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Louis Pozzo di Borgo (CAB) : "En augmentant les taxes nous faisons indirectement du social"

Le président de la Communauté d'agglomération de Bastia fait fi de l’impopularité pour assurer la pérennité de l'institution


Pierre-Manuel Pescetti le Dimanche 5 Décembre 2021 à 16:48

L'augmentation de la fiscalité pour les administrés de la Communauté de Communes de Bastia est vivement critiquée depuis plusieurs mois par l'opposition communautaire. Les communistes l'ont même qualifié de "bombe fiscale". Face aux critiques, le président de l'institution, Louis Pozzo di Borgo tient le cap. Il veut faire de sa mandature celle des actions fortes au profit d'un outil autonome et performant sur le long terme. Pour CNI, il a balayé les zones d'ombres autour de la politique sociale de la CAB et précisé la finalité de l'augmentation de la fiscalité.



Peu importe l'impopularité des mesures prises, Louis Pozzo di Borgo veut faire de la CAB un outil autonome et performant au service du territoire. Crédits Photo : Pierre-Manuel Pescetti
Peu importe l'impopularité des mesures prises, Louis Pozzo di Borgo veut faire de la CAB un outil autonome et performant au service du territoire. Crédits Photo : Pierre-Manuel Pescetti


 - Votre présidence marque un changement de braquet politique à la tête de l’institution. Quel bilan politique et relationnel tirez-vous après un an et demi en tant que président de la Communauté d’Agglomération de Bastia ?

 - Je pense très sincèrement que nous avons aujourd’hui dépolitisé la CAB. Nous avons replacé l’institution dans son rôle, celui d’un outil économique au service des communes qui doit faire consensus auprès des cinq maires. Nous sommes sortis de cette outil de querelles pour diverses raisons et chaque maire a compris que la CAB est un outil de développement à l’écoute des communes. Chaque décision prise aujourd’hui l’est dans l’intérêt collectif et pas simplement dans celui de la personne qui préside l’institution.

 - À votre arrivée vous défendiez une nouvelle vision de cette institution. Plus sociale, plus créatrice de richesses. Le pari est-il tenu aujourd’hui ?

 - Il n’est pas gagné mais est en passe de pouvoir afficher une certaine réussite. Il fallait recréer du lien social à la CAB. L’institution a été en souffrance pendant 6 ans, elle était seulement l’antichambre de Bastia. On transférait, on reprenait, on s’arrangeait comme on voulait. Aujourd’hui la CAB est réellement un outil avec une identité, des agents reconnus et un dialogue social rétabli. En interne, aujourd’hui, la situation sociale est très bonne.

Concernant la création des richesses, le service économique avait une directrice mais aucun agent. Depuis, six personnes ont été recrutées pour l’accompagner et il y a une vraie production. Nous avons été labélisés territoire d’industrie, la fabrique à projet Avvià a été créée, les 1 800 mètres carrées des immeubles Spada ont été acquis pour les entreprises. Nous allons générer de l’attractivité, de la richesse et là, le pari sera gagné.

 - En termes de politique sociale, qu’est ce qui a été réalisé ?

 - Le social est un package assez large. Nous avons créé une direction pour lutter contre les violences intrafamiliales, celles faites aux femmes et la radicalisation. Nous parlons également du CIAS (Centre Intercommunal d’Action Sociale) avec les communes. Nous avons validé notre PLH (Programme Local de l’Habitat) avec une véritable vision pour l’habitat social et un plan à long terme. Nous garantissons tous les prêts auprès des bailleurs, c’est une démarche importante. Nous avons initié avec eux un premier cycle de rencontres car nous voulons être des acteurs actifs et avoir un avis qui compte sur la typologie des appartements et les loyers. Aujourd’hui nous nous apercevons que certains sont des bailleurs sociaux proposant des loyers résidentiels et cela ne nous convient plus sur le territoire.

 - Ces actions vont-elles réellement impacter le portefeuille des administrés ?

 - Totalement. On peut même parler de la DSP transports dans laquelle 6 000 de nos administrés bénéficieront d’une gratuité totale. Nous prendrons également en compte les quotients familiaux. Moins les revenus sont élevés et moins les familles paieront. La démarche sociale est d’autant plus large qu’elle intègre le sport, notamment dans les quartiers sud où nous essayons de capter le plus de monde possible. Notre PTIC (Plan de Transformation et d’Investissement pour la Corse) est aussi fortement basé sur l’action sociale puisque beaucoup de nos actions seront dans les quartiers sud.

 - Il y a quand même une sorte de contresens à cette vision sociale. Celui de la hausse de la fiscalité à travers l’augmentation de la TEOM (Taxe d’Enlèvement des Ordures Ménagères) et de la GEMAPI (gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations). Était-elle indispensable ?

 - Je ne pense pas que ça soit un contresens. C’était inévitable. Levons d’abord un malentendu, celui de la GEMAPI : elle n’a pas été augmentée d’un seul euro. Elle est pour la CAB une enveloppe globale perçue de 860 000 euros sur l’ensemble du territoire. Nous avons perçu la même somme en 2019,2020, 2021 et ce sera pareil en 2022, soit 860 000 euros. Ce qui la fait augmenter est la disparition de la taxe d’habitation. Le gouvernement, par un jeu de péréquation entre plusieurs taxes, a augmenté la GEMAPI. La CAB n’en bénéficie pas, nous n’avons pas touché à ce levier fiscal.

Concernant la TEOM, ce n’est pas antinomique d’augmenter cette taxe et de dire que nous agissons pour le social. Pourquoi ? Le peu de courage de mes prédécesseurs a fait que le budget général abondait celui de la collecte de 4,7 millions d’euros. Cette somme n’était donc plus à disposition des politiques publiques. Chaque service à un prix. De même pour chaque politique publique. Le prix du traitement et de la collecte des déchets se discute à tous les étages de la fusée : Collectivité de Corse, intercommunalité et Syvadec. Nous avons fait ce qui nous semblait juste en montant à 16,36 % quand nos voisins les plus proches sont presque à 20 %. Nous restons parmi les taux les plus bas. Sauf que les 2,5 millions que nous avons récoltés sont mis sur d’autres politiques publiques, donc indirectement, en augmentant les taxes nous faisons du social.
 
 - Autre levier fiscal de la CAB, l’eau. On parle d’une possible augmentation de son prix. Qu’en est-il réellement ?

 - Oui le prix de l’eau a augmenté. Nous avons trouvé un réseau d’eau dans un état pitoyable. Aucun investissement n’avait été fait sur les 10 à 15 dernières années si ce n’est la station d’épuration qui a coûté horriblement cher et a été très mal financée. Si on ne met pas l’eau au juste prix, on ne peut pas investir sur les réseaux. Or aujourd’hui, nous avons une perte sur ce dernier estimé à 40 %. Pour dix litres d’eau qui coule dans une canalisation, quatre se perdent. Ce n’est plus entendable. Il faut mettre un juste prix sur l’eau et démarrer sans tarder des travaux d’investissement sur les réseaux.

Certes entre la TEOM et le prix de l’eau ça fait beaucoup mais chose à rappeler, il y a un héritage à supporter et cela, personne ne peut le contester.

 - Vous faites donc le constat de l’héritage d’une institution aux abois pour laquelle il faut repartir de zéro ?

 - Attention, des choses fonctionnaient déjà très bien à la CAB. Aujourd’hui nous avons conservé le meilleur et nous changeons le reste. Mais il y a un constat et deux solutions : soit nous mettons tout sous le paillasson en attendant six ans pour être tranquillement réélus si nous nous représentons, soit nous prenons des décisions fortes, souvent impopulaires mais qui permettront d’assurer la pérennité de l’outil.

















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