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PORTRAIT - Bruno Tomasi, l’explorateur agricole cortenais qui a fait le choix de la permaculture


Pierre-Manuel Pescetti le Vendredi 14 Mai 2021 à 18:35

Vagabond à l’âme poétique, l’homme de 47 ans a fait le choix de revenir sur sa terre et de pratiquer la permaculture après avoir connu l’aventure à l’autre bout du monde. Son exploitation, les terrasses de Lutriani, située à quelques kilomètres de Corte, étonne les adeptes de l’agriculture conventionnelle et propose des produits hauts en couleur et en saveur. Le travail de la terre, un choix assumé pour renouer avec ses racines et ses convictions car comme il le dit si bien « un Corse ne part jamais. Il s’absente ».



Bruno Tomasi veille sur les bourgeons de ses 350 figuiers après la vague de froid. Crédits Photo : Pierre-Manuel Pescetti
Bruno Tomasi veille sur les bourgeons de ses 350 figuiers après la vague de froid. Crédits Photo : Pierre-Manuel Pescetti
Stetson vert olive virant au marron cuir vissé sur le crâne, Bruno Tomasi déambule entre les figuiers, écouteurs aux oreilles. « Oui tu me mets ce T en laiton de côté ! J’en ai besoin pour l’irrigation, il y a trop de pression et ça fait sauter les vieilles conduites de mon père ! » s’exclame-t-il, au téléphone avec un de ses fournisseurs d’équipements. L’espace d’un instant, l’homme semble préoccupé mais un sourire le rattrape. Un sourire particulier, sincère, porteur de tout le bonheur du monde. Car Bruno Tomasi semble être l’homme le plus heureux du monde, là entre ses buttes de terres cultivées et ses champs d’arbres fruitiers parsemés de milles marguerites blanches et or. Pourtant, son plan de départ était tout autre, bien loin de la permaculture et de son lot d’aventures. Entre pérégrinations journalistiques, cinématographiques et tour du monde, ce baroudeur de 47 ans revient de loin. Un voyage à dix milles bornes pour revenir à la case départ, dans les champs de son père à quelques kilomètres de Corte car après avoir fait le tour du monde ne revient-on pas à la maison ?

Par-delà les mers

La seule chose qui liait Bruno au travail de la terre c’est le parcours de son père qui a travaillé un temps dans une plantation de café en Centrafrique. Ce qu’il aimait lui, c’est l’audiovisuel et l’aventure. Difficile de se cantonner à son petit lopin de terre cultivable.

Après des études dans l’audiovisuel de 1995 à 1998 à L’École internationale de création audiovisuelle et de réalisation (EICAR) de Paris, Bruno Tomasi enchaîne les boulots d’animateur radio et de régisseur son dans le cinéma au cœur de la capitale. Puis en 2000 c’est un premier retour en Corse.

Un temps réalisateur de documentaires pour la télévision, il embarque en 2004 sur un navire d’exploration : la Boudeuse. Après un demi-tour du monde il pose ses valises en Nouvelle-Calédonie à Nouméa en septembre 2005. C’est là qu’il rencontre Julie, employée dans la communication du groupe Carrefour partenaire de la mission navale de Bruno mais aussi et surtout celle qui aujourd’hui encore partage sa vie. Une rencontre seulement 15 jours après avoir posé pied à terre.

Burn out et virage à 180 degrés

Si la carrière de Julie semble battre son plein, Bruno s’embourbe. « Il y avait très peu de médias en Nouvelle-Calédonie à part RFO et d’autres petites structures. Niveau cinéma c’était pareil. Rien. Je suis donc revenu aux premiers amours de la famille Tomasi : le bâtiment. Que voulez-vous ? Il faut bien manger » soupire-t-il. Mais après 12 ans à manier la masse et la bétonnière tout flanche en 2017 pour le jeune conducteur de travaux. C’est le burn-out.

Julie est au point culminant de sa carrière. Elle est directrice marketing de la BNP Paribas pour toute la zone Pacifique. Bruno prend conscience que sa place est ailleurs. « Mon père avait déjà quelques hectares où il pratiquait l’arboriculture par plaisir, j’ai voulu revenir à la terre car elle au moins, elle ne ment pas ». Un changement qu’il a voulu s’appliquer à lui-même guidé par le précepte de Gandhi « Sois le changement que tu veux voir dans le monde ».

Dans cet esprit dès le début de sa convalescence il s’intéresse à la permaculture. « Il fallait que je trouve un sens à ma vie pour m’en sortir. Quand j’ai parlé d’agriculture à ma psy elle m’a dit vous êtes sûr ? C’est un domaine dans lequel il y a quand même beaucoup de suicides ». Mais le choix était fait et le jeune couple accompagné de leurs trois enfants âgés de 9, 7 et 2 ans rentre en Corse dans la foulée dès mai 2017.

On récolte ce que l’on s’aime

Autodidacte, Bruno prépare les sols dès son arrivée. Début 2018 tout est prêt à être semé et la première récolte arrive dès le printemps. « Des salades il me semble » essaye de se remémorer Bruno. Qu’importe, l’aventure est lancée. Sur 15 hectares de terrain, trois sont arboricoles, un et demi est réservé au maraîchage et le reste est constitué de forêt. « Et ça le restera » affirme Bruno, très attaché à la protection environnementale. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui le poussera à suivre le credo de la permaculture et du maraîchage sur sol vivant plutôt que de pratiquer l’agriculture conventionnelle.

Théorisé par le biologiste Bill Mollison et l’essayiste David Holmgren dans les années 1970, la pratique s’inspire de l’agriculteur japonais Masanobu Fukuoka et de son livre paru en 1975 « La révolution d’un seul brin de paille ». Terme né du mélange entre « agriculture » et « permanente », la permaculture se base sur l’observation de la nature afin de reproduire ses modèles et ses relations. Elle répond à trois concepts directeurs : prendre soin de la terre, prendre soin des humains (de soi et des autres), créer l’abondance et redistribuer les surplus. Difficile à comprendre sans avoir essayer. Concrètement la permaculture est une agriculture sans pesticide, sans désherbage, en harmonie avec le lieu de culture et ne répondant pas à une logique de productivité ni de rentabilité mais d’autosuffisance.

Pour comprendre il faut se promener dans les plantations mais attention où l’on met les pieds ! Car une touffe de ce que nous pensons être de la mauvaise herbe camoufle un sillon d’oignons en pleine croissance. « La permaculture c’est un catalogue de méthode où chacun prend ce qui correspond à sa terre et où chaque chose a son rôle à jouer, même ce qu’on pensait inutile » résume celui qui ne se considère pas comme un agriculteur mais comme un jardinier.
 
Exit les sillons à ras de terre et le mal de dos, la permaculture c’est aussi optimiser l’espace. Crédits Photo : Pierre-Manuel Pescetti
Exit les sillons à ras de terre et le mal de dos, la permaculture c’est aussi optimiser l’espace. Crédits Photo : Pierre-Manuel Pescetti

Chemin de croix et sacerdoce

S’il a fait le choix de la permaculture c’est plus par conviction que par appât du gain. Capitalistes passez votre chemin. Ici on produit pour se nourrir et on vend le surplus presque par obligation de payer les charges, sinon tout serait partagé. Exit les salaires mirobolants du marketing et du cinéma, le couple se contente de deux fois le RSA. « Pas besoin de plus puisque nous produisons nous même ce que nous mangeons » se satisfait Bruno. Avec un chiffre d’affaires encore de timide de 10 000 euros en 2020, le seul problème reste les charges liées à l’exploitation comme la tuyauterie, les bâches, le matériel imposé par les normes et les outils. Mais Bruno à la solution : il prend son mal en patience. « Vous voyez ces fleurs de fraisiers ont été brûlées par le gel de la semaine dernière. J’aurai pu éviter ça en les couvrant mais je n’avais pas les moyens d’acheter ce type de bâche, alors je laisse faire la nature » explique-t-il. Bruno garde espoir que la nouvelle réforme de la Politique Agricole Commune Européenne change la donne au profit de pratiques agricoles plus durables. « Aujourd’hui la permaculture n’est pas reconnue par l’Etat et nous ne touchons aucune aide agricole spécifique. La seule aide perçue cette année sont les 25 000 euros pour les jeunes agriculteurs car Julie a passé le diplôme de chef d’exploitation ».

Malgré le chemin de croix que cela impose, le bonheur semble être au rendez-vous. « Je suis comme un enfant devant les étoiles ! J’apprends et je m’émerveille tous les jours » déclare-t-il en parcourant du regard les fraisiers en fleurs. Bruno et Julie ne semblent pas vouloir s’arrêter en si bon chemin. À terme, l’objectif est de créer des emplois mais aussi de former les gens aux pratiques de la permaculture. Pour cela, Bruno prend régulièrement son bâton de pèlerin en s’investissant dans plusieurs initiatives comme « petites usines de vie » du collectif Umani, porté par Jean-François Bernardini, chanteur du groupe I Muvrini.

Car plus qu’une méthode de travail, la permaculture est pour Bruno « une philosophie de vie qui m’aide tous les jours, dans tous les domaines ». Une philosophie qui lui donne l’envie de changer les choses en faisant de nouveau « de la Corse un jardin » pour atteindre une certaine autonomie alimentaire.

Informations pratiques : Tous les produits de Bruno et Julie sont disponibles par commande via leur page Facebook Les Terrasses de Lutriani ou directement par téléphone au 07 87 75 38 45. Les commandes sont ensuite à récupérer dans un lieu proche de Corte précisé par les maraichers. 














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