Ce moment solennel a permis de rendre hommage à Santissima Annunziata et à San Niculaiu, protecteurs des habitants d’Occi, les Ocinchi, durant plusieurs siècles. Mais au-delà de la tradition religieuse, cette journée a marqué une étape importante, l’officialisation du jumelage entre Lumiu et Porto Venere.
Une histoire enracinée dans le Moyen Âge
Ce rapprochement n’est pas le fruit du hasard. Il s’inscrit dans une histoire ancienne, remontant au XIe siècle, lorsque l’abbaye de San Venerio, située sur l’île du Tino, possédait un vaste domaine ecclésiastique sur le territoire de Spanu. Structuré autour des églises de San Niculaiu et Sant’Ambrosgiu, ce domaine est à l’origine de la fondation du village d’Occi au XVe siècle.
Le maire de Lumiu, Étienne Suzzoni retrace cette filiation historique.
« Ce territoire était rattaché à l’abbaye de San Venerio del Tino. C’était une propriété domaniale de cette abbaye, avec notamment les églises de San Nicolao et Sant’Ambrosgiu».
Il explique également comment cette mémoire a refait surface.
« Tout est parti de rencontres. Des recherches universitaires, notamment celles de Maxime Vuillamier, puis des échanges avec l’association des Amici dell’Isola del Tino. À partir de là, on a redécouvert une histoire que nous connaissions finalement très peu».
Dans cette redécouverte, Maxime Vuillamier, historien et adjoint au maire a joué un rôle de déclencheur. c’est en croisant ses travaux universitaires consacrés au domaine ecclésiastique de Spanu avec les interrogations venues d’Italie qu’il a permis de remettre en lumière un pan méconnu de l’histoire locale. À partir de simples échanges en mairie puis avec l’association des Amici dell’Isola del Tino, les pièces du puzzle se sont assemblées : « tout s’est fait naturellement, par des rencontres et des discussions ».
En guidant ses interlocuteurs sur le terrain, notamment à Occi, San Niculaiu ou Sant’Ambrosgiu, il a contribué à transformer une recherche académique en expérience concrète, presque palpable. « Je leur ai partagé mes recherches, je les ai accompagnés sur le terrain, on est allés ensemble à Occi, sur les chapelles, sur les sites qui dépendaient autrefois de cette abbaye. À partir de là, l’histoire qu’on connaissait dans les livres a pris une dimension concrète. On a commencé à travailler ensemble, à organiser des visites, puis à imaginer des projets communs ». Pour lui, ce jumelage « est l’aboutissement logique de cette démarche, une manière de redonner vie à une histoire longtemps ignorée et de la projeter dans des actions d’échanges, notamment entre les jeunes, autour de la culture, du patrimoine et du lien entre les deux rives ».
Une redécouverte portée par la recherche et les rencontres
Au fil des années, universitaires, historiens et associations ont documenté les liens entre Lumiu et Porto Venere. Cette dynamique a trouvé un écho particulier avec l’engagement d’Elisabetta Cesari présidente de l’association Amici dell’Isola del Tino.
Présente à Occi, elle souligne la portée symbolique de cette journée. « Aujourd’hui, c’est un jour très important, parce que nous retraçons les pas accomplis au fil des siècles par les moines de San Venerio du Tino».
Elle insiste sur la dimension humaine et spirituelle de cette démarche.
« Nous venons en amis, en parcourant ces chemins avec la même foi et le désir de nouer de nouvelles relations au-delà de la mer».
Pour elle, la visite à Occi a une résonance particulière. « L’histoire que nous avions étudiée dans les livres est devenue ici tangible, presque inscrite dans la pierre».
Une journée entre tradition et engagement
La matinée a débuté à 9 h 30 par l’ascension vers Occi, avant la messe célébrée par le père Louis El Rahi, accompagnée des chants de la confrérie Sant’Antone di Lumiu, suivie de la procession de San Niculaiu.
À midi, la signature officielle du jumelage a réuni le maire Étienne Suzzoni et Riccardo Balzarotti marquant le début d’un partenariat structuré entre les deux communes.
Un diplôme d’amitié a également été remis entre la commune de Lumiu et l’association italienne, avant un spuntinu convivial partagé avec la population et les invités.
Un jumelage tourné vers l’avenir
Au-delà du symbole, ce jumelage donne des perspectives concrètes.
« Cela ouvre une voie commune », résume Elisabetta Cesari, « Nos territoires ne sont pas séparés, ils sont unis par la mer».
Plusieurs axes de coopération sont déjà envisagés, échanges scolaires entre Lumiu et Porto Venere, projets culturels et patrimoniaux, initiatives autour du sport, mais aussi actions d’inclusion, notamment en lien avec l’autisme.
Le maire confirme cette ambition.
« Il y aura des échanges entre les écoles, mais aussi au niveau sportif et culturel. On veut faire vivre cette relation dans le concret».
Un lien scellé par la foi et la culture
Parmi les symboles forts de cette union, un chant, le Dio vi salvi Regina.
« C’est un chant que nous appelons le chant de la nostalgie », explique Elisabetta Cesari, « Il unit nos deux communautés».
Chanté aussi bien en Corse qu’à Porto Venere, il incarne cette mémoire commune, transmise à travers les siècles.
En redescendant vers Lumiu par le sentier du patrimoine, en début d’après-midi, les participants emportaient avec eux bien plus qu’un souvenir, ils emportaient la conscience d’un héritage partagé, désormais tourné vers l’avenir.
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