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Sécheresse : Les agriculteurs corses inquiets et en colère face à l'inertie de l'Etat


Rédigé par Marie MAURIZI le Vendredi 3 Novembre 2017 à 16:08 | Modifié le Dimanche 5 Novembre 2017 - 10:34


Vendredi matin, au rond-point de Campo dell’Oro, à l'entrée d'Ajaccio, une forte mobilisation des jeunes agriculteurs de Corse-du-Sud a créé un ralentissement spectaculaire de la circulation. En même temps, leurs collègues du Nord bloquaient le rond-point de Ceppe à l'entrée de Bastia. Les manifestants protestaient contre l'inaction totale de l'Etat face à la sécheresse qui frappe la Corse.


Blocage du rond-poind de Campo dell'Oro par les agriculteurs en colère.
Blocage du rond-poind de Campo dell'Oro par les agriculteurs en colère.
En fin de matinée, les agriculteurs, avertis que leur rendez-vous avec le préfet, prévu pour l'après-midi, est annulé, se déplacent avec leurs engins devant les grilles de la Préfecture d’Ajaccio. Au même moment, leurs collègues du Nord rejoignent la DDTM (Direction départementale des territoires et de la mer) à Bastia où ils trouvent porte close et l'accès refusé par des CRS. La situation menace de s'envenimer. Finalement, une délégation est reçue par le Préfet de Corse qui échange avec Stéphane Paquet, Président de la Chambre d’agriculture de Corse-du-Sud, Françoise Cianfarani, Présidente de la FDSEA de Corse-du-Sud, Jean-Christophe Arii, Président des Jeunes agriculteurs de Corse-du-Sud, et, en visioconférence des locaux de la DDTM, avec Joseph Colombani, Président de la chambre régionale d’agriculture. Une réunion de travail entre la préfecture et les syndicats représentatifs sera organisée en début de semaine prochaine pour évoquer avec tous les acteurs compétents les sujets soulevés par les syndicats agricoles.

La Corse est exclue de la France
Dans un communiqué, les syndicats citent la mesure de sécheresse nationale prise par le ministère de l'Agriculture et qui ne peut pas concerner la Corse :
« À la demande de la Confédération Paysanne, la mesure sécheresse se traduit par la possibilité d'utiliser les jachères et d'avoir un paiement vert sur ces jachères. Cette mesure exclut la Corse de fait, puisque celle-ci n’a pas de jachères : pourtant, aucune compensation n'a été prévue. »
Idem pour la demande d'aide sur le partage maritime pour les aliments et le fourrage du bétail. L’Etat répond que l'Europe ne lui permet pas d’aider les agriculteurs car cela serait de la concurrence déloyale. L’insularité ne semble pas avoir été prise en compte alors que l'importation de foin coûte 360 € par tonne contre 160 €/tonne sur le continent.
 
Sécheresse et trésorerie même combat !
La sécheresse en Corse a été particulièrement importante cette année… comme en 1960 ! Le calcul de la calamité sécheresse est, lui aussi, très complexe et désavantageux pour les agriculteurs corses :
« Le système pastoral qui prédomine en Corse (maquis) fait que le calcul de la calamité sécheresse à venir (indemnisation à hauteur de 27 % des pertes éligibles) correspondra à une aide médiocre pour les agriculteurs corses, du fait de la faible ressource exacte portée par notre système pastoral. D’ailleurs, pour l'instant, la Commission départementale des calamités agricoles ne s’est toujours pas réunie. Nous avions jusqu'au 8 novembre pour faire remonter le dossier de demande de calamité et espérer passer à la Commission Nationale d'Expertise des Calamités Agricoles de décembre. D'ores et déjà, nous savons que si nous sommes prêts, nous passerons éventuellement en février 2018.
Dans notre déclaration de surface, la quantité de surface proratiser (maquis) est la particularité avec le paiement de l’ICHN par l’ODARC et non par l’ASP, font que la région Corse est la région qui a eu le plus de primes perçues indûment et donc à rembourser par l'agriculteur. L’agriculteur corse est donc, plus qu'ailleurs, dans une très grande difficulté quant à la gestion de sa trésorerie, c'est-à-dire qu'il n'a aucune visibilité sur les sommes perçues et dues. À cause de cette situation de trésorerie instable et dans un contexte climatologique défavorable l'agriculteur corse est quasiment en rupture de paiement (fournisseurs, MSA…). de plus, la demande d'étalement pour le remboursement du trop-perçu n'a pas été pour tous pris en compte. Pour toutes les raisons citées plus haut s'il y a une concurrence déloyale elle est surtout en notre défaveur, de fait, on sait aujourd'hui qu'il n'y aura jamais plus d'aide sur le transport maritime pour la Corse. »

« La Corse ne mérite pas une négociation »
 L’invitation à rencontrer les conseillers du ministre de l'agriculture, bien que fondamentale pour les agriculteurs, ne s’est jamais concrétisée, mais vu les conditions annoncées de cette rencontre,  c’est-à-dire devant la mise en garde qu’aucune  négociation ni aucune avancée ne sera possible, ils préfèrent à cette heure, ne pas donner suite à cette invitation




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