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Territoriales 2017 : Un seul enjeu pour les Nationalistes !


Rédigé par Jacques RENUCCI le Vendredi 17 Novembre 2017 à 18:35 | Modifié le Vendredi 17 Novembre 2017 - 19:13


Les Nationalistes, dans cette campagne électorale, n'ont qu'un seul enjeu : leur maintien à la tête de l'île. Ils ne peuvent qu'argumenter en ce sens.


Territoriales 2017 : Un seul enjeu pour les Nationalistes !
S'il est une caractéristique dont les Nationalistes peuvent se féliciter chaque jour, c'est de ne pas avoir une superstructure continentale encombrante. On le constate : la droite, la gauche, l'extrême-droite, au plan national, n'en finissent pas de subir, après la déroute présidentielle et législative, des crises d'identité, de positionnement et de ligne. Fatalement, l'écho de cette quête d'ajustements se ressent au plan insulaire. Avec une différence : ce qui a des effets néfastes sur le continent peut en arranger beaucoup sur place… On peut désormais naviguer allègrement de droite à gauche et de gauche à droite sans dommage, au nom de la fameuse recomposition du paysage politique. Mais au bout du compte, il y a toujours une identité qui vous rattrape...  


Donc, les Nationalistes n'ont qu'à compter avec eux-mêmes. « Comment vont-ils se présenter demain face aux électeurs ? » se demandait-on en début d'été. Pour certains observateurs, cette question paraissait plus importante que celle qui consiste à demander ce qu'ils allaient proposer à ces mêmes électeurs... Une liste, deux listes et pourquoi pas trois : en segmentant l'offre, accroît-on d'autant les capacités à susciter l'adhésion et à élargir sa base ? Dans la compétition entre programmes voisins, n'est-il pas dangereux d'introduire un rapport de force dans lequel le peuple pourrait considérer comme adversaires ceux qui ne sont que concurrents ? Ou au contraire, présenter un bloc soudé n'augure-t-il pas de vues résolument communes, donc de gestion stable et sans surprise ?


L'histoire et les négociations ont tranché dans une douceur relative et sans éclats de voix. Une chose est sûre aujourd'hui que la campagne est entrée dans sa phase active : les Nationalistes, pour l'échéance qui approche, n'ont rien à remettre en question dans leur monde. Ils sont à la fois confortés par la déliquescence de leur opposition, qui agit comme si elle n'ambitionnait que de limiter les dégâts, et portés par une vague de succès préalables qui prouvent qu'ils rassemblent bien au-delà de leur propre camp. Le fait qu'ils soient aux affaires augmente leur capacité à mobiliser, avec la fameuse prime aux sortants que d'autres ont usée jusqu'à la corde.


Nationalistes et Indépendantistes unis n'ont dans l'immédiat à se préoccuper que d'un seul souci : ne pas commettre d'erreurs stratégiques et présenter jusqu'à l'échéance une forme d'harmonie, moins dans la conception de l'avenir de la Corse à long terme que dans la manière raisonnée de porter l'île de l'avant au jour le jour. Quand on tient les manettes et les cordons de la bourse, on vous regarde différemment, des élus locaux à la sphère médiatique. La coalition a eu la chance historique (elle l'a aussi aidée à se concrétiser) de prendre le pouvoir au bon moment, celui du grand basculement. Son programme peut ainsi se permettre d'être minimaliste : demander la continuité, demander du temps, pour poursuivre la tâche entreprise, bref, demander à l'électorat d'être cohérent avec lui-même, les mandatures tronquées allant dans ce sens.


Les Nationalistes mettent donc en avant leur capacité de comptables, de gestionnaires, prêts à se passer le flambeau à eux-mêmes. Les idéologues purs et durs sont priés de la mettre en sourdine. C'est pourquoi, à échéance révolutionnaire, une réorganisation de la gouvernance du territoire, répond une campagne électorale des plus traditionnelles, sans éclats, ni tensions. Par la force des choses, l’État du « pays ami », pour les sortants, d'adversaire est devenu partenaire. C'est autour de la même table que le pouvoir et ceux qu'il a toujours eu envie de faire taire - si ce n'est de jeter en prison - traitent des affaires de la Corse... Pour la bonne marche des dossiers, on ne change pas d'interlocuteur du jour au lendemain.


La composition de la liste de rassemblement autour de Gilles Simeoni a dû tenir compte de cette réalité : l'occupation des postes stratégiques à l'exécutif et dans l'assemblée de Corse, voilà autant de places dans leur grande majorité quasi indéboulonnable. De cette mainmise préalable de CDD ambitionnant un CDI, Rinnovu a fait les frais, pour cause de représentativité trop faible, alors que Gilles Simeoni prône par ailleurs un rassemblement élargi plus « soft ». C'est pourquoi Paul-Félix Benedetti en appelle à un retour aux fondamentaux du nationalisme, avec opposition frontale à l’État et mise en avant des valeurs identitaires de référence.


Sera-t-il entendu ? On peut en débattre... D'une part, le nationalisme a changé, mais l'électorat aussi. La colonisation de peuplement de naguère est devenue la communauté de destin. Dans les meetings, on ne garde que quelques balises du discours initial, comme des repères empruntés à un passé parfois encombrant, et ceux qui ont à rendre des comptes sur un bilan doivent faire le tri dans leur histoire. Mais d'autre part, toute une frange de la jeunesse actuelle est plus radicale : elle idéalise une tradition violente dont elle n'a pas connu les heures sombres, elle revendique les principes de la LLN (lutte de libération nationale) et regrette le retrait du FLNC. Cette jeunesse n'a pas peur des contradictions : elle savoure le fait que les Nationalistes dirigent la Corse, mais en même temps elle en veut à ses chefs d'être devenus des notables démocratiques – des politiciens pas comme les autres, mais presque.


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