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Port de la Carbonite : Des expertises, des doutes, des inquiétudes et si peu d’envie …


Nicole Mari le Lundi 14 Octobre 2019 à 21:22

Du nouveau dans le projet de renouvellement des nouvelles infrastructures portuaires de Bastia ? Pas vraiment ! Le premier Comité de suivi opérationnel du projet a été installé, lundi après-midi à la Collectivité de Corse à Bastia, en même temps que le Comité scientifique et environnemental. Les résultats des études de modélisation hydro-sédimentaire réalisées fin 2018 sur le littoral entre la citadelle de Bastia et l’embouchure du Golu confirment un impact limité sur le trait de côte, la plage ou l’étang de Biguglia pour le projet de la Carbonite, et encore moins d’impact pour Portu Novu, le nouveau projet de l’Exécutif au Sud de la Citadelle. Mais des incertitudes subsistent quand aux effets du dérèglement climatique et des tempêtes exceptionnelles. Le débat reste ouvert, même si l’option Portu novu a le vent en poupe.




L'actuel port de commerce de Bastia.
L'actuel port de commerce de Bastia.
Le projet du Port de la Carbonite date de 2002. 17 ans après, le débat n’est toujours pas tranché tant il suscite de l’émotion et des polémiques, des réactions parfois excessives d’adhésion ou de rejet qui ne reposent pas forcément sur des données objectives, mais sur des cristallisations politiques. Dès son arrivée aux responsabilités fin 2015, le maire de Bastia, devenu président de l’Exécutif, Gilles Simeoni, peu convaincu de la pertinence du projet d’un grand port à la Carbonite porté par ses prédécesseurs à la mairie, comme à la région, a réactivité les études d’impact qu’il avait déjà arrachées sous l’ère Giacobbi. Les résultats de ces expertises ont été livrés, lundi après-midi, et confirment peu ou prou les études déjà réalisées en 2006 et 2010. L’objectif nouveau était de mesurer l’impact du port de la Carbonite sur les 22 kms de côtes qui séparent Biguglia de l’Arinella. « La question principale est : que peut-on savoir de l’impact de ce port sur le trait de côte au Sud et peut-être même au Nord ? », résume Gilles Simeoni.

Des impacts localisés
L’étude, réalisée par Egis Ports (Groupe EGIS) et le laboratoire d’hydraulique anglais, HR Wallingford, s’est attachée à mettre en œuvre des modèles physiques et numériques de simulation des courants et d’évolution du trait de côte, et à analyser leurs résultats. « L’impact principal du port consiste, en conditions de secteur Nord à Nord-Est, en la création d’une zone d’ombre sur la portion de côte située au Sud de la digue.
 En conditions de secteur Sud-Est, le port n’a peu ou pas d’impact sur les courants de déferlement puisqu’il est situé à l’extrémité Nord du littoral sableux. La conjonction de ces éléments devrait engendrer une accumulation de sédiments au Sud immédiat du futur port. La longueur de littoral impactée est de l’ordre de 2 kms environ au Sud de la digue », précise l’étude. Même longueur impactée au niveau du trait de côte. L’étude montre : « une tendance future à l’engraissement au Nord de la zone d’étude et une tendance à l’érosion au Sud, conséquence d’un transit littoral résultant orienté du Sud vers le Nord. L’implantation des ouvrages portuaires induit une avancée de la ligne de rivage du fait de l’accumulation des sédiments contre la future digue de protection.
.. Une anse d’érosion est apparue sur une distance de 700 m environ au Sud immédiat de la future digue et le recul de la ligne d’eau atteint au maximum 20 m. Cette zone d’érosion est générée par la réflexion des houles sur les parois verticales des futurs caissons qui composent la digue… Plus au Sud, les sédiments transportés depuis le Sud vers le Nord s’accumulent, ce qui crée une avancée de la ligne de rivage sur le secteur situé 800 m à 2 km au Sud du futur port ». Notamment le débouché de l’étang de Biguglia. L’étude conclut que la localisation du projet à la Carbonite « n’induit donc pas de rupture du transit littoral sur la côte sableuse. Le projet portuaire aura un impact localisé sur le trait de côte limité à 2 km environ au Sud du futur ouvrage de protection ».

L’inquiétude persiste
L’exposé des experts, très technique, est suivi avec beaucoup d’attention par les scientifiques, les représentants des sites protégés, les défenseurs de l’environnement et les élus présents. Sous le feu des questions, l’inquiétude et les doutes persistent dans l’assistance. « Votre expertise est rassurante », convient le président Simeoni qui ne peut, néanmoins, cacher son scepticisme : « Le port de Taverna en Plaine Orientale avait aussi des expertises rassurantes et on a vu les résultats. Dans quelle échelle de certitude pouvez-vous aller dans vos projections ? ». Il insiste : « Quel degré de certitude avez-vous à ce stade ? ». La grande inconnue reste le changement climatique et les tempêtes exceptionnelles à répétition qu’il génère avec les conséquences que l’on connaît déjà. Plusieurs incertitudes demeurent, notamment au niveau de l’inclinaison de la digue, de la destruction inévitable d’une partie de l’herbier de posidonie et de son rôle d’effet tampon sur les courants, également sur le trait de côte qui recule déjà, rongé par l’érosion du littoral. Un scepticisme partagé par l’hydrobiologiste de l’université de Corse et ancien président du Comité scientifique, Antoine Orsini. Pour lui, le port, au-delà de l’impact immédiat sur le littoral, pose d’autres questions.

Antoine Orsini : « Il faut se poser la question : veut-on 10 millions de touristes sur les routes en Corse ? »

L’option Portu novu
Des questions, le président de l’Exécutif en pose tout autant. Il a, donc, décidé de travailler sur trois scénarii différents. Le premier est celui de la Carbonite, qui n’a pas sa faveur. « Je pense que le port de la Carbonite n’est pas adapté à ce dont nous avons besoin, il est surdimensionné ». La stagnation, voir la diminution, du trafic maritime passagers au profit de l’aérien le confirme. Gilles Simeoni ne cache pas aussi ses doutes sur la possibilité de remise aux normes du port actuel qui ne continue de fonctionner qu’à coup de dérogations. Ce second scénario a la préférence du maire de Bastia qui penche pour une digue flottante au large du bassin Saint Nicolas qui serait, ainsi, intégralement conservé, et des pêcheurs qui proposent d’augmenter la superficie du bassin actuel par l’allongement de la digue Est en Sud-Est. Reste le troisième scénario, écrit par l’Exécutif lui-même et présenté comme une solution intermédiaire : l’éco-port Portu Novu. Intégrant des données économiques et climatiques plus récentes, ce port, au format réduit, se veut plus respectueux des proches zones balnéaires et de baignade - que ce soit la plage de l’Arinella, celle de Ficaghjola ou le site di a Culona - mais aussi de la sécurité maritime et de l’environnement marin avec le recours aux nouvelles techniques de construction moins impactantes, notamment pour les herbiers de posidonies. Cette dernière option semble avoir, désormais, le vent en poupe.

Pas assez de garanties
Pour le président de l’Exécutif, les garanties données par l’expertise sont nécessaires, mais pas suffisantes. « Nous sommes sur un cheminement complexe et très ramassé dans le temps. Nous voulons recueillir le maximum d’informations possibles. Il faudrait que le Conseil économique et environnemental affine la question. Toute décision politique doit essayer d’intégrer au plus juste les impacts du changement climatique, mais aussi les attentes et les besoins sur l’étang de Biguglia ». Il prévient : « Si la construction du port va impacter le littoral, la plage de l’Arinella et l’étang de Biguglia, il y a une quasi-unanimité pour ne pas le faire. C’est ma position. C’était celle de mon prédécesseur à la région ».

Gilles Simeoni : « Les études sont rassurantes, mais pas suffisantes pour définir le meilleur choix ».

Pour lui, le choix est clair : « Le port, que nous devons développer, doit être un écoport. On ne peut pas réfléchir à la dimension des pollutions marines et aériennes, et ne pas intégrer la dimension du développement durable. Nous devons faire un choix qui sera légitime au plan économique, technique et démocratique ». Un choix qui devra être le plus adapté à sa propre stratégie en matière de développement économique durable et d’économie bleue, de transports et d’enjeux technologiques. Si la nécessité de nouvelles infrastructures portuaires à Bastia ne fait désormais plus question, le port de commerce actuel étant insécure, trop étroit et inadapté aux nouvelles normes et à la modernisation des navires, son remplacement reste, donc, toujours aussi problématique. Une seule certitude au final dans ce débat qui devrait durer encore au moins un an : le port de la Carbonite sera un enjeu majeur de la bataille électorale des municipales bastiaises, comme il l’était déjà en 2014. Avec des positions toujours aussi tranchées et irréconciliables. Si les bateaux tanguent dans l’actuel port de commerce, il y a, sur la terre ferme toute proche, des lignes qui ne bougent pas…
 
N.M.





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