Corse Net Infos - Pure player corse

Les 25èmes Journées Nationales des Prisons à Ajaccio et Bastia


Rédigé par Philippe Jammes le Lundi 19 Novembre 2018 à 10:06 | Modifié le Lundi 19 Novembre 2018 - 19:30


Mardi 20 à Ajaccio et jeudi 22 novembre à Bastia se dérouleront les 25èmes Journées Nationales Prison qui donnent lieu à des rencontres destinées à mieux informer notre société sur ce qui concerne la prison en général, les conditions de détention, les difficultés des familles. Le thème retenu cette année est : "Prison : peines de corps ». Alain Sorba, aumônier protestant au centre de détention de Casabianda depuis 2013 nous parle des conséquences sur l’esprit et sur le corps de l’emprisonnement. Il sera ce mardi au Secours Catholique d'Ajaccio pour une conférence autour de ce thème avec aussi la projection d’un documentaire signé FR3 Corse.


Les 25èmes Journées Nationales des Prisons à Ajaccio et Bastia
Pour Alain Sorba, aumônier protestant au centre de détention de Casabianda depuis 2013 et aumônier régional pour la région PACA/Corse depuis l’été 2018 « C’est dans et par son corps que l’on s’inscrit dans le monde extérieur. En privant une personne de liberté, la prison exerce une contrainte aux conséquences multiples sur l’esprit, et sur le corps ». D’où le thème de cette année des 25èmes  Journées Nationales Prison qu'en Corse se déroulent mardi 20 d'Ajaccio et jeudi 22 novembre à Bastia.
 
« Au fil des siècles, - continue l'aumônier - des stratégies n’ont cessé d’être élaborées pour restreindre le corps de celles et ceux qui ont enfreint la loi. Hier, par le châtiment corporel puis le bagne, aujourd’hui, par l’enfermement. Réduite tantôt à une promiscuité insoutenable, tantôt à un isolement inhumain : la prison, privation de liberté, est, par définition, peine de corps. Parce qu’ils séparent et excluent, ce sont les murs et les barreaux qui rendent visible la peine, pour la personne détenue comme pour la société. Dans le corps s’imprègnent les conflits du quotidien. La personne soumise aux horaires et aux repas imposés, au règlement pénitentiaire ou à la loi du plus fort, se chosifie, devient objet de dépendance - ou l’unique espace de liberté, sur soi, par la musculation, ou l’automutilation. Corps écroué, entravé, fouillé, humilié, corps dénié ou négligé, marqué, agressé, en manque, révolté ou soumis, corps malade, douloureux, corps rationné, engourdi, mutilé, suicidé … L’état du corps devient ainsi le reflet du vécu de la peine. Il est perméable au monde qui  l’entoure ; il peut s’y imposer, pour exister, ou, au contraire, s’en séparer en se recroquevillant dans l’ultime réduit du dedans de soi. Chaque personne vit « sa » prison et « sa » peine. Elle, sa famille et ses proches la subit et la combat en inventant (ou pas) des solutions d’adaptation et de résistance. Passif et désœuvré, frustré, en colère ou abattu, le détenu est dans une attente permanente : du parloir, d’un avocat, du CPIP, d’un travail, d’une formation, d’un espoir, d’une permission, d’un jugement. Et de la sortie. Continuellement sur le qui-vive, tendu, rarement en repos, le corps détenu est maintenu en alerte constante par les bruits d’une prison surpeuplée : tours de clefs, alarmes, coups contre les portes, cris, agressions multiples. Nous pouvons parler de triple ou quadruple peine quand se cumulent, à la détention, l’indigence, les troubles psychiques, la maladie (voire la vieillesse, et parfois la fin de vie). Peines de corps aussi pour ces mères, ces conjointes, ces enfants, qui vont vivre l’incarcération dans la souffrance de la séparation des corps. Aujourd’hui, les peines effectuées en milieu ouvert et le bracelet électronique modifient et  élargissent l’espace carcéral avec des murs qui n’en sont plus. Du boulet au bracelet, comment aujourd’hui penser et dépasser la peine de corps ? ». 

Alain Sorba sera ce mardi à 18h au Secours Catholique d'Ajaccio pour une conférence - débat autour de ce thème avec aussi la projection d’un documentaire signé FR3 Corse. 
Une cellule type, 9 m2,  créée en collaboration avec l'association A Scopa, sera montée pour toute la journée dans la salle pour que le public puisse la visiter et ainsi se rendre réellement compte du quotidien de l'incarcération. La "cellule" sera aussi déplacée à Bastia le jeudi 22 à la salle polyvalente de Lupino » ajoute Alain Sorba.
A Bastia, la conférence-débat sur le thème "Prison: peines de corps" aura lieu jeudi à 18h à la salle polyvalente et sera aussi animée par Laura Lalardie, psychologue au Service Pénitentiaire d'Insertion et Probation de Corse et Sébastien Ferro, conseiller PIP à Casabianda. Des textes, lettres, témoignages seront également lus.

« Ces conférences-débat intéressent tout le monde car nul n’est à l’abri un jour d’un écart de conduite. De l’univers carcéral on n’en parle peu dans les médias, c’est une sorte de cache-sexe pudique. Idem la mort ou la maladie.  - conclut Alain Sorba - Ces journées sont l’occasion d’en parler. Aujourd’hui il faut trouver des alternatives, d’autres sens à la peine. La punition c’est la sanction mais il doit y avoir reconstruction. On parle de construire des prisons mais il faut aussi les moyens humains, recruter des CPIP, conseillers à l’intérieur des prisons ».

Tous ces problèmes sont abordés sans tabous par les GLC, Groupe Local de Concertation. Il en existe un à Ajaccio depuis 2014 et un à Bastia depuis 2016.




Dans la même rubrique :
< >

A la une | L'actu régionale | Faits divers | Société | Justice | Economie