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Le PNC Aiacciu dénonce les conditions de vie dégradées des habitants du quartier de Buddiccioni


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 28 Décembre 2018 à 21:51

« Des conditions de vie difficiles, des appartements mal isolés et humides, de la moisissure, des trainées noirâtres, du bois vermoulu, des chauffages défaillants, des prises électriques vétustes, des façades décrépies, des fissures sur les murs, des carreaux cassés, des fers à béton apparents… ». La section Aiacciu du PNC monte au créneau pour dénoncer l’état de délabrement de cinq résidences de logements sociaux situées sur les Hauts de Budiccioni, un quartier d’Ajaccio apparemment sans histoires. Elle a fait dresser un état des lieux par un huissier et un expert, et, par la voix de Jean-François Casalta, explique à Corse Net Infos que le verdict est alarmant. L’avocat et conseiller territorial Pè a Corsica pointe du doigt la double responsabilité du bailleur et de la mairie, et a saisi la Préfète.




Logement social dans le quartier de Budiccioni à Ajaccio. (Photo rapport d'huissier).
Logement social dans le quartier de Budiccioni à Ajaccio. (Photo rapport d'huissier).
- Quel est le problème dans le quartier Buddiccioni ?
- La section Aiacciu du PNC a été sollicitée par des habitants des résidences du quartier de Buddiccioni afin que nous montions constater la dégradation de leurs conditions de vie, notamment celle de leur habitat. Tant sur le plan des parties privatives, c’est-à-dire des appartements qu’ils occupent, que sur le plan du quartier en lui-même et des espaces extérieurs. Nous avons, donc, débuté, fin septembre-début octobre, un cycle des réunions que nous avons terminé début décembre. Nous avons rencontré des associations et des habitants. Nous avons constaté que le bailleur social Logirem, qui gère cinq résidences dans ce quartier, ne satisfait pas à ses obligations qui est de livrer des logements et de les entretenir en bon état.
 
- Qu’avez-vous fait alors ?
- Comme nous ne sommes pas des spécialistes du bâtiment ou de l’efficacité énergétique, le PNC a sollicité un huissier de justice et un expert agréé près de la Cour d’appel de Bastia. L’idée était de visiter quelques appartements pour savoir si ce que disaient les associations et les habitants du quartier était exagéré ou, au contraire, frappé au sceau de la sincérité. Le rapport d’expertise, qui est un procès-verbal du constat de l’huissier agrémenté des commentaires et des rajouts de l’expert, est édifiant ! Il montre que les conditions de vie sont indignes, qu’il n’y a pas d’entretien ou très peu, autant des logements proprement dits que des résidences. Des immeubles sont dégradés, des appartements sont vétustes avec des crépis décollés, des conduits d’évacuation des chaudières pas contrôlés, des bouchons de fermeture du gaz manquants – ce qui est très dangereux non seulement pour les locataires, mais aussi pour l’immeuble, voire tout le quartier… L’expert a, d’ailleurs, noté qu’il fallait avertir en urgence les bailleurs sociaux. Dans les parties communes, des fers rouillés sont apparents, des grilles de bouches d’égouts inexistantes, des cours sont laissées à l’abandon…
 
- Qui accusez-vous de cet abandon ?
- La responsabilité est partagée. La responsabilité première en revient au bailleur social, à Logirem Méditerranée. Le PNC Aiacciu lui a écrit un courrier pour l’alerter de la dégradation de l’habitat et se plaindre du fait qu’il n’y a jamais eu aucune réhabilitation d’ampleur depuis une trentaine d’années dans ce quartier. Il y a eu des petits travaux au coup par coup, de ci, de là, mais de rénovation d’ampleur, jamais ! Cela fait que les gens sont dans leur jus depuis 30 ans, depuis la construction des résidences ! En cette période où il ne fait pas vraiment chaud, les habitants dépensent énormément d’argent pour se chauffer. Ce sont très souvent des gens qui ont des revenus modestes, voire très modestes, certains ont des notes d’électricité ou de gaz à hauteur de 160 € par mois pour un appartement tout petit. Ils nous disent que personne ne s’occupe d’eux, ne fait attention à eux, que le quartier est laissé à l’abandon.
 
- Pourquoi dites-vous que la responsabilité est partagée ?
- Il y a, aussi, une responsabilité de la municipalité d’Aiacciu qui doit intervenir, par exemple, sur les conditions de sécurité. Les habitants nous ont dit que la route, qui fait le tour de la résidence, n’a pas assez de ralentisseurs pour assurer la sécurité des piétons, ce qui fait que, parfois, des véhicules empruntent cette voie à une vitesse excessive. Les encombrants ne sont pas enlevés et gênent les déplacements, que ce soit dans les cages d’escalier ou les espaces extérieurs. Les réseaux d’évacuation des pluies ne sont pas entretenus, des flaques stagnent un peu partout dans la résidence. L’éclairage public est déficient. Il n’y a pas de banc, pas d’accès handicapés... C’est un casse-tête pour les habitants ! Il n’y a rien pour les enfants, pour faire du sport... Le city stade est, depuis de nombreux mois, si ce n’est des années, impraticable pour des raisons de sécurité : des morceaux de fer sortent de l’enrobé, on ne peut plus pratiquer du sport dessus. Faute d’entretien, le stade de foot derrière l’école est aussi complètement impraticable depuis 10 ou 15 ans, alors que les enfants pourraient s’approprier ces équipements. Quand on connaît l’importance du sport comme vecteur d’intégration, c’est vraiment dommage de laisser ces lieux à l’abandon. C’est triste !

Jean-François Casalta, avocat, conseiller territorial Pè a Corsica et membre du PNC Aiaicciu. (Photo Michel Luccioni)
Jean-François Casalta, avocat, conseiller territorial Pè a Corsica et membre du PNC Aiaicciu. (Photo Michel Luccioni)
- Pour vous, la mairie ne prend pas ses responsabilités ?
- Non ! Elle ne les prend pas ! Pourtant, les aménagements à faire par la municipalité ne sont pas grand chose. Ils permettraient, au moins, aux gens d’avoir une vie de quartier. C’est important ! Buddiccioni est un quartier vraiment intéressant avec une vraie mixité sociale : des Corses d’origine, des Maghrébins, des Roumains, des Polonais… habitent dans le même immeuble, et il n’y a jamais aucun problème ! C’est un quartier dans lequel, pour l’instant, il n’y a pas de problème de délinquance. Si on le laisse encore à l’abandon, si on ne s’en occupe pas, forcément ça arrivera. Ces gens se sentent exclus de la vie du centre-ville – lorsque les jeunes évoquent leurs amis du centre-ville, ils disent : « les jeunes de la ville ». Par cette formule, ils s’excluent en quelque sorte d’Ajaccio, ils ont l’impression d’être uniquement des habitants de la périphérie de la ville, et pas de la ville elle-même.
 
- Est-ce un problème spécifique au quartier de Buddiccioni ?
- Non ! Le problème n’est pas propre à Buddiccioni. Beaucoup de quartiers de la ville se sentent exclus de la même manière : le Vazzio… Si on ne fait rien, ce quartier va se retrouver classé en zone prioritaire alors qu’on pourrait améliorer au fur et à mesure les conditions de vie et faire en sorte qu'il ne connaisse aucun gros problème. Les résidents regardent les quartiers qui bénéficient des plans d’action gouvernementaux et du programme ANRU et nous disent : « C’est très bien ce qui se passe à l’Empereur, aux Cannes ou aux Salines, mais nous aussi, nous avons besoin de cette attention, de travaux… » Ils ne comprennent pas.
 
- Que comptez-vous faire du constat d’huissier ?
- Nous l’avons adressé au maire de la ville, à la Préfète et au bailleur social Logirem Méditerranée pour les alerter sur les conditions de vie des résidents dans ce quartier. La Préfète, si elle estime que les bailleurs sociaux ne respectent pas leurs obligations, a la possibilité de saisir l’ANCOLS, l’agence nationale de contrôle des bailleurs sociaux, qui a les moyens de faire respecter ces obligations.
 
- Avez-vous reçu des réponses ?
- Pour l’instant, non. Nous ne voulions pas forcément médiatiser cette démarche. D’abord, pour respecter la vie privée des gens. Mais le constat d’huissier est alarmant ! Ce n’est pas parce que les gens vivent dans un quartier modeste, qu’ils n’arrivent pas à se faire entendre, à s’organiser pour cela, qu’il faut les laisser mariner depuis 30 ans sans s’occuper d’eux. Tout cela n’est pas normal ! Nous avons fait notre part en communiquant le constat d’huissier, c’est maintenant aux pouvoirs publics et au bailleur social de prendre toutes leurs parts à l’entretien de ces logements.
 
- Si vous n’obtenez pas de réponse, qu’envisagez-vous de faire ?
- Nous retournerons voir les associations et les habitants du quartier. Quand on sait ce qui s’est passé à Marseille, il faut être extrêmement prudent. On réagit toujours dans l’après, on soigne le malade. Essayons de faire en sorte que les quartiers ne tombent pas malades, comme ça nous n’aurons pas besoin de les soigner. La politique, c’est prévoir… Nous allons décliner cette démarche dans tous les quartiers d’Ajaccio et lancer l’alerte si besoin, comme nous l’avons toujours fait parce que nous sommes avant tout des militants de terrain. Nous allons également nous occuper des quartiers qui environnent la ville, que ce soit Le Vazzio, Mezzavia, Rocade, Cannes, Salines, Pietralba… Pour nous, ce sont tous des Ajacciens et il faut les traiter comme tels.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.




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