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Les médecins de Balagne en colère ont fermé leurs cabinets


Rédigé par (Jean-Paul-Lottier) le Vendredi 1 Juin 2018 à 12:32 | Modifié le Vendredi 1 Juin 2018 - 16:27


Après les agressions verbales dont a été victime leur collègue, le docteur Philippe Renault, les médecins de Balagne ont décidé de ce samedi fermer leurs cabinets et de donner une conférence de presse à Lumiu en présence de la population, d'élus et professionnels de santé


Les médecins de Balagne en colère ont fermé leurs cabinets

"Si vous voulez garder votre médecin de proximité il va falloir prendre soin d'eux, comme ils prennent soin de vous.
Essayons d'être dans un rapport de bienveillance mutuelle.
Les relations humaines se font dans les deux sens.
Médecins, soignants, secrétaires médicales ne sont pas des robots.
A vous, à nous tous de savoir quel système de soin nous souhaitons"
.

Cette affichette sera désormais apposée  à l'entrée de  chaque cabinet de soin. Le message est clair, les Médecins qui à l'image tout récemment de leur collègue, le docteur Philippe Renault de Calvi,  en ont ras-le-bol d'être pris pour cible par des patients bien peu respectueux de ces hommes et de ces femmes qui pourtant, au quotidien donnent le meilleur d'eux-mêmes et oublient parfois la situation complexe dans laquelle la microrégion de Balagne est plongée.

Pas de consultations 
Aujourd'hui, force est de constater qu'il y a pénurie de médecins et que ceux qui partent à la retraite, comme c'est le cas par exemple à Calvi, ne sont pas remplacés.
L'expression « u troppu stroppia » semble la plus appropriée pour exprimer ce ras le bol des médecins.
L'élément déclencheur de cette colère des médecins de Balagne, on l'a dit, ce sont les agressions verbales dont a fait l'objet tout récemment leur collègue de Calvi, le dcoteur Philippe Renault.
Aussi, solidairement, ils ont décidé ce samedi matin de fermer leur cabinet au public et ont tenu une conférence de presse  à 11 heures, dans la salle "A Rimessa" de Lumiu.
Dans la salle, 70 personnes: professionnels de santé et Balanins prenaient place.
Des élus, Jean Paolini premier adjoint au maire de Lumiu et plusieurs membres du conseil
municipal; Maguy Brandaloni et François-Xavier Acquaviva, conseillers municipaux de Calvi, Patrick Mattei, président de l'Union Commerciale Calvaise, Franco Farsetti, président de l'Association des Commerçants et Artisans de l'Ile-Rousse-Balagne et bien d'autres étaient là pour apporter leur soutien aux professionnels de santé.


 Philippe Renault n'a pas souhaité s'exprimer
A la tribune, le Dr François Agostini, médecin généraliste à Calinzana, vice-président de l'URPS Corse des médecins libéraux et porte-parole de ce mouvement de protestation avec à ses côtés le docteur Julia Casalta-Siméoni, endocrinologue à l'Ile-Rousse et le dcoteur Philippe Renault, victime des agressions verbales.
Ce dernier, remerciait toutes les personnes présentes et tous ceux qui se sont manifestés pour lui témoigner leur soutien et leur sympathie mais précisait qu'il n'interviendrait pas lors de cette conférence de presse.
Le dcoteur François Agostini remerciait toutes les personnes présentes, la municipalité de Lumio représentée par le 1er adjoint Jean Paolini, pour le prêt de la salle.
" Tout d'abord nous tenons à préciser que nous ne souhaitons pas stigmatiser la population de Balagne. Nous comprenons l'inquiétude des patients face aux difficultés d'accès aux soins et aux rendez-vous médicaux quels qu'ils soient.
Nous aussi, médecins subissons de plein fouet la désertification médicale que nous n'avons pas souhaitée et qui n'est pas de notre fait"
prévient le médecin calenzanais, avant de poursuivre:
" Cette situation est la résultante de politiques de santé datant de plusieurs décennies. Les zones rurales et semi-rurales sont les premières touchées, mais ne seront pas les seules. Les incivilités envers les médecins sont un facteur aggravant le phénomène de désertification médicale.
Certains d'entre-nous se battent au niveau syndical, avec les URPS-ML, avec Conseil de l'Ordre des Médecins, pour faire évoluer la situation.
Les médecins actuels ne sont pas moins investis, moins passionnés, moins motivés, moins travailleurs que les générations précédentes. Ce qu'il faut comprendre, c'est que la société a changé, la Médecine a évolué, la charge de pathologies chroniques a augmenté mais les moyens n'ont pas suivi".


L'exemple des Maisons médicales
Le Dr Agostini  regrettait ensuite que les différentes réformes de toutes ces dernières années n'aient pas pris assez en compte la diminution démographique des médecins, ajoutant: " La moyenne d'âge en Corse des généralistes est de 58 ans. Certains continuent à exercer car il y a un réel besoin et c'est pour cela qu'il faut plus que jamais soutenir les professionnels de santé en exercice".
Prenant exemple sur la  Maison Médicale de Calenzana, Domus Medica, la première en Corse, le docteur Agostini ajoutait que depuis d'autres Maisons Médicales ont vu le jour à Sartène, dans l'Alta-Rocca et bientôt à l'Ile-Rousse et que c'était sans doute la solution pour l'avenir, à la condition, bien entendu, de trouver des jeunes médecins et de leur donner envie. Un partenariat avec l'Université de Corse était à nouveau évoqué.

Trouver ensemble les moyens de continuer à exercer dans les meilleures conditions
Revenant sur ces violences verbales et menaces dont la profession est victime, le dcoteur Agostini précise avec force et détermination:
" Nous ne pouvons pas accepter d'être agressés verbalement, insultés, menacés. Nous ne souhaitons pas dans l'immédiat mettre en oeuvre des mesures de vidéo-protection outre autres mesures "sécuritaires". Notre objectif est simplement d'alerter la population et essayer de trouver ensemble les moyens de continuer à exercer dans les meilleures conditions. Au même titre que la population, les Médecins méritent kle respect. Nous sommes des êtres humains, pas des machines à soigner, pas encore des robots".
Et de conclure:
"La relation Malade-Médecin est sous tendue par le respect mutuel et la bienveillance mutuelle.
Alors, très rapidement nous allons reprendre nos consultations mais nous ne manquerons pas de réagir à chaque nouvelle incivilité".



"Plus nous subirons et moins nous resterons"
Endocrinologue à l'Ile-Rousse, le  docteur Julia Casalta-Siméoni prenait à son tour la parole pour condamner ces violences verbales et menaces dont ils font l'ojet, avant de déplorer la désertification médicale:
" Nous aussi nous subissons cette désertification médicale de plein fouet alors que nous ne l'avons pas souhaité.. Cette situation, vous le savez tous, est la résultante d'une politique qui date de plusieurs décennies.
Concernant les incivilités envers les médecins, pharmaciens, infirmiers et tous les professionnels de santé sont un facteur aggravant de désertification médiale. Plus nous les subirons moins nous resterons là et plus nous dévisserons les plaques. C'est important que les gens comprennent que nous défendre c'est aussi nous défendre.
Certains d'entre-nous se battent au niveau syndical, le Dr Agostini, avec les URPS, le Conseil de l'Ordre des Médecins pour faire évoluer cette situation mais elle n'évoluera pas rapidement, elle risque même de se détériorer, dans les mois ou années qui viennent.
Nous déplorons ce manque de moyens mais, ceci étant, nous ne pouvons pas accepter de se laisser menacer, insulter et surtout nous sommes fragilisés par la répétition de ces situations et il est clair que si cela continue nous serons de moins en moins nombreux.
L'objectif aujourd'hui ce n'est pas de stigmatiser qui que ce soit. Notre démarche est de dire aux gens qu'il y a encore des soignants, qu'ils sont encore là mais qu'il fait aussi prendre soin d'eux.
. Ces relations entre médecins et patients doivent être basée sur le respect et la bienveillance mutuelle.
Nous ne tolérerons plus aucune menace.
Nous sommes là pour soutenir le  docteur Renault et nous souhaitons qu'il poursuive son activité "






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