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Le "problème corse" vu… d'Algérie !


Rédigé par Jacques RENUCCI le Mercredi 28 Février 2018 à 21:50 | Modifié le Jeudi 1 Mars 2018 - 18:43


Une lecture "méditerranéenne" du dialogue entre l'île et le pouvoir central


Le "problème corse" vu… d'Algérie !
L'Algérie est l'un de ces pays du sud de la Méditerranée avec lesquels, selon le Président de la République, des liens doivent être consolidés, avec la Corse comme tête de pont. Il est donc intéressant de voir comment ce pays, à travers ses médias, observe ce qui se passe sur l'île.  « Un défi à l'un des gouvernements les plus centralisés d'Europe. » C'est ainsi que le quotidien algérien « L'expression » qualifie le dialogue engagé entre les autorités de Corse et l’État, avec, comme limites et références constantes, les principes constitutionnels et institutionnels français.
Auparavant, la presse du second pays francophone du monde (16 millions de locuteurs), n'avait évoqué l'île que lors de l'épisode du burkini, en août 2016, ou dans les pages sportives, avec des entraîneurs de football comme Cavalli ou Ciccolini.


La lecture de l'analyse algérienne est intéressante, parce qu'elle se réfère à l'histoire entre les deux pays, à la situation algérienne proprement dite (une « kleptocratie ») et à la conception de la démocratie professée en Europe... Plus que l'image de la Corse, c'est l'image que se fait de la Corse l'ensemble français qui interpelle... Ainsi, le quotidien « Liberté » insistait en titre sur l'impression « néocoloniale », laissée par la visite d'Emmanuel Macron en Corse, reprenant en cela les propos de Corsica Libera.
Les médias ont bien enregistré la demande insulaire, en forme de « bras de fer institutionnel » : une dérogation au droit commun en matière de foncier, de langue et de fiscalité, une réévaluation des ressources techniques et financières de la collectivité corse et enfin le rapprochement des prisonniers politiques. 
 

Poussant plus loin l'analyse, les politologues algériens insistent – cela est traité longuement dans « Le Soir d’Algérie », sur « l'hypocrisie de de la démocratie occidentale » quand il est question de la Corse ou de la Catalogne. Lorsque des autonomistes ou indépendantistes triomphent dans des élections, c'est un désaveu de la politique du pays par rapport à ces régions, mais aussi « un camouflet pour l'Europe. » Le quotidien écrit : «  Il est manifeste que toutes les conceptions rationalistes et économistes libérales ne résistent plus devant la volonté des peuples à l’autodétermination et à l’affirmation démocratique. Et quelles que soient  les tentatives de minimisation ou de louvoiement, c’est le même vent qui souffle, que ce soit en Corse ou au sud de l’Italie. Il est bien évident que chaque pays a ses particularités, mais c’est la même volonté de prendre son destin en main qui anime tous les peuples. »
 

Le problème est-il d'ordre politique ou économique ? Politique bien sûr, pour le journaliste, qui cite à ce sujet Gilles Simeoni. Il ajoute : « Une déclaration qui sonne comme une réponse aux politiques qui se ont défilé sur les plateaux télés pour analyser la situation, en tentant hypocritement d’évacuer la question identitaire et la revendication politique, pour restreindre le problème corse à la sphère "économico-économique"... Une forme d’exorcisme collectif, à laquelle les médias se sont adonné comme maîtres des lieux et organisateurs des cérémonies, en  se cantonnant dans une position d’autosuffisance, pour se consoler collectivement - politiques, journalistes et spécialistes - et ainsi arguer qu’il n’y a pas de similitude avec la Catalogne et aucun prolongement politique à craindre de la victoire des nationalistes corses. Et d’un air, presque de soulagement, ils se réjouissent de tenir économiquement la Corse. Une attitude qui s’apparente à un chantage qu’on exerce sur un otage et nullement une question politique à poser et à régler démocratiquement. »
 

Pour conforter sa démonstration, l'article note les propos du Premier ministre  : «L’île de Beauté dépend économiquement de l’hexagone et par conséquent, les nationalistes n’ont pas les moyens de leur politique», et de commenter : « Édouard Philippe ne se réfère nulle part  aux principes démocratiques d’autodétermination et d’affirmation de l’individu. Des idéaux qu’on brandissait tant qu’il s’agissait d’une tribu ethnique en Chine ou ailleurs, même dans certains pays européens, dits de l’Est à l’époque, comme l’ex-Tchécoslovaquie ou la Yougoslavie. »





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