Sacha Bastelica, candidat aux élections municipales des 15 et 22 mars à Bastia avec la liste « Una via per Bastia – Via citadina », soutenue par Ecologia Sulidaria, Europe Écologie-Les Verts, Inseme à Manca, Ghjuventù di Manca et le Parti animaliste.
- Vous avez présenté votre liste, comment la qualifieriez-vous ?
- J’entends parfois dire que nous serions « courageux », sans doute parce qu’à l’ère du repli et du renoncement, il faut être courageux pour porter des idées d’émancipation et de liberté. Je vous dirais alors que, peut-être, ce qui caractérise cette liste, c’est qu’elle est composée de femmes et d’hommes « libres ». Libres car ils investissent pleinement un temps dont ils n’attendent aucun profit, ni avantage en particulier, si ce n’est de prendre part à un engagement collectif qui nous rassemble dans le souci de la « chose publique ». Vous ne trouverez dans la liste « Una Via Per Bastia - Via Citadina », ni professionnels de la politique, ni partisans ou mercenaires, mais des citoyens pluriels, animés par un même projet, celui de fonder une nouvelle voie qui promeut des idéaux essentiels de respect, de solidarité et de concorde. Et, précisément, il me semble qu’il faut être éminemment courageux pour porter de tels principes, tant ils sont aujourd’hui disqualifiés, moqués, voire haïs par le conformisme de ceux qui font, du ressentiment, une force qui détruit, faute d’être capables de générer des forces positives qui créent.
- Quel bilan tirez-vous de la mandature précédente ?
- Juger le bilan des autres, c’est toujours penser que l’on aurait fait mieux. Il me semble stérile de pointer du doigt les manquements des autres. Je préfère me concentrer sur ce que je veux faire pour ma ville et valoriser ce que nous portons dans le cadre de notre projet. Je ne jugerai donc pas la mandature précédente sur son action, puisque celle-ci est le reflet d’une certaine conception de la politique. C’est cette conception que je mets en cause. Lorsque les nationalistes sont arrivés au pouvoir à Bastia, puis à la Collectivité, ils étaient porteurs d’un immense espoir, puisque leurs promesses coïncidaient avec les aspirations d’une grande partie de la population. Force est de constater que ces promesses se sont révélées vaines. Si l’on regarde au niveau de Bastia, la municipalité nationaliste n’a pas su protéger les Bastiais. Il y a eu un développement sans précédent de la gentrification et des Airbnb, cédant face à la pression du tout-tourisme. Notre ville a lentement décliné en favorisant essentiellement les projets touristiques ou mercantilistes saisonniers. D’ailleurs, aujourd’hui, l’unique projet, qu’ils portent, s’inscrit dans cette conception, avec un nouveau port qui ne fera qu’accentuer cette dérive de Bastia vers une cité balnéaire sans âme et sans vie. Je ne dis pas que les nationalistes ont initié cette situation mais, en tout cas, ils ont été impuissants à l’endiguer.
- Quelle est selon vous la principale problématique à laquelle Bastia est confrontée ?
- Celle-ci précisément : celle d’une ville dont la spécificité disparaît. Bientôt, Bastia n’existera plus. Ce n’est pas un effet d’annonce anxiogène, mais le triste constat d’une réalité qui touche la plupart des endroits du monde qui subissent le « tout tourisme ». Je ne veux pas de cela pour ma ville. Les nuisances actuelles sont déjà suffisamment problématiques : embouteillages, pollution visuelle, sonore et toxique due à l’afflux des bateaux et des avions ; coût des logements, de l’essence, des aliments qui augmentent à chaque saison estivale, sans autre raison que le profit de certains. Et puis, il y a les problèmes d’accès à l’eau qui vont immanquablement se poser et s’aggraver. Contre cela, il faut une réponse politique et non pas simplement expliquer que ce phénomène est mondial et que l’on doit s’adapter si l’on ne veut pas perdre en compétitivité. La vie ne se résume pas à faire du profit. Je ne crois pas que le darwinisme social consistant à s’adapter à une vie inhumaine soit un projet politique, mais une injonction autoritaire et irrationnelle contre laquelle nous avons le devoir de proposer une autre conception de ce que vivre à Bastia peut être.
- Comment compter-vous y répondre ?
- Par un réel volontarisme politique. Vous le savez, je suis jeune. Certains en font un inconvénient puisque, selon eux, je manquerais d’expérience. Mais l’âge, sans vigueur ni dynamisme, malgré une expérience supposée, s’apparente plutôt à de l’immobilisme. Pour ma part, je suis tourné vers l’avenir. Et pour m’y porter, si je m’appuie sur ce que notre ville a été, c’est avant tout pour investir le présent. Ni regret, ni promesse donc, mais une action concrète sur le présent, parce que c’est ce temps-là que nous partageons et qui détermine ce que Bastia, demain, sera. Nous mettrons donc de suite notre programme en action et nous le porterons avec l’énergie et l’enthousiasme de la jeunesse. Pour autant, si nous avons des objectifs, ces objectifs ne sont pas des dogmes. Du moment qu’ils correspondent à la ligne que Via Citadina promeut, nous pourrons les amender afin de les améliorer, et cela dans le respect et l’écoute de tous les acteurs concernés.
- Trois sujets dominent la campagne : le logement, le social et l’insécurité. Quelles solutions proposez-vous ?
- Les trois sont liés, ou plus exactement ils s’enchaînent. Si vous avez des difficultés de logement, de travail, de fins de mois, si l’environnement où vous vivez est difficile et pénible - nuisances, insonorisation défaillante, chaleur ou froid qui vous épuisent - alors vous serez plus enclin à la colère et parfois à la violence. La vie d’une ville n’est pas neutre. Les hommes ne vivent pas dans des enclos insalubres ou dans une atmosphère nauséabonde et pesante sans souffrir, - et par ailleurs, aucun être vivant ne le peut. Une ville influe autant sur la vie que sur le rapport à celle-ci. En embellissant, en vitalisant, en végétalisant les rues, en rendant l’habitat digne, en favorisant les relations humaines, nous offrirons une alternative au repli, à la peur, à ce qui écrase. Agir sur le logement avec l’encadrement des loyers, avec la construction de 150 nouveaux logements sociaux par an, ainsi que la rénovation du bâti vacant et la réhabilitation des plus de 500 logements sociaux vacants. Nous proposons la rénovation énergétique des logements avec une exonération de taxe foncière pendant trois ans pour les propriétaires qui s’engagent à rénover leurs biens, pour atteindre 300 logements rénovés par an. Agir en limitant les nouveaux Airbnb, en majorant les taxes sur les existants et en interdisant les nouvelles résidences secondaires qui font gonfler la bulle spéculative. Nous envisagerons un statut résident conditionnant l’achat. Nous mettrons en place une tarification progressive et solidaire de l’eau, avec les 12 premiers m³ gratuits afin de garantir un accès essentiel à tous. Nous ouvrirons une crèche municipale dans les quartiers sud de Bastia et créerons une cotisation solidaire donnant droit à des paniers alimentaires composés de produits locaux. Un véritable statut de « parent isolé » sera instauré, avec des droits renforcés et une priorité d’accès aux services municipaux.
- Quoi d’autre en matière de social ?
- En matière de mobilité, nous instaurerons la gratuité des transports publics pour les jeunes, les retraités modestes, les foyers modestes, les demandeurs d’emploi et les personnes sans voiture. Les navettes gratuites supprimées en 2021 seront rétablies et l’offre de transports en commun sera élargie. Nous créerons également une régie agricole municipale afin d’alimenter les cantines scolaires et de favoriser les circuits courts en produisant notre propre nourriture. Nous mettrons en place une régie alimentaire municipale, permettant d’acheter aux producteurs à un prix juste et de redistribuer, via des épiceries solidaires, à des tarifs accessibles. Enfin, nous renforcerons la présence de proximité avec la création d’une brigade citoyenne, le déploiement d’éducateurs de quartier pour la prévention et la médiation sociale, ainsi qu’un soutien accru aux associations afin de restaurer durablement le lien social. Invoquer, tel un mantra, une surenchère démagogique de caméras et d’armes, c’est un peu comme croire qu’une claque permettra à l’enfant de connaître sa leçon. Une claque vous apprend simplement à donner des claques. Je ne pense pas qu’infantiliser, pire, criminaliser une population, permette de vivre dans une ville heureuse. Je pense qu’il faut considérer les Bastiais avant tout comme des citoyens. Pour cela, il faut leur rendre le respect et la dignité auxquels ils ont droit. Il ne s’agit donc pas seulement d’essayer de soigner l’insécurité, mais d’en guérir, de s’en prémunir en agissant aussi, et surtout, sur les causes et non pas uniquement sur les effets.
- Quels seront les autres axes forts de votre programme ?
- Le premier de ces axes forts, c’est l’écologie. Ce terme a été vilipendé par toute une propagande ultralibérale et criminelle qui a tout intérêt à ce que la prise en compte des problèmes écologiques n’interfère pas avec ses projets financiers. Cette idée peut donc aujourd’hui être perçue avec mépris ou dérision, alors que souvent, ceux qui s’en moquent le plus sont ceux-là mêmes qui en souffrent le plus ou auront le plus à pâtir des conséquences néfastes de l’oubli de la question écologique. L’écologie n’est pas un slogan ou une revendication électorale. Elle est une nécessité vitale, aussi élémentaire que la santé ou l’éducation. Pour nous, l’écologie n’est pas une option mais un principe et une exigence. Elle inclut à la fois la volonté d’investir dans une réelle transition qui touchera tous les secteurs dépendant de la municipalité, ainsi que dans une véritable végétalisation de la ville, avec des avantages en termes de bien-être, de fraîcheur et de purification de l’air. Il ne s’agira pas d’acheter, à chaque saison, quelques végétaux que l’on laisse ensuite dépérir. Les espaces verts de Bastia méritent un investissement, mais aussi un suivi conséquent. Les espaces verts ne doivent plus être considérés comme un service secondaire, relégué à la seule ornementation, mais devenir prioritaires car relevant de « l’oikos ». Nous lancerons aussi une véritable concertation autour de l’eau afin de prévenir les risques de pénurie dus aux sécheresses à répétition. Nous développerons également une réelle politique du « bien-être » animal, avec de la prévention et une sensibilisation chez les plus jeunes. Nous agirons sur la préservation des espèces, par exemple en réduisant l’éclairage nocturne, surtout publicitaire, qui nuit à de nombreux êtres vivants, et nous lutterons contre toutes les formes de pollution, aussi bien chimiques que sonores afin de combattre l’anthropophonie et la solastalgie.
- Que proposez-vous en matière de culture ?
- L’éducation par la culture sera l’autre domaine que nous voulons développer en priorité. Culture qui inclut les arts. Si nous pouvons reconnaître à la mairie actuelle certaines réussites dans ce domaine, il nous semble que sa conception de la culture est quelque peu restrictive. Si la langue est le support de notre cohésion, elle ne peut en être l’unique vecteur, sauf à en faire un outil autoritaire qui départage deux types de citoyens : ceux qui y ont accès et les autres. Être Bastiais transcende tout clivage. Être bastiais, c’est vivre dans et avec cette ville. La culture ne doit pas être une citadelle vivant en état de siège, sauf à la croire trop faible pour se confronter aux autres cultures dans l’échange et la transmission, qui créent des ponts et non des murs. Nous aurons donc la volonté de développer des pôles d’excellence favorisant les rencontres et le partage de tout ce qui élève les jeunes générations. Nous défendons l’organisation d’Assises de la culture, le soutien à l’éducation immersive en langue corse, la création d’une école d’art.
- Et en matière de santé ?
- Il y a un axe essentiel : permettre qu’un jour un hôpital adapté aux besoins de la population de Bastia et de la Haute-Corse puisse voir le jour. Pour cela, j’agirai directement auprès des représentants de l’État. Dans l’attente, nous serons présents auprès des acteurs de la santé, tant physique que mentale, mais aussi sociale, avec les éducateurs et les nombreuses associations de proximité, pour faire en sorte que les Bastiais se sentent accompagnés, quelle que soit leur situation. Il en va d’une exigence de justice élémentaire avec laquelle il serait honteux et indécent de transiger. Réunir l’ensemble des professionnels de santé, aussi bien publics que privés, est primordial. Agir pour que Bastia soit reconnue en ZRR (zone de revitalisation rurale) afin de favoriser l’installation des médecins à Bastia et permettre ainsi d’envisager une véritable maison de santé ; mais aussi financer les études de jeunes étudiants en médecine, à condition qu’ils reviennent exercer à Bastia à l’issue de celles-ci.
- Quelle sera votre priorité si vous êtes élu ? Quelles mesures urgentes faudra-t-il prendre ?
- Agir dans l’urgence relève plus de la panique que de la maîtrise. S’il y a des actions prioritaires, celles-ci seront toujours, avant tout, proposées aux Bastiais dans le dialogue et la concertation. Aussi, s’il y a une priorité, ce serait celle de rendre la parole et les moyens d’action aux Bastiais. Je proposerai une nouvelle culture politique qui tende vers plus d’horizontalité afin de sortir du paternalisme qui favorise le clientélisme. Responsabiliser les citoyens en les rendant acteurs de leur ville et en leur permettant d’être acteurs, c’est en même temps les responsabiliser. Je demanderai ensuite que les travaux du théâtre de Bastia soient mis en conformité avec les demandes des professionnels de ce secteur afin qu’ils puissent rapidement, et dans les meilleures conditions, reprendre leurs activités. J’évaluerai la faisabilité de travaux permettant la mise en place d’un accès alternatif par le tunnel de la gare afin de désengorger Bastia. Mon autre priorité sera de m’attaquer au stationnement par la mise en place d’un tarif résident gratuit pour les Bastiais gagnant moins de 2 150 € par mois et, au-delà, payant avec un tarif annuel progressif selon les revenus entraînant la gratuité de toutes les places de stationnement. Je réserverai un quota défini de places dans les parkings pour les résidents, notamment en période estivale. Enfin, et avant tout, j’en finirai avec le serpent de mer qu’est le projet du port, dont les Quartiers Sud de Bastia seront les premiers à être impactés négativement, malgré la démagogie de certains qui font miroiter des avantages illusoires. Pour cela, j’aménagerai celui que nous avons en conformité avec les exigences et les normes d’un grand port de commerce. Pour autant, je me refuse à étendre la capacité touristique par souci du bien-être de mes concitoyens et de la Corse. Avec l’investissement ainsi sauvegardé, je pourrai améliorer la situation, à court et moyen terme, de l’hôpital de Bastia, tout en me battant, dès les premiers instants de ma mandature, pour contraindre l’État à répondre de ses engagements en matière de santé publique.
- Quelle est la vision de votre commune à 20 ou 30 ans ?
- Je vais être sincère : je suis très ambitieux pour Bastia. Je voudrais mettre en place une vaste politique de développement des arts et de la culture qui participe d’un véritable « soft power ». Je voudrais que notre ville rayonne dans le monde entier, non pas pour nous en enorgueillir, mais parce que je pense que nous avons beaucoup à donner. Je voudrais que notre ville, forte d’un terreau propice et d’une population dynamique, participe à un renouveau de la culture méditerranéenne, et au-delà. Je voudrais qu’elle devienne un phare du développement responsable dans les domaines du social, de l’écologie, de l’éducation et des valeurs citoyennes, en repensant l’économie non pas comme relevant du seul domaine monétaire, mais comme la gestion bienveillante du bien commun. Et ce rayonnement générera des retombées économiques durables et saines dont chacun bénéficiera. La Méditerranée fut le lieu de gestation de l’idéal politique, c’est-à-dire de la prise en charge du collectif par le collectif. Il nous appartient donc de prolonger et de réinsuffler cette aspiration afin d’en faire un principe émancipateur. Je vous l’ai dit : je suis, pour Bastia, très ambitieux.
- Pour revenir au scrutin, quel est en terme électoral votre challenge ? Quel est, pour vous, votre principal adversaire ?
- Il va de soi que mon challenge serait de porter au plus haut la liste qui m’accompagne afin de faire peser nos idées sur le débat des prochaines années. Que j’emporte ou non cette élection, si certaines de nos thématiques infusent les idées de nos concitoyens, alors nous aurons œuvré. Quant à mon « adversaire principal », c’est le « déclin » et ceux qui le portent. Le déclin, non pas au sens que certains donnent à ce mot, mais le déclin du renoncement, de la petite fuite face aux petites peurs que d’aucuns veulent nous imposer pour que les puissances actives des femmes et des hommes se tarissent, et pour que l’on croie encore à la fumeuse théorie d’un pseudo-ruissellement, ou à la stigmatisation simpliste de « l’autre », ou bien à la menace « qu’après moi, le chaos ». Je suis fondamentalement optimiste, car je suis volontariste. Je pense que, lorsqu’on veut, on peut. Certes, non pas au sens où notre action réussirait nécessairement, mais selon moi, être actif, quel que soit le résultat, c’est être libre et vivant.
- Avec quel score au soir du premier tour ?
- Cette élection est, du fait d’un contexte national et international, des plus particulières. Si l’on fait des projections objectives, il semble que les tendances soient contre nous. Et si le score du RN semble être l’une des inconnues du soir du 15 mars, le nôtre relève lui aussi de l’inconnu. Nous sommes à la fois une force neuve, mais nous sommes aussi les seuls à être sincères. Ce qui me motive, c’est que les Bastiais ne sont pas des statistiques ou des pourcentages, mais des individus à part entière. Et s’ils nous entendent, ils comprendront qu’au-delà d’une simple mandature, c’est un renouveau de la politique que nous leur proposons. Ils sentiront alors le souffle de ce vent qui nous porte, un vent qui annonce, pas la tempête, mais l’essor d’un printemps toujours possible.
- Quelle sera votre stratégie pour le second tour ? Avez-vous déjà envisagé d’éventuelles alliances ?
- Nous avons un projet, nous avons des attentes et des revendications ; nous ne sommes là, ni pour faire de la représentation, ni pour être les supplétifs de qui que ce soit. Mais, quoi qu’il en soit, nous en discuterons collégialement, non pas uniquement entre les 43 personnes qui composent notre liste, mais au-delà, avec tous ceux et toutes celles qui se sont investis depuis le début, afin de déterminer ce que nous ferons. De même, il me semble périlleux d’agir dans l’urgence : réagir et se déterminer à contretemps n’est guère propice à une prise de décision cohérente et constructive.
- Si vous ne passez pas le cap du premier tour, qui soutiendrez-vous ?
- En cas de non-qualification, nous discuterons avec les forces présentes au second tour, enfin, avec celles qui, bien entendu, seront prêtes au dialogue — et j’insiste sur le sens de ce mot — afin de mettre en place des tractations programmatiques, pas de quémander des postes, comme certains l’ont fait ou ont voulu le faire, avant même la constitution des listes.
- Bastia est-il mur selon vous pour une alternance politique ?
- Je n’aime guère cette question. Je ne pense pas que l’aspiration au changement soit le fait d’une quelconque « maturité » politique. Encore une fois, c’est considérer les électeurs comme des enfants. Les Bastiais choisiront ; ils sont souverains. Et ils choisiront de nous donner un large écho, car je suis certain que nous parviendrons à nous faire entendre. Depuis le début de cette campagne, je ne cherche pas à les persuader en leur faisant peur ou en leur promettant des bénéfices illusoires. Et si je ne parviens peut-être pas toujours à les convaincre, quoi qu’il en soit, ils savent que je n’ai eu de cesse de dialoguer avec eux et que je les respecte dans leur diversité et leur singularité. Quel que soit leur choix, il sera l’expression de leur volonté.
- Quel serait votre message aux Bastiais ?
- Pourquoi me faire confiance ? Rien n’est pire que la confiance trahie. Car avec elle naît le ressentiment, le rejet et l’abandon de la croyance en la possibilité de vivre ensemble. Malheureusement, cela fait longtemps que la confiance des Bastiais a été mise en mal. Aussi, ce ne sont pas des promesses que je fais aux Bastiais. Je leur fais un « engagement » : celui d’être en accord avec ce que cette liste porte et de ne jamais faire de concessions au nom d’un quelconque intérêt particulier. Ce que je propose aux Bastiais, c’est un véritable contrat pour que nous puissions de nouveau faire société ensemble, sans exclusion au titre de l’origine, du statut social, du handicap ou de quelconque choix de vie personnelle. Faire société, c’est dépasser, dans le respect, les particularités pour faire communauté. Mais une communauté envers laquelle, en retour, on a des devoirs, et avant tout celui de vouloir autant le bien des autres que le sien propre. Car être heureux dans une ville où d’autres ont des difficultés, jouir de l’existence alors que d’autres attendent de nous, ne serait-ce qu’un regard, il me semble que ce ne peut pas être du bonheur, mais une joie morbide. Seule la solidarité, c’est-à-dire la prise en compte du fait que nous avons un destin collectif, peut mener aux jours heureux qu’une refondation d’un contrat citoyen porte.
Propos recueillis par Nicole MARI.
- J’entends parfois dire que nous serions « courageux », sans doute parce qu’à l’ère du repli et du renoncement, il faut être courageux pour porter des idées d’émancipation et de liberté. Je vous dirais alors que, peut-être, ce qui caractérise cette liste, c’est qu’elle est composée de femmes et d’hommes « libres ». Libres car ils investissent pleinement un temps dont ils n’attendent aucun profit, ni avantage en particulier, si ce n’est de prendre part à un engagement collectif qui nous rassemble dans le souci de la « chose publique ». Vous ne trouverez dans la liste « Una Via Per Bastia - Via Citadina », ni professionnels de la politique, ni partisans ou mercenaires, mais des citoyens pluriels, animés par un même projet, celui de fonder une nouvelle voie qui promeut des idéaux essentiels de respect, de solidarité et de concorde. Et, précisément, il me semble qu’il faut être éminemment courageux pour porter de tels principes, tant ils sont aujourd’hui disqualifiés, moqués, voire haïs par le conformisme de ceux qui font, du ressentiment, une force qui détruit, faute d’être capables de générer des forces positives qui créent.
- Quel bilan tirez-vous de la mandature précédente ?
- Juger le bilan des autres, c’est toujours penser que l’on aurait fait mieux. Il me semble stérile de pointer du doigt les manquements des autres. Je préfère me concentrer sur ce que je veux faire pour ma ville et valoriser ce que nous portons dans le cadre de notre projet. Je ne jugerai donc pas la mandature précédente sur son action, puisque celle-ci est le reflet d’une certaine conception de la politique. C’est cette conception que je mets en cause. Lorsque les nationalistes sont arrivés au pouvoir à Bastia, puis à la Collectivité, ils étaient porteurs d’un immense espoir, puisque leurs promesses coïncidaient avec les aspirations d’une grande partie de la population. Force est de constater que ces promesses se sont révélées vaines. Si l’on regarde au niveau de Bastia, la municipalité nationaliste n’a pas su protéger les Bastiais. Il y a eu un développement sans précédent de la gentrification et des Airbnb, cédant face à la pression du tout-tourisme. Notre ville a lentement décliné en favorisant essentiellement les projets touristiques ou mercantilistes saisonniers. D’ailleurs, aujourd’hui, l’unique projet, qu’ils portent, s’inscrit dans cette conception, avec un nouveau port qui ne fera qu’accentuer cette dérive de Bastia vers une cité balnéaire sans âme et sans vie. Je ne dis pas que les nationalistes ont initié cette situation mais, en tout cas, ils ont été impuissants à l’endiguer.
- Quelle est selon vous la principale problématique à laquelle Bastia est confrontée ?
- Celle-ci précisément : celle d’une ville dont la spécificité disparaît. Bientôt, Bastia n’existera plus. Ce n’est pas un effet d’annonce anxiogène, mais le triste constat d’une réalité qui touche la plupart des endroits du monde qui subissent le « tout tourisme ». Je ne veux pas de cela pour ma ville. Les nuisances actuelles sont déjà suffisamment problématiques : embouteillages, pollution visuelle, sonore et toxique due à l’afflux des bateaux et des avions ; coût des logements, de l’essence, des aliments qui augmentent à chaque saison estivale, sans autre raison que le profit de certains. Et puis, il y a les problèmes d’accès à l’eau qui vont immanquablement se poser et s’aggraver. Contre cela, il faut une réponse politique et non pas simplement expliquer que ce phénomène est mondial et que l’on doit s’adapter si l’on ne veut pas perdre en compétitivité. La vie ne se résume pas à faire du profit. Je ne crois pas que le darwinisme social consistant à s’adapter à une vie inhumaine soit un projet politique, mais une injonction autoritaire et irrationnelle contre laquelle nous avons le devoir de proposer une autre conception de ce que vivre à Bastia peut être.
- Comment compter-vous y répondre ?
- Par un réel volontarisme politique. Vous le savez, je suis jeune. Certains en font un inconvénient puisque, selon eux, je manquerais d’expérience. Mais l’âge, sans vigueur ni dynamisme, malgré une expérience supposée, s’apparente plutôt à de l’immobilisme. Pour ma part, je suis tourné vers l’avenir. Et pour m’y porter, si je m’appuie sur ce que notre ville a été, c’est avant tout pour investir le présent. Ni regret, ni promesse donc, mais une action concrète sur le présent, parce que c’est ce temps-là que nous partageons et qui détermine ce que Bastia, demain, sera. Nous mettrons donc de suite notre programme en action et nous le porterons avec l’énergie et l’enthousiasme de la jeunesse. Pour autant, si nous avons des objectifs, ces objectifs ne sont pas des dogmes. Du moment qu’ils correspondent à la ligne que Via Citadina promeut, nous pourrons les amender afin de les améliorer, et cela dans le respect et l’écoute de tous les acteurs concernés.
- Trois sujets dominent la campagne : le logement, le social et l’insécurité. Quelles solutions proposez-vous ?
- Les trois sont liés, ou plus exactement ils s’enchaînent. Si vous avez des difficultés de logement, de travail, de fins de mois, si l’environnement où vous vivez est difficile et pénible - nuisances, insonorisation défaillante, chaleur ou froid qui vous épuisent - alors vous serez plus enclin à la colère et parfois à la violence. La vie d’une ville n’est pas neutre. Les hommes ne vivent pas dans des enclos insalubres ou dans une atmosphère nauséabonde et pesante sans souffrir, - et par ailleurs, aucun être vivant ne le peut. Une ville influe autant sur la vie que sur le rapport à celle-ci. En embellissant, en vitalisant, en végétalisant les rues, en rendant l’habitat digne, en favorisant les relations humaines, nous offrirons une alternative au repli, à la peur, à ce qui écrase. Agir sur le logement avec l’encadrement des loyers, avec la construction de 150 nouveaux logements sociaux par an, ainsi que la rénovation du bâti vacant et la réhabilitation des plus de 500 logements sociaux vacants. Nous proposons la rénovation énergétique des logements avec une exonération de taxe foncière pendant trois ans pour les propriétaires qui s’engagent à rénover leurs biens, pour atteindre 300 logements rénovés par an. Agir en limitant les nouveaux Airbnb, en majorant les taxes sur les existants et en interdisant les nouvelles résidences secondaires qui font gonfler la bulle spéculative. Nous envisagerons un statut résident conditionnant l’achat. Nous mettrons en place une tarification progressive et solidaire de l’eau, avec les 12 premiers m³ gratuits afin de garantir un accès essentiel à tous. Nous ouvrirons une crèche municipale dans les quartiers sud de Bastia et créerons une cotisation solidaire donnant droit à des paniers alimentaires composés de produits locaux. Un véritable statut de « parent isolé » sera instauré, avec des droits renforcés et une priorité d’accès aux services municipaux.
- Quoi d’autre en matière de social ?
- En matière de mobilité, nous instaurerons la gratuité des transports publics pour les jeunes, les retraités modestes, les foyers modestes, les demandeurs d’emploi et les personnes sans voiture. Les navettes gratuites supprimées en 2021 seront rétablies et l’offre de transports en commun sera élargie. Nous créerons également une régie agricole municipale afin d’alimenter les cantines scolaires et de favoriser les circuits courts en produisant notre propre nourriture. Nous mettrons en place une régie alimentaire municipale, permettant d’acheter aux producteurs à un prix juste et de redistribuer, via des épiceries solidaires, à des tarifs accessibles. Enfin, nous renforcerons la présence de proximité avec la création d’une brigade citoyenne, le déploiement d’éducateurs de quartier pour la prévention et la médiation sociale, ainsi qu’un soutien accru aux associations afin de restaurer durablement le lien social. Invoquer, tel un mantra, une surenchère démagogique de caméras et d’armes, c’est un peu comme croire qu’une claque permettra à l’enfant de connaître sa leçon. Une claque vous apprend simplement à donner des claques. Je ne pense pas qu’infantiliser, pire, criminaliser une population, permette de vivre dans une ville heureuse. Je pense qu’il faut considérer les Bastiais avant tout comme des citoyens. Pour cela, il faut leur rendre le respect et la dignité auxquels ils ont droit. Il ne s’agit donc pas seulement d’essayer de soigner l’insécurité, mais d’en guérir, de s’en prémunir en agissant aussi, et surtout, sur les causes et non pas uniquement sur les effets.
- Quels seront les autres axes forts de votre programme ?
- Le premier de ces axes forts, c’est l’écologie. Ce terme a été vilipendé par toute une propagande ultralibérale et criminelle qui a tout intérêt à ce que la prise en compte des problèmes écologiques n’interfère pas avec ses projets financiers. Cette idée peut donc aujourd’hui être perçue avec mépris ou dérision, alors que souvent, ceux qui s’en moquent le plus sont ceux-là mêmes qui en souffrent le plus ou auront le plus à pâtir des conséquences néfastes de l’oubli de la question écologique. L’écologie n’est pas un slogan ou une revendication électorale. Elle est une nécessité vitale, aussi élémentaire que la santé ou l’éducation. Pour nous, l’écologie n’est pas une option mais un principe et une exigence. Elle inclut à la fois la volonté d’investir dans une réelle transition qui touchera tous les secteurs dépendant de la municipalité, ainsi que dans une véritable végétalisation de la ville, avec des avantages en termes de bien-être, de fraîcheur et de purification de l’air. Il ne s’agira pas d’acheter, à chaque saison, quelques végétaux que l’on laisse ensuite dépérir. Les espaces verts de Bastia méritent un investissement, mais aussi un suivi conséquent. Les espaces verts ne doivent plus être considérés comme un service secondaire, relégué à la seule ornementation, mais devenir prioritaires car relevant de « l’oikos ». Nous lancerons aussi une véritable concertation autour de l’eau afin de prévenir les risques de pénurie dus aux sécheresses à répétition. Nous développerons également une réelle politique du « bien-être » animal, avec de la prévention et une sensibilisation chez les plus jeunes. Nous agirons sur la préservation des espèces, par exemple en réduisant l’éclairage nocturne, surtout publicitaire, qui nuit à de nombreux êtres vivants, et nous lutterons contre toutes les formes de pollution, aussi bien chimiques que sonores afin de combattre l’anthropophonie et la solastalgie.
- Que proposez-vous en matière de culture ?
- L’éducation par la culture sera l’autre domaine que nous voulons développer en priorité. Culture qui inclut les arts. Si nous pouvons reconnaître à la mairie actuelle certaines réussites dans ce domaine, il nous semble que sa conception de la culture est quelque peu restrictive. Si la langue est le support de notre cohésion, elle ne peut en être l’unique vecteur, sauf à en faire un outil autoritaire qui départage deux types de citoyens : ceux qui y ont accès et les autres. Être Bastiais transcende tout clivage. Être bastiais, c’est vivre dans et avec cette ville. La culture ne doit pas être une citadelle vivant en état de siège, sauf à la croire trop faible pour se confronter aux autres cultures dans l’échange et la transmission, qui créent des ponts et non des murs. Nous aurons donc la volonté de développer des pôles d’excellence favorisant les rencontres et le partage de tout ce qui élève les jeunes générations. Nous défendons l’organisation d’Assises de la culture, le soutien à l’éducation immersive en langue corse, la création d’une école d’art.
- Et en matière de santé ?
- Il y a un axe essentiel : permettre qu’un jour un hôpital adapté aux besoins de la population de Bastia et de la Haute-Corse puisse voir le jour. Pour cela, j’agirai directement auprès des représentants de l’État. Dans l’attente, nous serons présents auprès des acteurs de la santé, tant physique que mentale, mais aussi sociale, avec les éducateurs et les nombreuses associations de proximité, pour faire en sorte que les Bastiais se sentent accompagnés, quelle que soit leur situation. Il en va d’une exigence de justice élémentaire avec laquelle il serait honteux et indécent de transiger. Réunir l’ensemble des professionnels de santé, aussi bien publics que privés, est primordial. Agir pour que Bastia soit reconnue en ZRR (zone de revitalisation rurale) afin de favoriser l’installation des médecins à Bastia et permettre ainsi d’envisager une véritable maison de santé ; mais aussi financer les études de jeunes étudiants en médecine, à condition qu’ils reviennent exercer à Bastia à l’issue de celles-ci.
- Quelle sera votre priorité si vous êtes élu ? Quelles mesures urgentes faudra-t-il prendre ?
- Agir dans l’urgence relève plus de la panique que de la maîtrise. S’il y a des actions prioritaires, celles-ci seront toujours, avant tout, proposées aux Bastiais dans le dialogue et la concertation. Aussi, s’il y a une priorité, ce serait celle de rendre la parole et les moyens d’action aux Bastiais. Je proposerai une nouvelle culture politique qui tende vers plus d’horizontalité afin de sortir du paternalisme qui favorise le clientélisme. Responsabiliser les citoyens en les rendant acteurs de leur ville et en leur permettant d’être acteurs, c’est en même temps les responsabiliser. Je demanderai ensuite que les travaux du théâtre de Bastia soient mis en conformité avec les demandes des professionnels de ce secteur afin qu’ils puissent rapidement, et dans les meilleures conditions, reprendre leurs activités. J’évaluerai la faisabilité de travaux permettant la mise en place d’un accès alternatif par le tunnel de la gare afin de désengorger Bastia. Mon autre priorité sera de m’attaquer au stationnement par la mise en place d’un tarif résident gratuit pour les Bastiais gagnant moins de 2 150 € par mois et, au-delà, payant avec un tarif annuel progressif selon les revenus entraînant la gratuité de toutes les places de stationnement. Je réserverai un quota défini de places dans les parkings pour les résidents, notamment en période estivale. Enfin, et avant tout, j’en finirai avec le serpent de mer qu’est le projet du port, dont les Quartiers Sud de Bastia seront les premiers à être impactés négativement, malgré la démagogie de certains qui font miroiter des avantages illusoires. Pour cela, j’aménagerai celui que nous avons en conformité avec les exigences et les normes d’un grand port de commerce. Pour autant, je me refuse à étendre la capacité touristique par souci du bien-être de mes concitoyens et de la Corse. Avec l’investissement ainsi sauvegardé, je pourrai améliorer la situation, à court et moyen terme, de l’hôpital de Bastia, tout en me battant, dès les premiers instants de ma mandature, pour contraindre l’État à répondre de ses engagements en matière de santé publique.
- Quelle est la vision de votre commune à 20 ou 30 ans ?
- Je vais être sincère : je suis très ambitieux pour Bastia. Je voudrais mettre en place une vaste politique de développement des arts et de la culture qui participe d’un véritable « soft power ». Je voudrais que notre ville rayonne dans le monde entier, non pas pour nous en enorgueillir, mais parce que je pense que nous avons beaucoup à donner. Je voudrais que notre ville, forte d’un terreau propice et d’une population dynamique, participe à un renouveau de la culture méditerranéenne, et au-delà. Je voudrais qu’elle devienne un phare du développement responsable dans les domaines du social, de l’écologie, de l’éducation et des valeurs citoyennes, en repensant l’économie non pas comme relevant du seul domaine monétaire, mais comme la gestion bienveillante du bien commun. Et ce rayonnement générera des retombées économiques durables et saines dont chacun bénéficiera. La Méditerranée fut le lieu de gestation de l’idéal politique, c’est-à-dire de la prise en charge du collectif par le collectif. Il nous appartient donc de prolonger et de réinsuffler cette aspiration afin d’en faire un principe émancipateur. Je vous l’ai dit : je suis, pour Bastia, très ambitieux.
- Pour revenir au scrutin, quel est en terme électoral votre challenge ? Quel est, pour vous, votre principal adversaire ?
- Il va de soi que mon challenge serait de porter au plus haut la liste qui m’accompagne afin de faire peser nos idées sur le débat des prochaines années. Que j’emporte ou non cette élection, si certaines de nos thématiques infusent les idées de nos concitoyens, alors nous aurons œuvré. Quant à mon « adversaire principal », c’est le « déclin » et ceux qui le portent. Le déclin, non pas au sens que certains donnent à ce mot, mais le déclin du renoncement, de la petite fuite face aux petites peurs que d’aucuns veulent nous imposer pour que les puissances actives des femmes et des hommes se tarissent, et pour que l’on croie encore à la fumeuse théorie d’un pseudo-ruissellement, ou à la stigmatisation simpliste de « l’autre », ou bien à la menace « qu’après moi, le chaos ». Je suis fondamentalement optimiste, car je suis volontariste. Je pense que, lorsqu’on veut, on peut. Certes, non pas au sens où notre action réussirait nécessairement, mais selon moi, être actif, quel que soit le résultat, c’est être libre et vivant.
- Avec quel score au soir du premier tour ?
- Cette élection est, du fait d’un contexte national et international, des plus particulières. Si l’on fait des projections objectives, il semble que les tendances soient contre nous. Et si le score du RN semble être l’une des inconnues du soir du 15 mars, le nôtre relève lui aussi de l’inconnu. Nous sommes à la fois une force neuve, mais nous sommes aussi les seuls à être sincères. Ce qui me motive, c’est que les Bastiais ne sont pas des statistiques ou des pourcentages, mais des individus à part entière. Et s’ils nous entendent, ils comprendront qu’au-delà d’une simple mandature, c’est un renouveau de la politique que nous leur proposons. Ils sentiront alors le souffle de ce vent qui nous porte, un vent qui annonce, pas la tempête, mais l’essor d’un printemps toujours possible.
- Quelle sera votre stratégie pour le second tour ? Avez-vous déjà envisagé d’éventuelles alliances ?
- Nous avons un projet, nous avons des attentes et des revendications ; nous ne sommes là, ni pour faire de la représentation, ni pour être les supplétifs de qui que ce soit. Mais, quoi qu’il en soit, nous en discuterons collégialement, non pas uniquement entre les 43 personnes qui composent notre liste, mais au-delà, avec tous ceux et toutes celles qui se sont investis depuis le début, afin de déterminer ce que nous ferons. De même, il me semble périlleux d’agir dans l’urgence : réagir et se déterminer à contretemps n’est guère propice à une prise de décision cohérente et constructive.
- Si vous ne passez pas le cap du premier tour, qui soutiendrez-vous ?
- En cas de non-qualification, nous discuterons avec les forces présentes au second tour, enfin, avec celles qui, bien entendu, seront prêtes au dialogue — et j’insiste sur le sens de ce mot — afin de mettre en place des tractations programmatiques, pas de quémander des postes, comme certains l’ont fait ou ont voulu le faire, avant même la constitution des listes.
- Bastia est-il mur selon vous pour une alternance politique ?
- Je n’aime guère cette question. Je ne pense pas que l’aspiration au changement soit le fait d’une quelconque « maturité » politique. Encore une fois, c’est considérer les électeurs comme des enfants. Les Bastiais choisiront ; ils sont souverains. Et ils choisiront de nous donner un large écho, car je suis certain que nous parviendrons à nous faire entendre. Depuis le début de cette campagne, je ne cherche pas à les persuader en leur faisant peur ou en leur promettant des bénéfices illusoires. Et si je ne parviens peut-être pas toujours à les convaincre, quoi qu’il en soit, ils savent que je n’ai eu de cesse de dialoguer avec eux et que je les respecte dans leur diversité et leur singularité. Quel que soit leur choix, il sera l’expression de leur volonté.
- Quel serait votre message aux Bastiais ?
- Pourquoi me faire confiance ? Rien n’est pire que la confiance trahie. Car avec elle naît le ressentiment, le rejet et l’abandon de la croyance en la possibilité de vivre ensemble. Malheureusement, cela fait longtemps que la confiance des Bastiais a été mise en mal. Aussi, ce ne sont pas des promesses que je fais aux Bastiais. Je leur fais un « engagement » : celui d’être en accord avec ce que cette liste porte et de ne jamais faire de concessions au nom d’un quelconque intérêt particulier. Ce que je propose aux Bastiais, c’est un véritable contrat pour que nous puissions de nouveau faire société ensemble, sans exclusion au titre de l’origine, du statut social, du handicap ou de quelconque choix de vie personnelle. Faire société, c’est dépasser, dans le respect, les particularités pour faire communauté. Mais une communauté envers laquelle, en retour, on a des devoirs, et avant tout celui de vouloir autant le bien des autres que le sien propre. Car être heureux dans une ville où d’autres ont des difficultés, jouir de l’existence alors que d’autres attendent de nous, ne serait-ce qu’un regard, il me semble que ce ne peut pas être du bonheur, mais une joie morbide. Seule la solidarité, c’est-à-dire la prise en compte du fait que nous avons un destin collectif, peut mener aux jours heureux qu’une refondation d’un contrat citoyen porte.
Propos recueillis par Nicole MARI.










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