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Municipales - Gilles Simeoni : « Notre projet est d'ouvrir un nouveau cycle de développement pour Bastia »


Nicole Mari le Mercredi 11 Mars 2026 à 12:00

Avec sa liste « Bastia Inseme » qui rassemble les nationalistes, mais aussi d’autres sensibilités politiques, Gilles Simeoni est candidat aux élections municipales des 15 et 22 mars à Bastia. Le président du Conseil exécutif de Corse revient sur ses terres bastiaises où il enclenché, en 2014, la dynamique des victoires nationalistes. Taclant la surenchère de promesses de ses adversaires et leur objectif affiché de déconstruire tout ce qui a été fait, il affirme proposer un projet chiffré, réaliste et réalisable. Il s’engage à prendre dix mesures fortes dès les premiers six mois de la mandature. Avec une priorité : lutter contre la pauvreté et les disparités sociales. Et une ambition : une ville et des Bastiais heureux dans une Corse autonome et émancipée.



Gilles Simeoni, candidat aux élections municipales des 15 et 22 mars à Bastia. Crédits photo : Louis Maurel.
Gilles Simeoni, candidat aux élections municipales des 15 et 22 mars à Bastia. Crédits photo : Louis Maurel.
- Vous avez présenté votre liste qui rassemble des sensibilités politiques plurielles. Quel est le principe de cette démarche politique ?
- Bastia Inseme est une démarche fondée sur des principes clairs, les mêmes principes que j’ai cherché à mettre en œuvre dès le début de mes engagements publics : recherche de la convergence et de l’union entre nationalistes, ouverture aux forces de progrès et implication des forces vives. Avec le même objectif : mettre en œuvre un projet partagé. D’ossature nationaliste avec Femu a Corsica et la présence désormais de Core In Fronte et de nationalistes sans étiquette, « Bastia Inseme » intègre également des partenaires politiques issus de la gauche ou de la droite bastiaise qui souhaitent poursuivre et renforcer la dynamique initiée en 2014. Très largement renouvelée, la liste intègre également des femmes et des hommes qui aiment passionnément leur ville, partagent une certaine idée de la Corse et de son peuple, et sont engagés dans la vie politique, associative, sportive ou syndicale. Enfin, Bastia Inseme est une liste qui s’est construite dans la perspective d’exercer les responsabilités avec des femmes et des hommes qui ont fait la preuve de leurs compétences dans tous les domaines essentiels au développement d’une ville.
 
- Quel bilan tirez-vous de la mandature sortante ?
- Les Bastiais le savent et tous les observateurs impartiaux s’accordent à le dire : depuis 2014, grâce à l’action de la municipalité, en synergie depuis 2020 avec la CAB, la ville a changé, s’est embellie et a progressé. Trois domaines marquants. D’abord, les infrastructures avec des réalisations emblématiques - Aldilonda, Mantinum, Vieux-Port, Forte à A Croce, parking Gaudin -, la rénovation de plusieurs écoles - Gaudin, restaurant scolaire Defendini, Subissi, Calloni… - et des infrastructures sportives - stades Armand Cesari, Roger Poggi et Toga, Cosec Pepito Ferretti et A Rinella - ou encore des opérations importantes de requalification de quartiers entiers achevées ou en cours - Puntettu, Centre Ancien, Lupinu. Ensuite une solidarité renforcée et des avancées en matière de droits essentiels : action sociale, gratuité et tarification préférentielle dans les bus, les cantines scolaires et l’eau pour ceux qui en ont besoin, construction et réhabilitation de logements sociaux ou réservés aux primo-accédants. Enfin, l’identité comme facteur de cohésion et d’appartenance. Bastia a su préserver et valoriser son identité et son art de vivre en donnant une place centrale à la langue corse, à la culture, au patrimoine et à l’amélioration de la qualité de vie. Fiers de ce qui a été fait, nous avons également conscience que nous devons continuer à améliorer ce qui doit l’être. Beaucoup reste à faire, les défis sont nombreux.
 
- Quelle est, selon vous, la principale problématique à laquelle Bastia est confrontée ?
- Bastia est confrontée à de nombreux défis que rencontrent d’autres villes de même strate en Corse, en France et en Europe : spéculation foncière et crise du logement, souffrance du commerce et de l’artisanat de proximité, attractivité du centre-ville, lutte contre les communautarismes, accès à la santé, au sport, à la culture… S’ajoute à Bastia avec une acuité particulière la problématique de la pauvreté. Sur une population de 47 000 habitants, 11 000 vivent en quartier prioritaire avec un revenu souvent inférieur à 1 200 €.  Cette donnée structurelle est héritée de facteurs anciens, aggravés par les crises économiques successives. Les politiques volontaristes, que nous avons menées en matière de logement, de rénovation urbaine - Centre Ancien, Puntettu, Gaudin, Lupinu -, de développement économique, d’éducation et de formation, ont empêché la situation de se dégrader et l’ont même souvent améliorée. Mais elles n’ont pas, faute notamment de moyens budgétaires, réussi à créer suffisamment de richesse partagée pour inverser définitivement la tendance. Déployer une action massive vers les quartiers touchés par la précarité, notamment ceux du Sud de la ville, de Saint Antoine et San Gaetanu, combinant solidarité et développement, est donc une priorité absolue de la mandature à venir.
 
- Comment comptez-vous concrètement y répondre ?
- Réduire les fractures et les disparités entre quartiers ou entre citoyens, c’est d’abord organiser une solidarité renforcée, respectueuse de l’équité et de la dignité des gens grâce au renforcement de notre politique sociale innovante et ambitieuse. Le dispositif Territoire Zéro non-recours aux Droits a déjà permis à près de 500 familles d’accéder à des droits pour un montant de 1,5 million €. Sans oublier les autres dispositifs : Centre social François Marchetti, Case di l’Anziani à St Joseph et Montesoru, restaurant social, épicerie éducative, aides sociales aux familles, aux anciens et aux jeunes, aides à la santé, à la recherche d’emploi, à l’installation… Nous proposerons aux communes de la CAB d’étendre cette politique à l’échelle intercommunale avec la création d’un CIAS. Ensuite, nous agirons sur les causes profondes des inégalités à travers l’accompagnement de la parentalité, le soutien à la réussite éducative, la réduction des écarts entre les quartiers, la mixité sociale et la poursuite de projets de requalification urbaine ambitieux comme au Puntettu ou dans la cusì detta « Cité des Monts, des Lacs et des Arbres ». Da rinumà d’urgenza ! Il faut aussi créer de la richesse dans ces quartiers en soutenant les commerces de proximité avec des dispositifs et des outils dédiés - parkings, politique concertée d’animation, soutien à la consommation, société foncière permettant d’accompagner la prise à bail -, et en renforçant la mobilité - transports en commun, intermodalité, déplacements doux. Il faut enfin renforcer l’attractivité globale de la ville par un développement économique bénéfique pour tous, à taille humaine, fondé sur ce que nous sommes, c’est-à-dire une économie bleue et maritime, un tourisme durable, l’accès à la santé, les industries culturelles et créatives, le commerce et l’artisanat de proximité…
 
- Trois sujets dominent cette campagne, le logement, le social et l’insécurité ? Quelles solutions proposez-vous ?
- Nous avons érigé l’accessibilité au logement en priorité absolue. Le plan BastiAlloghju, que nous proposons, comporte des mesures fortes, concrètes, que nous sommes les seuls à vouloir engager et mettre en œuvre. Notamment, le statut de résident, y compris pour les logements sociaux, et le bail réel et solidaire. Le développement de la primo-accession : 10% minimum imposés à toutes les promotions grâce au nouveau PLU. La régulation des meublés de tourisme qui nous a déjà permis de remettre 180 logements sur le marché locatif longue durée. La transformation des T5 et T6 du parc social en logements adaptés aux besoins des Bastiais. La rénovation de la Cité des Monts, des Lacs et des Arbres et la reconstruction d’une centaine de nouveaux logements mixtes. La réhabilitation des Pléiades et de St Antoine. La création de nouveaux logements locatifs intermédiaires, 20% en-dessous des prix du marché. Nous comptons aussi développer des résidences intergénérationnelles et une offre de logements spécifiques pour des situations particulières : femmes victimes de violence, familles monoparentales…
 
- Concernant l’insécurité ?
- Bastia demeure une ville globalement préservée des phénomènes les plus graves qui frappent certaines grandes villes en France ou en Europe. Nous refusons donc les discours importés, les surenchères démagogiques et la logique des boucs émissaires. Pour autant, il existe aujourd’hui des problèmes qui n’existaient pas il y a 15 ou 20 ans, en tous cas pas avec la même acuité, et qui empoisonnent le quotidien : trafic et usage de drogues dans les rues, les places et les cages d’immeubles, agressions physiques ou verbales, logiques communautaristes, incivilités. Il faut y apporter des réponses à travers des mesures concrètes : redéploiement de la police municipale avec, par exemple, l’ouverture d’un poste à Lupinu, patrouilles renforcées de la police nationale, poursuite du déploiement de la vidéoprotection - 160 caméras ont déjà été installées -, plan renforcé de lutte contre les trafics et les usages de drogue en partenariat avec la police nationale et les associations, création d’une brigade intercommunale pour les déchets et encombrants. Il faut également un pacte social qui renforce la cohésion. Il passe par la défense et la valorisation de notre identité, de notre langue et des codes culturels qui ont façonné notre vie collective depuis des temps immémoriaux.
 
- Quels sont les autres axes forts de votre programme ?
- Notre projet Bastia Inseme est composé de mesures chiffrées, réalistes et réalisables. Contrairement à certains candidats qui se livrent à une surenchère de promesses démagogiques, non chiffrées, non financées, et même financièrement et techniquement irréalisables, comme la gratuité généralisée ou la transformation de Bastia en un nouveau Dubaï, nous ne voulons pas mentir aux Bastiais. Notre projet s’organise autour de quatre axes principaux. Bastia, cità viva è appaciata : une ville vivante, agréable à vivre grâce à ses commerces de proximité, ses écoles, ses infrastructures, son cadre de vie, et apaisée où les règles sont respectées et où les gens sont heureux de vivre ensemble. Bastia, cità vostra, cità corsa : notre histoire, notre patrimoine, notre identité sont des piliers de notre pacte social. Le projet « Bastia cità immersiva » incarne cette conviction. Nous faisons le pari d’une citoyenneté engagée et participative avec, par exemple, la « Cunsulta citatina ». Bastia, cità sulidaria è ghjusta, pour garantir à tous les Bastiais l’accès aux droits fondamentaux - droit au logement, à la santé, aux ressources essentielles… -, et, à tous les quartiers, une même dynamique. Bastia, cità aperta nant’à u so circondu, nant’à u Mediterraniu è l’Europa : le développement économique et les infrastructures essentielles doivent se penser à l’échelle du Grand Bastia pour que Bastia assume pleinement sa vocation de ville-centre ouverte sur ses voisins immédiats, sur la Méditerranée et sur l’Europe.
 
- Quelle sera votre priorité si vous êtes élu ? Quelles mesures urgentes faudrait-il prendre ?
- Nous nous engageons à prendre 10 mesures fortes dès les premiers six mois de la mandature. Lancement des travaux du Parking de Montera (400 places). Instauration de la 1ère heure gratuite sur le stationnement en surface pour renforcer l’attractivité du centre et favoriser les rotations. Création d’un Pass Transports bus/train unique pour faciliter l’accès aux transports en commun et développer l’intermodalité. Installation d’un poste de police municipale à Lupinu et d’une mairie annexe avec une permanence d’élus, un accès facilité aux services et un guichet unique. Ouverture d’une Maison de Santé à l’Annonciade pour faciliter l’accès aux soins non-programmés dans tous les quartiers. Création de la Police intercommunale des déchets pour lutter contre les incivilités. Lancement du grand plan de formation des personnels scolaires municipaux en langue corse pour permettre l’ouverture de nouveaux sites immersifs publics. Ouverture d’une Casa di l’Anziani à Toga pour favoriser la cohésion sociale dans tous nos quartiers. Mise en place de la Cunsulta citatina, assemblée citoyenne associée à toutes les grandes décisions intéressant la vie de la cité, nouveau pacte démocratique pour faire de Bastia un modèle de citoyenneté engagée. Enfin, présenter l’ensemble des études techniques relatives au projet Portu novu que j’ai initié, ainsi que le scénario de réaménagement du bassin actuel avec création de deux tunnels routiers, afin de permettre aux Bastiais de faire leur choix en pleine connaissance de cause dans le cadre d’une grande consultation publique.
 
- Quelle est votre vision de la commune à 20 ou 30 ans ?
- Une ville dans laquelle nous aurons mis en œuvre, avec le concours de toutes les forces vives, le projet « Bastia Inseme » que nous proposons aujourd’hui aux Bastiais. Une ville et des Bastiais heureux, dans une Corse autonome et émancipée.
 
- Pour revenir au scrutin, quel est, en terme électoral, l’enjeu de cette élection ?
- L’enjeu, pour nous, est d’être fidèle à notre idéal, de continuer à travailler au service de l’intérêt général et de Bastia, d’ouvrir un nouveau cycle de développement pour la ville et au-delà pour la Corse avec la perspective de l’autonomie et de la révision constitutionnelle qui nous attend en avril. L’enjeu, pour nos adversaires principaux, ils l’ont clairement exprimé, est se réunir malgré les antagonismes, les différences idéologiques, l’absence de tout projet, avec un seul dénominateur commun, un seul objectif : déconstruire tout ce qui a été fait depuis 2014 à Bastia, et se servir de la ville comme un marchepied pour ensuite déconstruire tout ce qui a été fait en Corse. Revenir en somme aux idées du passé avec les méthodes, les analyses et les propositions du passé.
 
- Pensez-vous arriver en tête au soir du 1er tour ? 
- Ce premier tour sera décisif. C’est dès le premier tour que les Bastiaises et Bastiais choisiront, par leur vote, ce qu’ils veulent pour Bastia. Le choix que propose Bastia Inseme est clair : il s’inscrit dans la fidélité à l’idéal que des générations de femmes et d’hommes ont défendu depuis des décennies. Il est incarné par les femmes et les hommes qui composent la liste et soutiennent la démarche. Il se traduira par la mise en œuvre du projet que nous proposons en inscrivant notre action au service d’une certaine idée de la Corse et de son peuple.
 
- Quel est votre message aux Bastiais ?
- Être élu maire de Bastia, la ville où je suis né, où j’ai vécu l’essentiel de ma vie et où j’ai vu mes enfants grandir, a été pour moi une joie sans pareil. L’enchainement des échéances m’a conduit à devoir quitter la charge de maire car les Bastiais et l’ensemble des Corses ont, par leur vote en 2015, renouvelé en 2017 et 2021, choisi de m’élire Président du Conseil exécutif de Corse. J’ai exercé cette fonction pendant dix ans en cherchant, en toute occasion, à faire honneur à la Corse et à faire les meilleurs choix pour notre île et pour son peuple. Je suis aujourd’hui candidat à la mairie de Bastia. Si les Bastiaises et les Bastiais me font à nouveau l’honneur de m’accorder leur confiance, je serai pleinement et entièrement leur maire. J’exercerai cette responsabilité en étant fier de conduire une équipe municipale loyale, riche sur le plan humain, engagée au service d’un projet et déterminée à le mettre en œuvre.
 
- Êtes-vous confiant ?
- Je suis humble, car c’est le peuple qui, in fine, décide. Et je suis déterminé, car le moment est décisif pour Bastia et pour la Corse.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.