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Réforme constitutionnelle : Le Premier ministre confirme l’article spécifique pour la Corse, rien de plus…


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 12 Mars 2018 à 23:35 | Modifié le Mardi 13 Mars 2018 - 00:16


Une réunion pour rien ! Les présidents du Conseil Exécutif de la Collectivité de Corse, Gilles Simeoni, et de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, n’ont obtenu aucune réponse claire lors de la deuxième rencontre à Matignon avec le Premier ministre, Edouard Philippe, assisté du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, et de Jacqueline Gourault. Ce dernier confirme l’inscription de la Corse dans un article spécifique, sans en préciser le contenu qui n’est pas encore écrit, mais pourrait être dévoilé dans les prochains jours. Rien donc de bien nouveau dans cet entretien, qui a duré près de deux heures. Il a été précédé, le matin même, de la réunion hebdomadaire entre les élus corses et la ministre Gourault, qualifiée, elle aussi, de « sans grand intérêt ». Le flou demeure…


Le président de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, et le président du Conseil Exécutif de la Collectivité de Corse, Gilles Simeoni, sur le perron de Matignon, juste avant la rencontre avec le Premier ministre.
Le président de l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, et le président du Conseil Exécutif de la Collectivité de Corse, Gilles Simeoni, sur le perron de Matignon, juste avant la rencontre avec le Premier ministre.
Pas plus que le premier, le second entretien entre le Premier ministre et les deux présidents nationalistes n’aura été, selon ces derniers, à la hauteur, ni des attentes, ni des enjeux. Le Premier ministre, Edouard Philippe, a pratiqué un exercice qu’il affectionne particulièrement dans sa non-gestion des affaires corses : la brasse coulée. Cette technique, qui consiste à garder la tête sous l'eau et à ne la relever que pour inspirer, est sa manière de surnager sur les difficultés, surfer sur les ambiguïtés, sans jamais aborder le fond, ni répondre clairement à la question posée. C’est ce qu’il avait fait lors du premier entretien, qualifié de prise de contact, où il n’avait rien dit, rien affirmé, rien clarifié et ne s’était engagé sur rien. Le manque de volonté politique a été encore plus flagrant lundi soir où il n’a toujours pas clarifié la position gouvernementale face à des demandes très claires des deux présidents corses, demande résumée dans la délibération votée à une très large majorité par l’Assemblée de Corse, le 8 mars dernier. « Le Premier ministre nous a dit avoir pris acte de notre délibération et confirmé qu’il y aura bien un article spécifique de la Constitution consacré à la Corse, mais il n’a pu nous dire ce qu’en sera le contenu », commente Gilles Simeoni.
 
Aucune réponse
Si le président de l’Exécutif corse, fort désabusé par les rencontres précédentes, n’attendait pas grand chose de celle-ci, il avoue, néanmoins, non sa surprise, mais plutôt sa perplexité devant l’attitude gouvernementale : « Ce qui est surprenant, c’est l’absence de réponse ! ». Le premier ministre n’a même pas daigné commenter le projet d’article spécifique qui fixe les demandes de l'Assemblée de Corse. « Il ne l’a pas commenté, même pas pour le critiquer ! Nous avons dit ce que nous voulons, nous avons un vote très largement majoritaire, nous avons argumenté. Pour notre part, nous sommes très clairs. A Paris, il n’y a, pour l’instant, pas de volonté de se hisser à la hauteur des enjeux au plan politique, et donc au plan constitutionnel ». Aucune indication, non plus, sur le niveau d’habilitation permanente que le matin même, la ministre Gourault avait confirmé « large et pérenne », le Premier ministre botte en touche de manière implicite : « Il nous a dit : « l’article n’est pas rédigé, nous ne savons pas, nous allons voir… ». Il devait nous donner une réponse, il ne nous a donné aucun élément sur rien ! Nous en prenons acte. Il dit qu’il va faire d’autres propositions, mais ne nous dit pas lesquelles. Nous pressentons bien que la proposition sera très en retrait de nos attentes, mais il ne nous le dit pas. Nous ne sommes pas plus avancés, nous sommes juste confirmés dans nos inquiétudes ». Alors, pourquoi un tel entretien si le Premier ministre n’avait rien à dire ? « C’est la question qu’on se pose ! Ce doit être un point d’étape », ironise Gilles Simeoni.
 
Des visites ministérielles
Tout ça pour ça ! C’est, aussi, l’avis de Jean-Guy Talamoni, tout aussi perplexe et quelque peu déçu : « Ce qui est sûr, c’est que nous sommes venus pour entendre une réponse claire à la délibération votée de façon très largement majoritaire par l’Assemblée de Corse et qui avait, elle, le mérite de la clarté. Cette réponse n’est pas venue. Le Premier ministre nous a confirmé ce que nous savons depuis déjà 15 jours, à savoir qu’il y aura un article spécifique pour la Corse dans la Constitution. Mais le contenu, nous ne le connaissons pas ! La procédure d’habilitation ? Nous ne savons pas ce qu’elle sera ! Il est tout à fait étonnant que le gouvernement ne soit pas en mesure de donner des réponses précises à des demandes précises ! ». La seule quasi-certitude est l’annonce faite par Edouard Philippe d’une dizaine de visites ministérielles dans l’île qui devraient concerner tous les domaines : l’énergie, la langue, le PEI (Plan exceptionnel d’investissements)… pour une approche sectorielle des problèmes. Un surprenant défilé ministériel au calendrier non fixé et aux promesses aussi implicites que les non-dits gouvernementaux, histoire de brouiller ou d’y embrouiller le message constitutionnel, ou peut-être de pallier d’avance la déception programmée sur l'île. Le président de l’Assemblée de Corse n’a pas l’intention de s’en laisser conter : « Il est, bien sûr, intéressant de travailler au plus haut niveau avec les ministres sur un certain nombre de sujets, cela démontre une attention portée à la Corse. Ceci dit, nous avons expliqué que pour travailler de manière libre et efficace, il faut, au préalable, un déverrouillage au niveau constitutionnel. Or, l’entretien avec le Premier ministre ne va pas en ce sens, il ne nous donne aucune réponse ». Cela n’entame pas sa détermination : « D’autres réunions de travail sont prévues dans les jours à-venir. Nous nous y rendrons parce que nous avons la volonté inlassable de défendre les intérêts de la Corse et les demandes de l’Assemblée de Corse, de continuer à expliquer notre point de vue, à argumenter ».
 
Tu veux ou tu veux pas ?
A quoi donc joue le gouvernement ? C’est qu’il est plutôt gêné aux entournures, pour ne pas dire coincé : il a fait d’une main électorale des promesses girondines très poussées, jusqu’à prononcer, dans l’île, le mot « autonomie », mais son geste politique, frileux et corseté, s’englue dans des postures résolument jacobines. Acculé au pied du mur, il est dans une impasse. Bridé par sa peur de lâcher trop de lest à la Corse et de s’attirer, par là-même, des ennuis à variations multiples, il craint tout autant les cris d’orfraie attendus des conservateurs de tous poils que la contagion décentralisatrice qui s’est emparée des régions continentales étranglées par les rigueurs budgétaires. A l’instar de leurs consoeurs insulaires, elles se prennent à rêver d’émancipation. D’où une gymnastique ministérielle malaisée, des contorsions dialectiques qui peinent à convaincre, et une valse hésitation désolante. Et la désagréable impression d’une farce, à la façon d’un vieux tube de Marcel Zanini : « Tu veux ou tu veux pas ? Tu veux, c’est bien, si tu ne veux pas, tant pis ! Oui, mais voilà, réponds-moi : non ou bien oui ? C’est comme ci ou comme ça ! Ou tu veux, ou tu veux pas ? Toi, tu dis noir et après, tu dis blanc. C’est noir ou blanc, mais ce n’est pas noir et blanc ». Pour le gouvernement, ce n’est ni blanc, ni noir. Il ne veut pas dire « oui » aux demandes corses, mais en même temps, il lui est difficile de dire « non ». Au final, un article 72-5 acté, mais toujours sans contenu. Le calendrier constitutionnel étant de plus en plus contraint, il faudra bien que Paris se décide…
 
N.M.
 



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