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Paul-Félix Benedetti : « L’enjeu est d’affirmer Core in Fronte comme une force politique incontournable »


M. L le Samedi 29 Mai 2021 à 08:28

Devenir une force de propositions et d’équilibre, incontournable sur l’échiquier politique corse, c’est, pour Core in Fronte, l’enjeu des élections territoriales de juin prochain. Avec sa liste "Da per noi" et un programme social, axé sur les fondamentaux du mouvement national, le parti indépendantiste, qui avait raté de peu la barre des 7% en 2017, entend, porté par une nouvelle dynamique, franchir cette limite fatidique. Son chef de file, Paul-Felix Benedetti, n’envisage, à ce stade et en l’absence de discussion, pas de fusion de second tour, mais n’exclut pas un accord au 3ème tour à partir du socle commun nationaliste et sur une base programmatique. Mais prévient : sans électoralisme, ni marchandage de postes ou de sièges, et pas davantage de postes à mini-responsabilités.



Paul-Félix Benedetti, leader de Core in Fronte et tête de liste "Dà per noi" aux élections territoriales des 20 et 27 juin prochain.
Paul-Félix Benedetti, leader de Core in Fronte et tête de liste "Dà per noi" aux élections territoriales des 20 et 27 juin prochain.
- Quel est, pour vous, l’enjeu de cette élection ? Incarner un renouveau, comme vous l'affirmez ?
- C'est d'affirmer Core in Fronte comme une force politique incontournable, une force de proposition, d'équilibre, qui sait être, à la fois, dans la proposition, mais aussi dans la contrainte par rapport à toutes les exactions que subit la Corse et qui sont, aujourd'hui nombreuses. Il y a les exactions liées à l'ultra-libéralisation des échanges économiques avec entre autres, pour nous, une dépossession foncière inadmissible, une invasion et un peuple corse qui disparaît par asphyxie. Mais aussi une agression interne avec des logiques monopolistiques où une poignée de familles sont en train de s'accaparer l'ensemble de l'économie et des subsides de la Corse.
 
- Vous portez un regard très critique sur les deux mandatures nationalistes. N’êtes-vous pas trop alarmiste ? Des progrès n’ont-ils pas été faits ?
- C'est plus une déception qu'un regard critique ! Je ne suis pas un maître d'école qui distribue les bons ou les mauvais points, mais je pense que vu l'attente, les espoirs qui sont nés de ce succès historique de 2015, on était, six ans après, peut-être, dans l'attente d'autres choses, d'autres traceurs, d'autres comportements. Dans l’attente qu'il y ait eu des renversements, des points significatifs d'une évolution politique, un mieux-vivre, un rééquilibrage de la justice et surtout que cette classe politique nouvelle, issue de quarante années de combats difficiles, soit un repère pour l'ensemble du peuple corse et qu’elle ne soit pas décriée par elle-même. Aujourd'hui, ces dits charmants des trois composantes de la majorité sont des traceurs d'un malaise, d'une mission qui n'a pas été accomplie.

Jean-Batti Arena et Paul-Félix Benedetti.
Jean-Batti Arena et Paul-Félix Benedetti.
- Quatre listes nationalistes. Comment analysez-vous cet éclatement du mouvement national ?
- Il y a surtout l'éclatement de la majorité territoriale parce qu’elle ne sait pas assumer tout ce qu’elle n'a pas fait pendant ces six années passées. Aujourd'hui, ses représentants sont divisés. Il leur appartient d'en tirer les conséquences, de comprendre ce qu'il a manqué, pourquoi tant d'espoirs sont remis en question par une grande partie du peuple corse. Cette division peut permettre, demain, une remise en question fondamentale de tous nos axes stratégiques. Il faut revenir à des fondamentaux, à des choses simples et pragmatiques. Je vois ça comme une bonne chose.
 
- Pensez-vous profiter des divisions pour tirer votre épingle du jeu ?
- On ne profite jamais des divisions ! On profite en général du travail que l'on accomplit soi-même. Core in Fronte est un mouvement engagé au quotidien pour la défense des intérêts collectifs du peuple corse, pour la défense des plus faibles, pour s'opposer aux injustices. Nous avons réussi à enrayer, par une action militante, une énième construction de méga-surface, à nous opposer à des spoliations de terres. Nous avons réussi à imposer des repères et à être les garants d'une Corse, à la fois, moderne et juste. Ce qui importe, c'est de garder son cap, sa ligne. Si d'autres en dévient ou ne sont pas présents à certains rendez-vous stratégiques, cela reste leur problème, mais il leur appartient de rectifier le tir et de revenir sur le bon chemin.

- Vous avez lancé un appel à la jeunesse. Quel est-il exactement ?
- La jeunesse est le moteur de toute société qui cherche à se développer. On a l'impression qu'elle se désintéresse de la chose militante et politique, qu'elle n'est plus à l'écoute de la classe politique, bien qu'elle ait été, à un moment donné, favorable au mouvement national. Je crois qu'une classe politique qui n'est pas à l'écoute de sa jeunesse est le signe d’un peuple qui se perd, qui ne se régénère pas, qui va mourir d'asphyxie. C'est pour cela qu'il est important que la jeunesse se ressaisisse, se réinvestisse, et que nous-mêmes, en soyons les porte-paroles.
 
- Vous appelez également à un sursaut patriotique, à un retour des valeurs ? Sont-elles perdues ?
- Elles ne sont pas fondamentalement perdues, mais elles sont oubliées au profit de logiques politiciennes. Je crois qu'il faut rester dans des logiques politiques globales. Les Nationalistes ont toujours porté un discours clair pour la reconnaissance du peuple corse, la sauvegarde de notre culture, de notre langue, pour notre droit à un statut juste en Méditerranée, à la souveraineté, à une justice sociale. Un discours également pour la lutte contre la spéculation et la dépossession, contre les monopoles, pour le refus des logiques du tout-tourisme, du fatalisme de l'urbanisation effrénée, pour un recentrage économique vers l'intérieur, pour gouverner en appliquant des règles strictes, pas en s'adaptant aux règles.

Lancement de campagne à Patrimoniu.
Lancement de campagne à Patrimoniu.
- Quelle est votre feuille de route ?
- Notre feuille de route est de rester nous-mêmes. De porter un discours social très fort. D'utiliser tous les bras de leviers, dont nous disposons, à droit constant. D'essayer d'obtenir une évolution institutionnelle avec une autonomie à l'égal de celle de la Sardaigne, qu'elle soit négociée et discutée, que l'on puisse avoir nos propres règles. Si la Corse ne les obtient pas dans le cadre normatif européen et français, elle est vouée à l'extinction, à l'assimilation, à l'asphyxie économique et culturelle, à une disparition pure et simple ! Il ne restera que notre territoire insulaire parce que lui, pour le moment, est insubmersible. Je pense qu'il nous appartient de créer un cadre politique, structurel, économique, culturel, fort pour que l'on puisse créer en Corse les conditions d'un mieux-vivre. Mais on est très loin d'avoir obtenu un minimum d'objectifs.

- Justement, ces objectifs font-ils partie de la vision à long terme que vous proposez ?
- Notre vision est d'obtenir des pouvoirs législatifs de plein droit comme toutes les autres régions périphériques insulaires européennes. De pouvoir montrer notre capacité à autogérer ce territoire, à remonter le niveau de vie, à équilibrer les richesses entre les Corses et surtout entre les territoires, d'arrêter cette spirale mortifère qui est en train de transformer l'intérieur de l'île en un désert ou un centre résidentiel pour estivants. Il s'agit aussi d'essayer de redonner à notre peuple un dynamisme, une capacité de perdurer, de se régénérer. Et, plus tard, sur un cycle d'une dizaine d'années, de montrer que par une auto-administration sur un type d'économie, on met la Corse sur une trajectoire positive, on a rétabli tous ses équilibres. Dans ce cas, il est légitime d'envisager un scrutin d'autodétermination pour que la Corse soit une entité européenne pleine et entière à l'égal de l'île de Malte qui est notre voisine.
 
- Quelle est pour vous la priorité immédiate, le dossier le plus urgent à traiter pour la nouvelle mandature ?
- Il y en a plusieurs : le problème social, celui du rééquilibrage des finances, de la sauvegarde de l'intérieur. Le problème des déchets, la fin de conflit avec la libération des derniers prisonniers. Le problème d'un équilibre sociétal, d'une justice globale et d'une bonne administration avec l'ossature existante qui représente, quand même, quelque chose de colossal avec une dimension étatique qu'il n'appartient qu'à nous de faire vivre.

Inauguration de la permanence à Aiacciu.
Inauguration de la permanence à Aiacciu.
- Franchir la barre des 7% vous parait-il un challenge atteignable ?
- Pour nous, ce sera quelque chose d'important ! Nous nous y attelons. J'ai le sentiment que nous avons reçu une écoute favorable dans l'opinion corse. Il ne faut cependant préjuger de rien. J'ai insisté auprès de nos militants pour qu'ils aillent au contact, qu'ils ne pensent pas que les choses sont acquises parce que la rumeur nous place sur une bonne dynamique. Précédemment, nous avons raté la barre des 7% pour quelques dizaines de voix. Aujourd'hui, la Corse a besoin d'une force comme Core in Fronte qui est un point d'équilibre et un point de repère.

- Votre stratégie pour le deuxième tour est-elle inchangée ? Pas d’union donc ? 
- Nous n'avons pas de stratégie pour le deuxième tour ! Nous avons qu'une stratégie de 1er tour, une stratégie de discours politique. Notre stratégie est d'affirmer notre force, de pouvoir être en position de franchir le cap du deuxième tour. Ensuite, nous serons à l'écoute de la société corse. Mais en l'état des non-discussions que nous avons depuis 10 ans avec les autres composantes nationalistes, il est probable que Core in Fronte reste Core in Fronte au deuxième tour.
 
- Un échec, éventuel, de Corsica Libera ne vous ouvrirait-il pas une porte vers les Modérés ?
- Les échecs n'ouvrent aucune porte ! Ce qui ouvre les portes, c'est la volonté des hommes, ce sont les choix de rassemblement. Ce sont des comportements de chefs d'Etat, pas des comportements de chefs de clans !
 
- Pour le 3ème tour, vous dites que vous ne laisserez pas passer n’importe qui. Ferez-vous barrage à Laurent Marcangeli en rejoignant d'autres Nationalistes ?
- Le 3ème tour dans un hémicycle, c'est la vie politique, ce sont des majorités globales, politiques. Je me revendique de la majorité historique. Core in Fronte aussi. Nous serons aux côtés de ceux qui proposent pour la Corse tout ce que nous avons décliné, et qui reste, pour une grande partie, dans le socle commun de tous les autres listes nationalistes. Je crois que dans ces conditions, on doit pouvoir se retrouver sur une base programmatique, qui n'est pas une base électoraliste, qui n'est pas une base de marchandage de postes, de sièges, de postes à mini-responsabilités. On est là pour gouverner, administrer, imposer des bouleversements structurels pour qu'on soit enfin écouté par la France, qu'on soit reconnu pour nos capacités à faire évoluer les choses, pour notre bon sens, notre sincérité. Je crois qu'il y aura un 3ème tour qui sera le 3ème tour des gens sincères, des amoureux de la Corse ayant en eux la volonté farouche d'arracher la Corse au marasme dans lequel elle est.

Propos recueillis par M. L