C’est une étape majeure vers l’adoption définitive d’un texte essentiel pour la Corse. La proposition de loi visant à la création d’un Centre Hospitalier Universitaire (CHU) sur l’île a été adoptée à l’unanimité ce jeudi matin par le Sénat. En décembre 2024, ce texte porté par le Dr Paul-André Colombani, député de la 2èmecirconscription de Corse-du-Sud, avait déjà été adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale. Inscrit à l’ordre du jour du Sénat dans le cadre de la niche parlementaire du groupe Union centriste sous l’impulsion de Paulu Santu Parigi, sénateur de Haute-Corse, il prévoit que chaque région comprenne au moins un CHU sur son territoire à horizon 2030.
« Il est des distances que l’on mesure en kilomètres. Il en est d’autres, plus cruelles, que l’on mesure en chances : chance de vivre, de guérir, d’être pris en charge à temps », a argué le sénateur de Haute-Corse devant l’hémicycle du Palais Bourbon ce jeudi, en regrettant qu’en Corse, « trop souvent, la santé se heurte à une frontière invisible. Une frontière qui transforme un droit fondamental en parcours d’obstacles ». « Chaque année, près de 35 000 Corses doivent traverser la mer pour se soigner. Parfois dans l’urgence, parfois au prix d’un risque intolérable, alors que seuls deux avions assurent pour toute une île la logistique des évacuations sanitaires. Parmi eux, des prématurés, des enfants atteints de pathologies lourdes, des patients suivis pour des cancers avancés, des grands brûlés, des polytraumatisés. Outre l’exil, tous affrontent les aléas logistiques, les surcoûts, les retards, la peur de ne pas arriver à temps. Ce système fait du soin une épreuve et normalise cette double peine », a-t-il rappelé. Et de citer le préambule de la Constitution de 1946 : « La nation garantit à tous l’égalité sanitaire ».
« La santé n’est pas un privilège, mais un droit fondamental »
Dans ce droit fil, martelant que ce « système de soins produit de manière chronique perte de chance et renoncement », il a souligné qu’il « faut aujourd’hui une loi pour réparer une anomalie persistante, sécuriser la santé de toute une île et rendre enfin effectif ce que la République promet depuis plus de 60 ans ».
Derrière lui, le sénateur de Corse-du-Sud, Jean-Jacques Panunzi, a pour sa part insisté sur le fait que « la santé n’est pas un privilège, mais un droit fondamental ». « Et pourtant aujourd’hui encore, en Corse, ce droit n’est pleinement garanti. C’est à ce titre que ce texte s’inscrit pleinement dans une logique de solidarité nationale », a-t-il appuyé en poursuivant : « Chaque année, des milliers de patients corses sont contraints de quitter l’île pour se faire soigner. Des familles sont séparées, des personnes âgées déracinées, des malades fragilisés par des déplacements longs, coûteux et parfois urgents. Cette situation n’est ni acceptable, ni digne d’un territoire de la République ». D’autant plus que la Corse est aujourd’hui la seule région de France à ne pas disposer d’un CHU. « Il y a 32 CHU en France, à raison de 2 à 4 par région métropolitaine. La Corse est la seule région métropolitaine à échapper à la règle », a ainsi détaillé le sénateur de Corse-du-Sud en affirmant que « cette réalité n’est pas seulement une anomalie administrative, c’est une injustice sanitaire », et que de facto créer un CHU en Corse, « n’est pas un luxe mais une nécessité ».
Un sentiment partagé par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, qui a convenu que « l’ambition de créer un CHU en Corse est légitime ». « La Corse n’est pas un territoire comme les autres. Elle concentre de façon quasi paradigmatique plusieurs contraintes structurelles : l’insularité, mais aussi un territoire montagneux, fragmenté, situé à près de 250 kilomètres du premier CHU ; une population qui vieillit progressivement, tout en connaissant chaque été des pics démographiques considérables. La pression sanitaire y est donc irrégulière, mais constante dans ses effets », a-t-elle détaillé, ajoutant en outre que « l’accès à un médecin généraliste y est plus difficile que la moyenne nationale » et que « dans des spécialités essentielles, les déficits sont profonds ». « Pour notre système de santé, cela induit des fuites sanitaires en dehors du territoire, des coûts de transport élevés, un recours important à des contrats très onéreux de remplaçants dans les hôpitaux publics. Ce n’est ni soutenable, ni satisfaisant, ni juste pour les patients », a-t-elle affirmé.
« La perspective d’un CHU est légitime, mais elle est de long terme »
Dans la foulée, si la ministre a constaté que « la Corse ne part pas de rien » - son écosystème hospitalier et universitaire « se renforçant progressivement » - elle a toutefois estimé que « la lucidité doit s’imposer ». « Le cahier des charges d’un CHU est exigeant. Il suppose un large panel de soins de recours, des plateaux techniques lourds, des équipes de recherche spécialisées et une masse critique de population souvent supérieure au million d’habitants. Créer un CHU est un processus très long. À ce stade, l’écosystème corse, malgré ses qualités, ne répond pas encore à l’ensemble des critères et il apparaît peu probable qu’il y réponde d’ici 2030. Soyons donc réalistes : la perspective d’un CHU est légitime, mais elle est de long terme », a-t-elle prévenu. « Alors que faire ? Une autre voie est possible et me semble souhaitable : celle d’uneuniversitarisation progressive. Il s’agit de créer sur le territoire corse de véritables ressources d’encadrement universitaire, en priorisant les spécialités et les filières les plus nécessaires, et en renforçant les coopérations avec les CHU et les UFR santé existants », a-t-elle indiqué.
Dans cet esprit qu’elle a annoncé avoir, avec le ministre de l’Enseignement Supérieur, Philippe Baptiste, « signé une lettre de mission de préfiguration confiée à trois personnes qualifiées ». « L’objectif est de faire émerger une première génération de médecins universitaires en Corse, en s’inspirant de ce qui a réussi ailleurs, et sans jamais perdre les spécificités de l’île », a-t-elle expliqué, assurant être « pleinement engagée dans cette dynamique ». « Cette universitarisation n’est pas une alternative au CHU, elle en est le chemin le plus crédible. Elle permettra de préciser les conditions, les étapes et le calendrier réaliste pour une évolution vers un CHU », a-t-elle encore posé.
« Une mobilisation collective au service des intérêts de la Corse »
Après l’adoption définitive du texte par le Sénat, le Dr Paul-André Colombani s’est réjoui de cette avancée sur les réseaux sociaux. « Le texte franchit ainsi une étape majeure : il a désormais été voté à l’unanimité dans les deux chambres du Parlement. Cette réussite est le fruit d’un travail transpartisan et d’une mobilisation collective au service des intérêts de la Corse », a-t-il écrit en remerciant l’ensemble des parlementaires corses, « qui ont su faire front commun au service de la Corse », ainsi que la rapporteure du texte, Anne-Sophie Romagny, « dont le travail remarquable et l’engagement ont permis d’obtenir ce vote à l’unanimité ».
Lors des débats, cette dernière avait rappelé la portée concrète de la proposition de loi. « Lorsque les éléments se déchaînent, comme c’est le cas aujourd’hui avec la tempête Nils qui s’abat sur la Corse, les liaisons aériennes sont suspendues, les évacuations sanitaires sont impossibles, les hélicoptères ne peuvent pas décoller. Que dit-on à cette femme, future maman, qui risque d’accoucher d’un petit bébé extrêmement prématuré dont l’état critique nécessite aujourd’hui même un transfert urgent vers Nice ou vers Marseille ? Que dit-on à sa famille ? Ce matin encore, à Porto-Vecchio, un homme a été victime d’un infarctus. Comment faire s’il a besoin d’une chirurgie cardiaque en urgence ? Sur le continent, l’accès à un plateau technique complet est une évidence. En Corse, il dépend de la météo. Peut-on accepter que la prise en charge d’une urgence vitale soit conditionnée à la force du vent ou à l’état de la mer ? Peut-on accepter qu’en 2026, dans la République française, l’insularité devienne un facteur de perte de chance ? », a-t-elle interrogé.
« C’est là tout l’objet de la démarche que nous portons : offrir aux Corses un accès aux soins adapté et digne, chez eux », a souligné le député de la 2e circonscription de Corse-du-Sud avant de conclure : « Le cheminement parlementaire de cette proposition de loi impulse la création d’un CHU en instaurant une obligation d’action pour l’État, longtemps défaillant sur ce sujet ».
« Il est des distances que l’on mesure en kilomètres. Il en est d’autres, plus cruelles, que l’on mesure en chances : chance de vivre, de guérir, d’être pris en charge à temps », a argué le sénateur de Haute-Corse devant l’hémicycle du Palais Bourbon ce jeudi, en regrettant qu’en Corse, « trop souvent, la santé se heurte à une frontière invisible. Une frontière qui transforme un droit fondamental en parcours d’obstacles ». « Chaque année, près de 35 000 Corses doivent traverser la mer pour se soigner. Parfois dans l’urgence, parfois au prix d’un risque intolérable, alors que seuls deux avions assurent pour toute une île la logistique des évacuations sanitaires. Parmi eux, des prématurés, des enfants atteints de pathologies lourdes, des patients suivis pour des cancers avancés, des grands brûlés, des polytraumatisés. Outre l’exil, tous affrontent les aléas logistiques, les surcoûts, les retards, la peur de ne pas arriver à temps. Ce système fait du soin une épreuve et normalise cette double peine », a-t-il rappelé. Et de citer le préambule de la Constitution de 1946 : « La nation garantit à tous l’égalité sanitaire ».
« La santé n’est pas un privilège, mais un droit fondamental »
Dans ce droit fil, martelant que ce « système de soins produit de manière chronique perte de chance et renoncement », il a souligné qu’il « faut aujourd’hui une loi pour réparer une anomalie persistante, sécuriser la santé de toute une île et rendre enfin effectif ce que la République promet depuis plus de 60 ans ».
Derrière lui, le sénateur de Corse-du-Sud, Jean-Jacques Panunzi, a pour sa part insisté sur le fait que « la santé n’est pas un privilège, mais un droit fondamental ». « Et pourtant aujourd’hui encore, en Corse, ce droit n’est pleinement garanti. C’est à ce titre que ce texte s’inscrit pleinement dans une logique de solidarité nationale », a-t-il appuyé en poursuivant : « Chaque année, des milliers de patients corses sont contraints de quitter l’île pour se faire soigner. Des familles sont séparées, des personnes âgées déracinées, des malades fragilisés par des déplacements longs, coûteux et parfois urgents. Cette situation n’est ni acceptable, ni digne d’un territoire de la République ». D’autant plus que la Corse est aujourd’hui la seule région de France à ne pas disposer d’un CHU. « Il y a 32 CHU en France, à raison de 2 à 4 par région métropolitaine. La Corse est la seule région métropolitaine à échapper à la règle », a ainsi détaillé le sénateur de Corse-du-Sud en affirmant que « cette réalité n’est pas seulement une anomalie administrative, c’est une injustice sanitaire », et que de facto créer un CHU en Corse, « n’est pas un luxe mais une nécessité ».
Un sentiment partagé par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, qui a convenu que « l’ambition de créer un CHU en Corse est légitime ». « La Corse n’est pas un territoire comme les autres. Elle concentre de façon quasi paradigmatique plusieurs contraintes structurelles : l’insularité, mais aussi un territoire montagneux, fragmenté, situé à près de 250 kilomètres du premier CHU ; une population qui vieillit progressivement, tout en connaissant chaque été des pics démographiques considérables. La pression sanitaire y est donc irrégulière, mais constante dans ses effets », a-t-elle détaillé, ajoutant en outre que « l’accès à un médecin généraliste y est plus difficile que la moyenne nationale » et que « dans des spécialités essentielles, les déficits sont profonds ». « Pour notre système de santé, cela induit des fuites sanitaires en dehors du territoire, des coûts de transport élevés, un recours important à des contrats très onéreux de remplaçants dans les hôpitaux publics. Ce n’est ni soutenable, ni satisfaisant, ni juste pour les patients », a-t-elle affirmé.
« La perspective d’un CHU est légitime, mais elle est de long terme »
Dans la foulée, si la ministre a constaté que « la Corse ne part pas de rien » - son écosystème hospitalier et universitaire « se renforçant progressivement » - elle a toutefois estimé que « la lucidité doit s’imposer ». « Le cahier des charges d’un CHU est exigeant. Il suppose un large panel de soins de recours, des plateaux techniques lourds, des équipes de recherche spécialisées et une masse critique de population souvent supérieure au million d’habitants. Créer un CHU est un processus très long. À ce stade, l’écosystème corse, malgré ses qualités, ne répond pas encore à l’ensemble des critères et il apparaît peu probable qu’il y réponde d’ici 2030. Soyons donc réalistes : la perspective d’un CHU est légitime, mais elle est de long terme », a-t-elle prévenu. « Alors que faire ? Une autre voie est possible et me semble souhaitable : celle d’uneuniversitarisation progressive. Il s’agit de créer sur le territoire corse de véritables ressources d’encadrement universitaire, en priorisant les spécialités et les filières les plus nécessaires, et en renforçant les coopérations avec les CHU et les UFR santé existants », a-t-elle indiqué.
Dans cet esprit qu’elle a annoncé avoir, avec le ministre de l’Enseignement Supérieur, Philippe Baptiste, « signé une lettre de mission de préfiguration confiée à trois personnes qualifiées ». « L’objectif est de faire émerger une première génération de médecins universitaires en Corse, en s’inspirant de ce qui a réussi ailleurs, et sans jamais perdre les spécificités de l’île », a-t-elle expliqué, assurant être « pleinement engagée dans cette dynamique ». « Cette universitarisation n’est pas une alternative au CHU, elle en est le chemin le plus crédible. Elle permettra de préciser les conditions, les étapes et le calendrier réaliste pour une évolution vers un CHU », a-t-elle encore posé.
« Une mobilisation collective au service des intérêts de la Corse »
Après l’adoption définitive du texte par le Sénat, le Dr Paul-André Colombani s’est réjoui de cette avancée sur les réseaux sociaux. « Le texte franchit ainsi une étape majeure : il a désormais été voté à l’unanimité dans les deux chambres du Parlement. Cette réussite est le fruit d’un travail transpartisan et d’une mobilisation collective au service des intérêts de la Corse », a-t-il écrit en remerciant l’ensemble des parlementaires corses, « qui ont su faire front commun au service de la Corse », ainsi que la rapporteure du texte, Anne-Sophie Romagny, « dont le travail remarquable et l’engagement ont permis d’obtenir ce vote à l’unanimité ».
Lors des débats, cette dernière avait rappelé la portée concrète de la proposition de loi. « Lorsque les éléments se déchaînent, comme c’est le cas aujourd’hui avec la tempête Nils qui s’abat sur la Corse, les liaisons aériennes sont suspendues, les évacuations sanitaires sont impossibles, les hélicoptères ne peuvent pas décoller. Que dit-on à cette femme, future maman, qui risque d’accoucher d’un petit bébé extrêmement prématuré dont l’état critique nécessite aujourd’hui même un transfert urgent vers Nice ou vers Marseille ? Que dit-on à sa famille ? Ce matin encore, à Porto-Vecchio, un homme a été victime d’un infarctus. Comment faire s’il a besoin d’une chirurgie cardiaque en urgence ? Sur le continent, l’accès à un plateau technique complet est une évidence. En Corse, il dépend de la météo. Peut-on accepter que la prise en charge d’une urgence vitale soit conditionnée à la force du vent ou à l’état de la mer ? Peut-on accepter qu’en 2026, dans la République française, l’insularité devienne un facteur de perte de chance ? », a-t-elle interrogé.
« C’est là tout l’objet de la démarche que nous portons : offrir aux Corses un accès aux soins adapté et digne, chez eux », a souligné le député de la 2e circonscription de Corse-du-Sud avant de conclure : « Le cheminement parlementaire de cette proposition de loi impulse la création d’un CHU en instaurant une obligation d’action pour l’État, longtemps défaillant sur ce sujet ».
𝗟𝗲 𝗦𝗲́𝗻𝗮𝘁 𝘃𝗮𝗹𝗶𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗰𝗿𝗲́𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱’𝘂𝗻 𝗖𝗛𝗨 𝗲𝗻 𝗖𝗼𝗿𝘀𝗲 !
— Paul-André Colombani (@pacolombani) February 12, 2026
Après son adoption en commission des affaires sociales la semaine dernière, les sénateurs ont approuvé en séance publique ma proposition de loi créant un Centre Hospitalier Universitaire en… pic.twitter.com/fhaIQww2bp
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