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Pierre Poggioli : "Dans tous les cas, on ne peut pas mourir pour des dessins...”


Rédigé par le Lundi 12 Janvier 2015 à 22:18 | Modifié le Mardi 13 Janvier 2015 - 00:10


Pierre Poggioli nous a fait parvenir la tribune libre suivante sous le titre "Dans tous les cas, on ne peut pas mourir pour des dessins...”


Pierre Poggioli : "Dans tous les cas, on ne peut pas mourir pour des dessins...”
Quelques heures après les évènements de Charly Hebdo, j’écrivais ces quelques lignes sur ma page face book
 “Même si je n'ai pas toujours apprécié certaines caricatures de la Corse ou sur la Corse dans le journal Charlie Hebdo, même si je n'apprécie pas quand on caricature une quelconque religion sans "aucune limite", même si je ne suis en aucune façon solidaire de la politique irresponsable de la France et des puissances occidentales dans le monde, même si je ne me sens guère en phase avec la société française et ses gouvernants qui nient ma spécificité, mes valeurs et ma culture, je ne peux que ressentir une totale empathie avec les souffrances de tous les proches des victimes de cette horrible tuerie et m'incliner devant toutes les victimes d'un fondamentalisme religieux qu'il nous faut aujourd'hui dénoncer et combattre y compris en Corse en arrêtant d'occulter certaines réalités dérangeantes pour se réfugier derrière un angélisme qui demain nous explosera à la figure si nous n'y prêtons garde...”


Suite aux enchaînements qui s’ensuivirent, j’ai participé au rassemblement devant la préfecture d’Ajaccio et dimanche j’ai fait partie de celles et ceux qui ont manifesté à Ajacccio
J’y étais présent en tant que citoyen corse pour exprimer ma solidarité et mon soutien aux victimes et à leurs proches. J'étais présent “ pour la liberté et la fraternité”, c'étaient les mots d'ordre de cette manifestation, comme nombre de nationalistes corses ou sympathisants...
Après avoir participé activement à la création du mouvement Corsica Libera, je ne suis plus que militant et n’ai aucune responsabilité au sein de ce mouvement depuis  2010 (départ du Rinnovu). . Certes, je comprends combien il est plus facile d’avoir une position personnelle, et  si je comprends bien,  - surtout au vu de tout et n’importe quoi que je peux lire sur les réseaux sociaux, de gens sous des pseudos ou non, se revendiquant du Nationalisme-,  je comprends très bien combien il est difficile sûrement d’arriver à une prise de  position dans de telles circonstances exceptionnelles, tant les avis divergent au sein des mouvements nationalistes. Mais  il n’en demeure pas moins vrai aussi,  selon moi, que malgré ces difficultés, le silence aujourd’hui (excepté le Syndicat des Travailleurs corses qui a appelé à soutenir les mobilisations) est une faute politique pour les mouvements nationalistes constitués.  Seule parmi les trois mouvements de jeunes,  Ghjuventù Indipendentista  a pris position contre. Je ne suis pas en accord avec cette position, mais elle a le mérite de la clarté.  Les autres mouvements nationalistes (Corsica Libera, Femu a Corsica, Rinnovu..) auraient dû se positionner, pour ou contre… car nombre de nationalistes militants ou sympathisants, ainsi que nombre de Corses attendaient leurs explications, quelles qu’elles soient. L’absence de position claire que la base et les Corses sont en droit d’attendre de mouvements luttant pour l’avenir du peuple corse face à un problème dépassant les frontières de l’île et de l’Etat français ayant donc  des répercussions y compris en Corse, posent problème. Le refus  d’assumer ses responsabilités dans de telles circonstances exceptionnelles et dramatiques, équivaut en quelque sorte, en jouant les autruches, à se voiler la face.


Ceux qui comparent les manifestations en Corse et à Paris se trompent. Si à Paris, les mots d’ordre allaient dans le sens de l’unité de la République française, et bien des manifestants savaient qu’un Patriot Act à la française est prêt, (avec l’assentiment d’une opinion française déboussolée), la situation était quand même différente, même si nombre de participants se revendiquaient de cet appel national français et des partis nationaux français. Il faut cependant rappeler  que le maire de Bastia (Femu a Corsica) avait appelé et que si les élus se sont bousculés au micro et devant le cortège, attitude bien dérisoire à mes yeux, les mots d’ordre en langue corse étaient nombreux et les nationalistes y étaient avec des drapeaux corses.
A Ajaccio, l’Appel émanait de tous  les cultes plus les athées (dont la ligue des Droits de l’homme).Les élus présents se sont effacés, et  seuls les organisateurs ont parlé. Dérisoires aussi  me semblent les allusions aux quelques personnes qui ont voulu faire chanter la Marseillaise à Ajaccio (jeudi soir devant la préfecture le Diu vi Salvi  Regina a été chanté)…
Ces mobilisations n’ont aussi rien de comparable avec celles qui ont suivi l’assassinat du Préfet Erignac et ne peuvent leur être comparées. A l’époque, c’étaient  vraiment des appels à la République et les nationalistes étaient montrés du doigt.
Pourtant nombre de personnes qui ont défilé connaissent les responsabilités et les contradictions du monde occidental et des gouvernants français qui appellent "à l'unité nationale française" y compris en Corse, et Dieu sait si on aurait nous nationalistes corses beaucoup de choses à dire sur le sujet, mais qui déroulent un tapis rouge aux dirigeants de pays tels le Qatar (ou l'Arabie Saoudite ou d'autres) dont il est de notoriété publique qu'ils financent le filières djihadistes... et là, la droite rejoint la gauche française, car il ne faut pas oublier le rôle de Nicolas Sarkosy dans le chaos Lybien et la fuite de milliers d'armes vers ces groupes islamistes radicaux dans le monde.
 
Près de 25 000 personnes à Ajaccio et Bastia, par rapport à la population de l’île, c’est énorme et si cette mobilisation ne peut être récupérée par personne, Chacun est venu avec sa sensibilité et chacun a voulu cette unité. Les Nationalistes corses qui luttent dans ce pays depuis près de 40 ans ne peuvent rester sur l’Aventin en attendant que ça passe. Cela voudrait dire que nous sommes en dehors du peuple pour lequel nous nous battons. Cela me fait penser au conflit social de 89, lorsque je prônais la jonction du mouvement national avec le mouvement social et que certains me rétorquaient, « ceux qui défilent sont des « salariés français », on n’est pas concernés… ! ».
Les nationalistes doivent-ils rester seuls et isolés en dehors. Mais alors il faut se remettre en question, car  soit nous ne représentons plus grand chose, soit nous avons perdu, pour ma part, je pense que nos réponses ne sont pas tout à fait adaptées aux évolutions... dans tous les cas,  nous devons y réfléchir car il y a désormais  40 ans de luttes et de sacrifices
En tant que nationaliste corse, j’ai toujours dénoncé la colonisation de peuplement en Corse, mais je ne l’ai jamais fait de façon sélective en fonction de l‘origine des uns et des autres.  Et surtout pas en endossant les postures du Front National duquel malheureusement consciemment ou non, nombre de nouveaux nationalistes (confondant nationalisme d’un état dominant constitué  avec le nationalisme du dominé) s’inspirent dans leurs prises de position ou pensées. Et ce n’est sûrement pas un Zemmour avec ces théories franchouillardes ou un Dieudonné avec ces théories négationnistes qui vont définir mon nationalisme).  


La définition du peuple corse votée en 1989, lorsqu’il était difficile de se déclarer nationaliste, donnant du peuple corse une définition incluant les Corses d’origine et les Corses d’adoption, quelles que soient leurs origines, leur religion ou leur couleur de peau. Et cela ne m’empêche pas aujourd’hui de dire haut et fort qu’il faut traiter des problèmes de  l’immigration en Corse, des dangers potentiels de dérives communautaristes dépassant les seuls musulmans, de même qu’il faut anticiper sur des dangers de dérives fondamentalistes… Mais L’irresponsabilité serait d’amalgamer l’Islam et le Djihad.  Les musulmans souffrent suffisamment de cet amalgame et de ces groupes intégristes dans leurs propres pays d’origine pour  en rajouter.
Les drames de Paris dépassent la Corse et la France…. et illusoire serait de croire que c’est un simple problème franco-français. Nombre de celles et ceux qui ont participé à ces mobilisations en Corse avaient sûrement des motivations différentes et venaient de sensibilités politique ou religieuses diverses,  mais ils ont privilégié l’unité face à la montée de la barbarie au nom de la religion et voulu soutenir les victimes et leurs familles. Et en Corse, le respect des morts doit primer.  La montée des fondamentalismes religieux nous  interpelle tous et en Corse, nous n’y échappons pas. Le peuple corse, apportant sa pierre par sa mobilisation massive a répondu présent. Cela ne signifie en rien qu’il a renoncé à ses revendications légitimes et à défendre ses droits sur sa Terre. Il a voulu simplement crié «  que dans tous le cas, on ne peut pas mourir pour des dessins… ! »  Et que demain, quelles que puissent être les évolutions dans l’île, cela ne sera pas toléré…



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