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Pene in capu - Après la fête et les… vœux, le retour à la réalité


le Samedi 3 Janvier 2026 à 16:30

Pene in capu" revient pour de temps à autre, dans un esprit un peu taquin et selon l'humeur du signataire de ces lignes, égratigner, critiquer, dénoncer les faits et gestes qui jalonnent, mais pas toujours de façon heureuse, notre quotidien.



Pene in capu - Après la fête et les… vœux, le retour à la réalité
Après le Nouvel An, la Corse se réveille comme elle s’est endormie. Les rues ont été balayées, les verres rangés, les formules de politesse envoyées en rafale par messages ou publications interposées. Et puis quoi ? Rien, ou presque. Par-delà les myriades de vœux - parfois sincères, souvent convenus - l’après ressemble furieusement à l’avant.

Il faut se rendre à l’évidence : ce n’est pas en passant du 31 décembre au 1er janvier que l’on se métamorphose. Ni les individus, ni la société, ni les territoires. Le calendrier change, pas les habitudes. Les bonnes résolutions s’énoncent avec aplomb mais s’étiolent vite, rattrapées par le quotidien, les contraintes, les renoncements aussi. En Corse comme ailleurs, la réalité reprend ses droits dès le 2 janvier.

Alors, à quoi servent ces vœux ? À souhaiter la santé, la réussite, la paix, le bonheur, autant de mots valises que l’on empile sans toujours mesurer ce qu’ils impliquent. La santé, mais sans remettre en question nos excès. La réussite, sans accepter l’effort ou le risque. La paix, sans regarder en face nos tensions locales, nos fractures persistantes. Le bonheur, sans s’interroger sur ce qui, concrètement, le rend possible.

Il y a bien sûr des vœux sincères. Ceux murmurés à voix basse, adressés à des proches, chargés d’une histoire partagée. Ceux-là comptent. Mais la majorité relève davantage du rite social que de la conviction. On se souhaite le meilleur parce que cela se fait. Parce que ne pas le faire serait perçu comme une entorse à la bienséance. Une tradition plus qu’un engagement.

La Corse n’échappe pas à cette mécanique. On y formule les mêmes espérances chaque année : une île apaisée, des services publics qui tiennent, une jeunesse qui trouve sa place, une économie moins fragile, un débat politique moins crispé. Et chaque année, ou presque, les mêmes constats reviennent, implacables. Les problèmes ne disparaissent pas au douzième coup de minuit. Ils attendent, patients.

Faut-il pour autant balayer les vœux d’un revers de main ? Non. Mais peut-être faudrait-il les prendre pour ce qu’ils devraient être : non pas une formule automatique, mais un point de départ. Un rappel, parfois brutal, que rien ne change sans actes. Que les transformations réelles demandent du temps, de la constance, et une forme de lucidité collective.

Au fond, l’après Nouvel An a le mérite de lever le voile. Derrière les mots polis et les sourires de circonstance, il nous renvoie à une vérité simple : si l’année qui commence a de grandes chances de ressembler à celle qui s’achève, ce n’est pas par fatalité. C’est parce que les vœux, seuls, ne suffisent pas. Et qu’en Corse comme ailleurs, le changement ne se décrète pas. Il se construit.