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Petr’Anto Tomasi : « Le bilan des élections départementales est positif pour Corsica Libera »


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 25 Mars 2015 à 21:58 | Modifié le Mercredi 25 Mars 2015 - 23:53


Corsica Libera a présenté ou soutenu, lors de ces élections départementales, des candidats dans douze cantons sur les 26 que compte l’île. Avec des scores allant de 6% à 28% dans le Grand Sud, 23% à Corte ou dans le Taravu-Ornanu, 17% dans le Fiumorbu, 15% à Bastia II et Calvi… Des résultats, que le mouvement indépendantiste estime satisfaisants et encourageants et sur lesquels il entend capitaliser en vue des prochaines Territoriales. Il s’inquiète, néanmoins, de la poussée du vote Front national qu’il entend contrer par un discours politique. Explications, pour Corse Net Infos, de Petr’Anto Tomasi, membre de l'Exécutif de Corsica Libera et candidat dans le canton de Corte lors du 1er tour des élections départementales.


Petr’Anto Tomasi, membre de l'Exécutif de Corsica Libera, candidat dans le canton de Corte lors du 1er tour des élections départementales.
Petr’Anto Tomasi, membre de l'Exécutif de Corsica Libera, candidat dans le canton de Corte lors du 1er tour des élections départementales.
- Quel bilan tirez-vous d’une élection qui ne vous est pas familière ?
- Quand Corsica Libera a décidé de présenter des candidats à cette élection dite départementale, anciennement cantonale, certains observateurs ont cru noter un paradoxe. Pour nous, c’est tout à fait le contraire ! Il est vrai que, durant des décennies, nous avons dénoncé le système clientéliste du Conseil général. Aujourd’hui, nous considérons que les propositions que nous formulons, notamment la création d’une Collectivité unique avec une Chambre des territoires et un scrutin à la proportionnelle, ont été validées par les élus de la Corse. Il était logique d’être présent à cette élection pour assurer la transition et s’assurer de la disparition du Conseil général et du système qui lui est adossé. C’était aussi l’occasion de continuer à porter nos fondamentaux politiques et à peser dans le rapport de forces avec Paris afin de faire appliquer les décisions de l’Assemblée de Corse.
 
- Comment analysez-vous les résultats que vous avez obtenus ?
- Ces résultats sont, pour nous, plus qu’honorables et même très satisfaisants. Ils sont à verser à ce rapport de forces, au même titre que l’ensemble des mobilisations que nous mettons en place depuis plusieurs semaines, notamment la Coordination pour une voie politique et notre participation au Collectif Simu di stu paese. Ces résultats montrent que Corsica Libera, sous son étiquette, bénéficie d’un ancrage certain sur l’ensemble de la Corse avec des scores qui ne sont jamais inférieurs à 6%, des pics à 15% à Calvi et dans le canton de Bastia II, 23% à Corte… Egalement, des scores tout à fait intéressants dans des candidatures d’union avec d’autres Nationalistes. C’est un bilan positif.
 
- Avez-vous été surpris d’obtenir des scores supérieurs à 15 % dans certains cantons ?
- C’est une élection qui ne nous est techniquement pas favorable puisque nous avons contre nous, au Nord comme au Sud, la machine du Conseil général. Cependant, au fur et à mesure de la campagne, nous avons senti que la démarche, que nous portions, recevait un accueil favorable et était validée par les électeurs. C’est une démarche claire, cohérente, de rejet du système clientéliste, de rejet des petits arrangements entre amis que nous avons constatés dans certains cantons, et axée sur des fondamentaux politiques. Aujourd’hui, une nouvelle donne politique a été créée grâce, à la fois, à l’attitude de Corsica Libera qui s’est adressée à l’ensemble des forces politiques pour construire un projet commun et ambitieux pour la Corse, mais, grâce aussi à l’initiative historique du FLNC de sortir de la clandestinité. Un certain nombre de barrières sont en train de tomber. Ces scores en témoignent.
 
- Que témoignent, selon vous, les forts scores réalisés par les candidatures d’union ?
- Ils sont la démonstration que, lorsque les Nationalistes trouvent, entre eux, les voies de la convergence avant de passer des accords politiques avec d’autres forces, l’électoral le comprend et le valide.
 
- Le résultat d’Eric Simoni sur Bastia II est nettement supérieur à celui des Municipales. Est-ce un travail qui porte ses fruits ?
- Oui ! La démarche Un’Alba nova per Bastia ne s’est pas arrêtée au soir du 1er tour des élections municipales de 2014 ! Elle est présente sur le terrain et continue de s’ancrer. Ce score est, aussi, sur Bastia, une prime à la clarté et à la cohérence. L’électorat n’a pas compris un certain nombre d’alliances et la poursuite aux Cantonales d’accords noués aux Municipales pour, a-t-on expliqué, faire tomber une citadelle. Ces accords ont été reconduits dans une élection plus politique. C’est la première fois que les élections du département sont générales alors que le renouvellement des cantons se faisait, jusqu’alors, partiellement. La clarté et la lisibilité du discours politique d’Eric Simoni, qui est le chef de file d’ Un’Alba nova, et de Corsica Libera puisque cette candidature s’inscrivait dans une démarche globale, ont été validées par l’électorat.
 
- Etes-vous satisfaits de vos propres résultats dans le canton de Corte ?
- Nous sommes très satisfaits. Nous avons obtenu près de 23% sur l’ensemble du canton, 27% sur la commune de Corte, 35% dans deux bureaux, 40% à Poggio-di-Venaco… Ce fut une élection difficile face à deux conseillers généraux sortants, Pierre Ghionga et Michel Mezzadri, puissamment soutenus par les majorités départementale et territoriale, dans un contexte de désertion de la majorité municipale cortenaise ! Par delà la pénétration de nos idées au sein de la société corse, a été validée, à Corte, une démarche qui place, au cœur de son discours, le rejet du clientélisme et des arrangements électoraux, la défense des intérêts du peuple corse à travers des propositions claires dans le cadre d’un projet de collectivité unique.
 
- Quelles propositions ?
- Par exemple, un contrôle des fonds et des politiques publics par un organisme dédié pour lutter contre le clientélisme, la corsisation des emplois, la promotion interne des agents, des mesures en faveur du logement avec le développement du concept d’autopromotion, de coopératives d’habitants… Des mesures réelles et claires pour la revitalisation de l’intérieur, une zone franche rurale, des mesures fiscales pour les entreprises, la volonté d’ancrer l’Université de Corse sur Corte, la mise en place d’un coefficient spécial d’aides aux communes rurales… La cohérence de ce programme, son fond politique et la clarté de la démarche ont été validées. Le mouvement national et Corsica Libera ont, encore, des marges de progression. C’est très encourageant.
 
- Comment réagissez-vous à la forte poussée du Front national (FN) qui est le fait marquant de ce scrutin ?
- C’est un signal et un vote inquiétants ! Le vote FN a, désormais, une implantation durable en Corse. Nous disons clairement que ce vote est, à la fois, un danger pour le mouvement national, mais aussi pour l’identité corse et pour les droits du peuple corse. Le FN est opposé à toutes les avancées pour la Corse. Il s’inscrit dans une logique purement française. Sa propagande électorale est bâtie sur la campagne de Marine Le Pen en France. C’est un parti nationaliste français qui, par sa nature, est tout à fait différent du nôtre puisqu’il vise à l’éradication des identités, particulièrement des identités nationales minoritaires comme l’identité corse.
 
- Comment expliquez-vous ce vote en Corse ?
- Election après élection, on peut identifier un vote communautaire français dans des zones où existe une forte proportion de militaires et de policiers. C’est incontestable ! On peut le prouver dans certains bureaux. Cela étant, le second aspect du vote FN est qu’il est aussi un vote corse ! Ce parti tâche, aujourd’hui, de préempter les problématiques qui préoccupent les Corses, mais y apporte une mauvaise analyse et des solutions tout aussi mauvaises et dangereuses ! Les Corses, le mouvement national et Corsica Libera en particulier, doivent combattre le FN par un discours politique sans chasser sur ses terres.
 
- De quelle façon ?
- Notre défi est d’apporter, avec notre propre discours et notre propre vision de l’avenir, des solutions concrètes aux thématiques sur lesquelles les Corses nous attendent, notamment la pérennité de l’existence de notre peuple sur sa terre. Nos propositions sont très concrètes : la corsisation des emplois, le statut de résident, la citoyenneté corse pour accéder aux listes électorales, un statut fiscal permettant aux jeunes Corses d’entreprendre sur leur terre… Ce sont des questions qu’il faut aborder, qu’il faut mettre au cœur du débat politique, encore plus qu’elles ne le sont aujourd’hui, pour combattre le FN par le discours.
 
- Donnez-vous des consignes de vote pour le 2nd tour ?
- Non ! Notre démarche est très claire. Malgré des scores honorables, les candidatures de Corsica Libera et celles que nous soutenions ont été éliminées au 1er tour. Nous considérons que nos électeurs sont libres. Nous les remercions de leur soutien, mais nous ne donnons aucune consigne de vote et nous ne soutenons aucun candidat au 2nd tour.
 
- Quel enseignement tirez-vous de ce scrutin à 9 mois des Territoriales ?
- En ce qui nous concerne, ce scrutin est un signal encourageant et ouvre une perspective politique plus large. Néanmoins, dans certains cantons, ces élections départementales ont répondu à des problématiques très locales, y compris parfois de manière étrange ! L’élection territoriale risque de proposer un panorama politique tout autre. Ce qui est certain, c’est que ce scrutin dénote un ancrage important de Corsica Libera au sein de la société locale. Nous allons le renforcer dans les semaines à-venir, notamment à travers la mise en place de Commitate, des Comités locaux annoncés lors de notre dernière assemblée générale.
 
- Comment envisagez-vous cette prochaine échéance ?
- L’élection territoriale sera un moment majeur dans la vie politique de notre pays. Il s’agira d’élire une majorité où les Nationalistes doivent être les moteurs du changement afin que les revendications, qui sont aujourd’hui majoritaires au sein du peuple corse, puissent s’appliquer. La majorité actuelle à l’Assemblée de Corse a fait un pas, mais le mouvement national doit être la force principale de l’émancipation de notre pays. Corsica Libera y participera avec, à la fois, la volonté d’affirmer son discours et de répéter, comme nous le faisons depuis six ans, que c’est à travers la convergence des forces nationales que la Corse avancera vers un autre avenir.
 
- Souhaitez-vous l’union des forces nationalistes au 1er ou au 2nd tour ?
- Il faut retenir les leçons du passé ! Une liste unique n’est pas nécessairement la meilleure option. Il ne faut pas ignorer les différences de discours et de stratégie des diverses tendances du mouvement national. Il faut, aussi, garder en tête que, lorsque les forces du mouvement national passent des accords dispersés et ne trouvent pas les voies de la convergence, elles peuvent obtenir des victoires électorales et arithmétiques, mais ont du mal à obtenir des victoires politiques. Nous pensons qu’au moins au  2nd tour, nous devons être capables de trouver les voies de la convergence. Nous restons sur cette position historique, pas pour une question de dogme, mais parce que l’important pour nous, ce sont les idées, les revendications et le projet politique. S’il part en ordre dispersé conclure des accords avec d’autres forces, le mouvement national accèdera, peut-être, à des responsabilités politiques, mais nous doutons de sa capacité à changer les choses en profondeur. La logique est, donc, la convergence nationale ! C’est, pour nous, la base de discussions d’un accord politique pour les Territoriales.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 



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