Vellutini, et elles me plaisaient, m'inspiraient. C'est son expérience qui m'a ouvert les yeux sur la peinture contemporaine, avant que je n'approfondisse cette connaissance. » Toussaint Mufraggi ajoute : « Pour être son propre maître, il faut vivre de sa peinture. C'est mon cas... Mais aujourd'hui que je peins, ainsi que le dit Cézanne, 'comme un pommier donne des pommes ', je mesure ce qu'il a fallu de hasards, de volonté, de chance, de rencontres, pour façonner ma carrière... »

 

« Mon travail, c'est ma vie »

 

Après ses études, Toussaint Mufraggi entre dans la vie active, celle des horaires et des contraintes, mais il sait ce que doit désormais être le fil de son destin. Il loue un garage et en fait son atelier, qu'il retrouve après ses heures de bureau. Il peint - et dévore aussi l'histoire de l'art. Son premier maître en style, Van Gogh. C'est son influence que l'on retrouve dans la première exposition de Toussaint Mufraggi, dans une boutique de prêt-à-porter, lors de la fermeture estivale de celle-ci. Et c'est un succès, les toiles se vendent dans la communauté ajaccienne où le bouche-à-oreille a toujours bien fonctionné. L'année suivante, autre exposition, avec une notoriété qui s'agrandit. Mufraggi est convié à exposer à la galerie Art'Co, espace de référence de l'art contemporain en Corse. Sa production est remarquée par un groupe d'acheteurs aisés - comme Laurent Fabius ou Nicole Garcia - qui mutualisent leurs acquisitions d’œuvres d'art, et se les partagent de résidence en résidence... Dès lors, la machine s'emballe : des expositions à Paris, à Barcelone, au Brésil... Mufraggi devient une signature de référence – et c'est par l'extérieur qu'il est aujourd'hui reconnu chez lui à sa juste dimension. Mais il reste lucide en déclarant : « La tendance à vouloir plaire est tentante, une fois que l'on pense avoir une sorte de recette. Mais je sais que je dois évoluer dans ma démarche d'artiste, me remettre en question, perpétuer une quête quasi fondamentale. »

« Mon travail, c'est ma vie », répète Toussaint Mufraggi. Sans cesse en recherche dans son atelier de Villanova, il navigue en toute liberté entre le figuratif et l'abstrait. « Je suis toujours sensible à la poésie du réel et à la pulsion de l'abstraction », explique-t-il. Et partant de là il nous offre une œuvre puissamment lyrique, attachée à la terre, au maquis, au rivage. « Je suis ancré dans mon espace, et il existe un lieu dans Villanova où des gens ne viennent que pour voir de la peinture là où mon grand-père était berger... Cela est étrange et il m'arrive de ne pas y croire. »


















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