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Corte - Le prix Chloé Aldrovandi, pour une mise en mémoire éternelle


Mario Grazi le Jeudi 19 Février 2026 à 18:20

Le 15 février 2025, Chloé Aldrovandi était lâchement assassinée à Ponte-Leccia de plusieurs balles. Une « méprise » qui a jeté l’effroi sur toute une famille, une ville, et au-delà toute la Corse. Aujourd’hui, ses parents, Cathy et Sébastien tentent de survivre et pour les aider, l’Académie de Corse a créé le « Prix Chloé Aldrovandi – A Scola per a Legalità » pour ne pas oublier Chloé et pour lutter contre le crime organisé.



Grazi Ritratti
Grazi Ritratti
Le soir du 15 février 2025, restera à jamais une date ineffaçable dans la mémoire collective corse après l’injustifiable méprise assassine qui aura coûté la vie à la jeune Chloé Aldrovandi, 18 ans, tombée sous les feux d’un guet-apens à Ponte-Leccia. Une tragédie sans nom qui a brisé une famille. Un inique acte inqualifiable pour Chloé qui incarne à jamais aux yeux de ses parents, Cathy et Sébastien Aldrovandi, de sa famille, des Cortenais, des insulaires par-delà l’horizon, le stéréotype de l’enfance volée.

Ce cataclysme voit affluer des messages de soutien car tous s’identifient et portent dans leur cœur Chloé, comme leur fille. Sur les réseaux sociaux, les statuts, les photos de Cathy sont la métaphore de la plaie ouverte d’une maman inguérissable et inapaisable dont la complainte du lyrisme exacerbé dépasserait presque l’affliction de l’œuvre monumentale de Victor Hugo, « Demain, dès l’aube ». Les pronoms anaphoriques « elle », « je » … se succèdent dans une mise en abîme où l’enfant ressuscite avec les mots : « Elle s’appelle Chloé. Retenez bien son nom. Elle va vous étonner ; 18 ans d’amour (…) Je parle pour sa mémoire. Je parle pour la vérité. Je parle pour que son nom ne soit jamais prononcé sans respect, ni oubli, ni pardon ».

Heureusement, dans l’agonie de leurs cœurs et leur souffrance filiale, Cathy et Sébastien peuvent compter sur de nombreux soutiens.

Un Prix « Chloé Aldrovandi – A Scola per a Legalità », afin de dire stop aux dérives mafieuses

Et si la définition de la pédagogie, dans son socle commun, contient les cinq postures que sont l’Histoire, la Langue, l’Avenir, la Question Sociale et la Justice, accolées aux quatre C des compétences d’apprentissage à acquérir dans l’école du XXIe siècle : entre pensée Créative, Communication, Collaboration, pensée Critique, Cathy et Sébastien ont pu compter sur l’Académie de Corse en la personne du recteur Rémi-François Paolini qui a participé, à sa manière, à entamer ce chemin de deuil – aussi difficile soit-il – avec la création du Prix « Chloé Aldrovandi – A Scola per a Legalità », présenté la semaine dernière à Corte, afin de dire stop aux dérives mafieuses, lutter contre le crime organisé. Au nombre des soutiens, « Fiore Nucente », du groupe Sulana est un hymne à l’amour.

Ainsi, et pour que Chloé « ne soit pas partie pour rien », à un âge où l’avenir lui profilait bien des années de bonheur et insouciance à vivre et partager, diverses initiatives ont été menées par sa famille et amis. A ce titre, le directeur du Crous, Marc-Paul Luciani, a dédié l’un des murs du Crous à la monumentale fresque du portrait tant réaliste de la jeune fille : « Pour cela, nous avons demandé l’accord du président de l’Université, Dominique Federici, mais également l’aval du recteur, Rémi-François Paolini, présent lors de la messe du départ de Chloé », explique Cathy Albertini-Aldrovandi. Au-delà de la réalisation de cette fresque, pour que tous les jeunes voient et n’oublient pas Chloé, le recteur avait déjà en tête un grand projet pour les élèves de la 4e à la Terminale. Après diverses rencontres et discussions, c’est un grand projet de mémoire qui a été porté sur les fonts baptismaux à travers ce « Prix Chloé Aldrovandi – A Scola per a Legalità ».

Ce projet s’inscrit dans un programme scolaire destiné aux élèves des classes de la 4e à la Terminale de tous les établissements insulaires. Ce prix est destiné à récompenser des projets variés comme des œuvres artistiques, culturelles ou recherches en sciences humaines selon des critères d’évaluation reposant sur l’impact citoyen et la créativité. C’est un jury composé de membres de l’Académie de Corse, de la ville de Corte, des personnels du milieu éducatif, juridique ou culturel ainsi que de la famille de Chloé. Ce programme pédagogique a pour objectif de convertir la douleur en un bouclier contre la violence, le crime organisé et la mafia.

" Pour que son départ serve à éduquer la jeunesse aux dangers de la violence "

« Nous avons travaillé pas à pas avec le recteur qui nous tenait informés régulièrement des avancées du projet. Nous avons pensé que c’était la manière la plus douce, la plus responsable de mettre en lumière notre petite Chloé pour que son départ serve à éduquer la jeunesse aux dangers de la violence. Car ma grande peur en tant que maman était que l’on oublie Chloé. Quand on est enfermée, qu’on craint que la vie continue sans sa fille, on se dit qu’on va l’oublier. Dans cette incapacité de marcher, de manger, de dormir, bien qu’entourée de bienveillance, la vie reprend doucement avec les médecins, les kinés. Après que Chloé soit partie, le printemps est revenu, les bars ont rouvert,la vie a repris son cours sans elle et j’avais très peur de ressortir. Ainsi, et au plus fort de mon désespoir, ce prix nous semble être la meilleure manière de ne pas oublier Chloé et d’avancer », explique difficilement Cathy Albertini-Aldrovandi, les yeux voilés de larmes, la voix tremblante, emplie d’émotion mais avec ce courage et cette dignité de Mater Dolorosa…

Même si ce projet reste en phase expérimentale et qu’il faudra le peaufiner avant de le mettre en place à la rentrée prochaine, les premiers éléments dispensés sur les écoles pilotes ont des résultats des plus positifs. « J’ai pu assister à un cours convoquant aux enjeux de la prévention et j’ai été particulièrement étonnée par la maturité des élèves de 4e, la manière dont les petits ont réagi et ont mis des mots très forts pour évoquer le départ brutal de Chloé. Le cours les a amenés à définir la mafia et la criminalité organisée. Ils ont déjà un regard acerbe et même exacerbé sur ce phénomène qui tue nos enfants et qui a une influence néfaste sur la société civile, selon, leurs propres termes », poursuit la maman de Chloé qui ajoute : « Son papa, Sébastien n’a pas tenu à assister à la présentation de ce prix, qui lui était pénible. Ce prix posthume, visant à récompenser les compétences, est à mes yeux une grande avancée qui aurait fait la fierté de Chloé et reconnu ses compétences propres et ses qualités d’altruisme, solidarité et empathie. Je suis très fière de ce prix, mais paradoxalement, et comme Chloé est partie à 18 ans, il me rappellera ses 18 ans à tout jamais. Néanmoins, et avec ce prix, sa mémoire reste vivace et reste une sentinelle des savoir-être et du savoir-être. Et en donnant le nom de Chloé à un prix scolaire, on la fait entrer dans une certaine immortalité ».

Dans leur mission d’éducation, à la maison, les parents doivent poursuivre cet enseignement de la légalité et ses valeurs pour qu’il n’y ait plus d’autres Chloé. Cathy Albertini-Aldrovandi espère que les lauréats, et au-delà tous les élèves, pourront comprendre que l’on peut gagner sa vie autrement que par la violence, la drogue et le racket pour évoluer sur la voie de la citoyenneté. 
 
Loin d’un soliloque anodin, la maman brisée, mais vigilante, dialogue avec sa Chloé toujours dictée par l’anaphore : « Maman est là » (…) « Ma Chloé d’amour », « Maman est là pour que ta voix existe » (…) « Je t’aimerai sans fin, sans condition, sans repos. Parce que tu es ma fille. Parce que je suis ta maman. (…) « Pour toujours, maman est là ma fille ».
 
Gilda Emmanuelli et Mario Grazi