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Plaisance : Le Port Tino Rossi d’Ajaccio met au point un projet pilote d’amarrage écologique pour les yachts


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 8 Juillet 2018 à 22:57 | Modifié le Lundi 9 Juillet 2018 - 01:02


Chaque été en Corse, de plus en plus de yachts mouillent hors des quais, au large, à proximité des ports. Non par faute de place, mais par choix. Ces mouillages sauvages occasionnent de gros dégâts dans les fonds sous-marins et dans les herbiers de posidonie. Pour y remédier, la Chambre de commerce et d’industrie de Corse du Sud (CCI2A), qui gère le port de plaisance Tino Rossi d’Ajaccio, a mis au point, avec l’Office de l’environnement de la Corse (OEC), un projet pilote de coffres d’amarrage éco-conçus qui reconstituent l’habitat des espèces endémiques. L’idée est d’étendre le système à tout le pourtour de l’île. Explications, pour Corse Net Infos, de Jean-André Simonetti, Directeur du port de plaisance Tino Rossi d’Ajaccio.


Port de plaisance Tino Rossi d'Ajaccio. Crédit photo M.L.
Port de plaisance Tino Rossi d'Ajaccio. Crédit photo M.L.
- Quel est l’état de la plaisance en Corse ?
- Pour donner un état de la plaisance, il faut, d’abord, bien différencier les catégories de bateaux qui fréquentent la Corse principalement en saison. Il y a les bateaux dits de passage : en général des voiliers, également des bateaux à moteur, avec des tailles allant de 10, 12 à 14 mètres, et ce qu’on appelle les yachts, c’est à dire des bateaux au-delà de 24 mètres. Les 24 ports de plaisance de Corse, en comptant les mouillages, offrent environ 6000 places permanentes de bateaux, ils ne peuvent pas, tous, accueillir la grande plaisance, c’est-à-dire des bateaux de 24 à 90 mètres. Seuls le peuvent les principaux ports : Saint-Florent, Calvi, Ajaccio, Propriano, Porto-Vecchio, Bonifacio…
 
- Comment évolue cette plaisance ?
- Sans pour autant atteindre des chiffres exponentiels, la fréquentation des yachts de 40 à 60 mètres est en constante mutation et connaît une progression régulière dans tous les ports concernés. Paradoxalement, la demande de ces yachts a évolué. Il faut savoir que ce ne sont pas les propriétaires qui sont à bord, mais des clients qui louent une ou deux semaines à 200 000 € la semaine. Avant, les bateaux étaient cul à quai et on manquait de place dans les ports. Aujourd’hui, ces nouveaux clients ne veulent plus être à quai dans un port. Ce n’est pas pour éviter de payer la place, mais pour être tranquilles. A Ajaccio, les yachts préfèrent mouiller à proximité du port aux alentours d’Asprettu, pour avoir la carte postale de la ville sous les yeux sans pour autant être amarré à quai et être dérangé par tous les bateaux qui passent. C’est une évolution de la demande que nous devons prendre en compte.
 
- Ces mouillages au large sont gratuits ?
- Oui ! Les mouillages sont gratuits et sauvages, mais sont tolérés par l’administration. L’article 155 prévoit des zones de mouillage, notamment deux dans le golfe d’Ajaccio, mais elles ne peuvent accueillir qu’un ou deux bateaux - à cause d'un cercle d’évitage qui prend toute la surface - et ne sont pas adaptées à cette clientèle de luxe. Un mouillage au Ricanto n’offre pas la carte postale d’Ajaccio et la possibilité de débarquer avec une annexe en 2 minutes en ville. Donc, les yachts ne vont pas mouiller au Ricanto, sauf en cas de mauvais temps ou d’obligation des services maritimes, mais c’est très rare. Ils mouillent, donc, où ils veulent. Quand ils mouillent à proximité des ports, ils peuvent tomber sur une zone de sable, mais aussi sur une zone d’herbier de posidonies, et là, ils font des dégâts.
 
- C’est-à-dire ?
- Ces yachts ont des ancres qui pèsent plusieurs tonnes avec une chaîne longue parfois de plus de 100 mètres. Vous pouvez imaginer les dégâts que peut faire une telle chaine qui rague au fond de l’eau ! Elle détruit tous les habitats, les posidonies… Ce problème n'affecte pas seulement le Golfe d’Ajaccio, on l’observe tout autour de la Corse et les dégâts sont irréversibles. Il faut cent ans pour reconstituer un m2 de posidonie ! Sans posidonie, il n’y a pas de nourriture pour les poissons. En détruisant les posidonies, les yachts détruisent tous les habitats des alevins. Sans alevins, il n’y a plus de poissons. C’est la base, réchauffement de la terre ou pas !

Jean-André Simonetti, Directeur du port de plaisance Tino Rossi.
Jean-André Simonetti, Directeur du port de plaisance Tino Rossi.
- Comment y remédier ?
- Partant de ce constat d’une évolution de la demande de plaisanciers qui refusent d’aller dans un port, nous sommes obligés, soit d’interdire ces mouillages, soit de proposer une alternative. Nous avons choisi de nous adapter à cette nouvelle demande. Nous avons, en collaboration étroite avec l’Office de l’environnement et la prudhommie des pêcheurs d’Ajaccio, mis au point un projet pilote pour créer des coffres d’amarrage sur trois sites pilotes dans le golfe d’Ajaccio, des endroits fréquentés aujourd’hui de manière sauvage. Dans le fond des coffres, au lieu de placer un corps mort inerte en béton, nous reconstituerons l’habitat des espèces endémiques qui fréquentent la zone. Nous sommes en phase de recherche de financement pour une mise en place effective courant 2019.
 
- Quel est le montant du financement ?
- C’est la localisation et la position météorologique qui définissent le prix du coffre. Dans le golfe d’Ajaccio, le prix d’un coffre pour un yacht de 90 mètres avoisine 60 000 € à 80 000 €. Avec un bateau par coffre, le but n’est pas d'obtenir un gain de productivité. La CCI 2A, à travers le port de plaisance Tino Rossi, est animée par, d’une part, la volonté de répondre à la demande des plaisanciers de yachts pour qu’ils continuent de fréquenter la ville. Comme beaucoup de gens travaillent autour d’un bateau, les retombées économiques ne sont pas négligeables. D’autre part, de stopper la nuisance que provoquent le mouillage sauvage et l’ancre jetée dans la posidonie. Le yacht ne jettera plus l’ancre et ira s’amarrer au coffre.

- Prendrez-vous un arrêté d’interdiction de mouillage sauvage ?
- Nous ne sommes pas habilités à le faire. Nous faisons notre partie, celle qui nous incombe en tant que CCI, c’est-à-dire créer des outils au service de l’économie du bassin ajaccien et de la Corse en général. Avec ce projet pilote, nous proposons un nouveau type d’installation à une clientèle qui demande autre chose et qui paiera le prix d’une place au port. Des prestations seront fournies, comme la récupération des ordures. Lorsque les bateaux s’amarrent anarchiquement, ils viennent déposer à terre leurs ordures, n’importe où, dans n’importe quelle poubelle. En complément de l’amarrage au coffre, nous proposerons le service de récupérer les ordures triées - cette précision est importante – qui sera compris dans le prix. La place pourra être réservée sur notre site de réservation Magellan, comme les bateaux le font aujourd’hui.
 
- Pensez-vous que ces yachts adhèreront ?
- Oui ! Je connais beaucoup de capitaines de yachts. S’ils ont la possibilité de s’amarrer à un coffre, ils le feront. Ils n’auront plus besoin de jeter l’ancre, donc ils auront moins besoin de main d’œuvre. L’amarrage étant plus sécurisé, le bateau ne bougera plus et l’équipage n’aura pas besoin d’être de veille toute la nuit. Ils seront, tous, ravis de ne plus dégrader les fonds marins. Pour l’interdiction, nous avons déjà sensibilisé les autorités compétentes, en l’occurrence le Préfet maritime de Toulon, qui devrait prendre un arrêté stipulant que lorsque des coffres sont mis à disposition, les yachts sont obligés de s’amarrer au coffre et ne pourront plus mouiller n’importe où comme ils le font aujourd’hui.
 
- Ce projet pilote, pensez-vous le généraliser ?
- Oui ! Notre projet est de faire un schéma régional de coffres éco-conçus pour couvrir tout le pourtour de la Corse parce que les yachts tournent. Nous avons sensibilisé les responsables de l’ADEC (Agence de développement économique de la Corse), principalement le président Jean-Christophe Angelini qui a été vraiment à l’écoute et a, tout de suite, adhéré à notre projet. L’ADEC a la compétence nautisme et peut, aussi, demain, dégager des fonds pour aider des petites communes à mettre en place ces coffres. Un petit port, comme Girolata ou Porto-Pollo, n’aura jamais les moyens de construire un emplacement pour des yachts qui viendront une fois ou deux en juillet-août, ni de réaliser l’investissement pour un coffre. L’ADEC peut leur en donner les moyens. Ces amarrages sont une alternative pour les petits ports. Ils leur permettent d’avoir une ressource financière en encaissant la place sur un coffre, et d'éliminer la prédation que représentent les ancres et les chaines qui raguent sur la posidonie.

- Autre sujet : les différentiels de TVA entre la France et l’Italie sur les contrats de yachts impactent-ils la Corse ?
- Oui ! Quand la France ne respectait pas les directives européennes et appliquait une différenciation avantageuse de TVA sur les contrats de location à la semaine, beaucoup de contrats se faisaient au départ des ports français et corses. La France a été condamnée par l’Europe et a du se mettre à niveau. Il semblerait qu’aujourd’hui, les Italiens ont trouvé un biais fiscal pour avoir une TVA inférieure, ce qui leur procure un avantage différentiel. Un certain nombre de contrats sont repartis vers l’Italie, c’est une perte pour les agents maritimes de la Côte d’Azur et de la Corse. C’est, pour nous, une perte significative parce que, quand un yacht fait un départ de charter d’un port, il fait aussi tout son approvisionnement dans ce port. Les clients, qui viennent passer la semaine sur ce yacht, arrivent par avion, peut-être un jour avant, repartent un jour après…

- Quels sont les atouts de la Corse au niveau de la grande plaisance ?
- Son environnement préservé, son aspect sauvage, le fait de pouvoir débarquer dans des petites villes différentes, de faire le tour de l’île. La Corse est bien placée sur la route des yachts qui part de la Côte d’Azur et redescend vers la Sardaigne. La profession du nautisme se développe et aimerait passer à une étape supérieure. Les 6000 places de bateau de l’île sont prises. Il y en aurait 6000 de plus qu’elles seraient encore pleines. Mais, c’est très difficile de faire un port ou de l’agrandir. Il existe quand même des solutions, comme créer un port à sec...
 
- Quelles sont ses faiblesses ?
- La Corse n’a pas de gros opérateur en termes de yachts, ni un chantier naval capable d'effectuer même des petites réparations. Cela manque beaucoup ! Si un bateau de passage a le moindre problème, il est obligé d’aller en Sardaigne pour réparer. Aussi de nombreux opérateurs envisagent tout du continent, et rien de Corse.
 
- Avez-vous imaginé la création d’un chantier naval ?
- Oui ! Après maintes réflexions, la CCI2A a envisagé un projet de mini-chantier. Mais, dans le golfe d’Ajaccio, le seul endroit où l'on pourrait créer une zone d’activité pour la réparation et le refit (le retapage) des bateaux de 20, 30 et 40 mètres est le site d’Aspretto. Après le départ de l’armée, il est tombé en désuétude, il semblerait qu’il soit redevenu un élément stratégique dans la défense nationale. Nous avions, au niveau de la CCI, envisagé un groupement, style GIE (Groupement d’intérêt économique), de toutes les institutions et de tous les opérateurs pour créer un outil à la disposition des professionnels. Le gros de l’investissement était déjà réalisé puisque l’infrastructure existe et est située en bord de mer. Il suffisait juste d’y ajouter un outil de mise à terre, de sortie des bateaux.
 
- N’y-a-t-il pas d’autre site ?
- Ce type d’outils exige un minimum de contraintes environnementales au niveau des infrastructures : un port et un aéroport à proximité, sinon le chantier naval n’est pas viable, et un bassin économique assez fourni. Je ne vois aucun autre site possible en Corse avec une telle surface disponible en bord de mer. A la clé, il y a la formation des jeunes et la création d’emplois pointus. Les débouchés sont à la fois les anciens métiers d’ébénisterie, de marqueterie, frigoriste, électricien…, mais aussi des métiers d’avenir dans l’électronique, le carbone… A Ajaccio, il y a Corse Composites qui pourrait contribuer à l’élaboration d’un projet de ce type. Je rappelle que de nombreuses bases militaires se sont reconverties sur ce modèle, à l’exemple de Saint Mandrier, une commune à proximité de Toulon.
 
- Le projet est-il, donc, au point mort ?
- Pour l’instant, toutes les demandes ont été faites auprès de la Collectivité territoriale (CDC) et de l’armée. C’est la CDC qui doit porter cette demande au niveau national. S’il n’y a pas une forte volonté politique, le projet a peu de chances d’aboutir. On ne peut pas faire des plans sur la comète en disant que le nautisme est un vecteur de développement économique et ne pas se donner les outils ! Le nautisme est, au niveau national – comme l’a décrété le Premier ministre dans un discours récemment – au niveau européen et au niveau mondial, un vecteur de développement, mais pas en Corse !
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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