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La terre et ce qu’il en reste : L'épicerie permanente de Luri


le Dimanche 25 Août 2013 à 22:32

A Luri, commune du Cap Corse - dix-sept hameaux éparpillés - à Luri, juste en face du restaurant de Jean-Mathieu et presque de la Poste, l’épicerie était fermée depuis plus d’un an. Une épicerie close, muette, inutile, triste comme un arbre mort. Alors c’est fini ?  Il y a bien un autre commerce dans le village, mais les Luresi préfèrent en avoir deux : pour comparer, choisir, se rencontrer dans un autre lieu. Et puis un jour on a dit «  ça va ouvrir »



Les deux épiciers de la Piazzetta
Les deux épiciers de la Piazzetta
Ah oui, mais avec qui ? Avec Don Quichotte, car ça ne peut-être que lui. Non, c’est avec Jean-Michel, gérant de l’affaire et son frère Patrick. Le 6 Juin 2012, l’épicerie générale baptisée a Piazzetta a ouvert ses portes sur un décor tout neuf. Jean-Michel et Patrick sont des hommes libres et tiennent à le rester : hors du système U, hors du système Casino, ils peuvent ainsi se servir chez les petits producteurs corses en fruits et légumes particulièrement. C’est leur credo.
Ils ont raison et l’assortiment augmente de jour en jour : agrumes, pêches, abricots, nectarines, pastèques, melons, poivrons de plus en plus du pays, salades, oignons de Siscu, concombres et pour corser le tout, des piments. Les producteurs s’appellent Anto Marchini de Méria, Orsi de Roglianu, Vincent Barbier pour les oignons de Siscu, Pierre-Paul Catoni du Cagnanu et aussi des producteurs de la plaine de Vescovatu. La saison du raisin arrive, blanc, noir, une cure s’impose, très bénéfique pour la santé. La centrale des fruits et légumes du continent fait le lien avec ce qui peut manquer ici, chaque jour. A Piazzetta reste ouverte du matin au soir sans interruption, y compris le dimanche.
Conscients que les cas d’obésité,  que l’alimentation industrielle fait perdre aux aliments leurs qualités nutritives, que légumes et fruits gavés de produits chimiques sont cancérigène, le besoin de consommer plus sain devient une nécessité. Actuellement, les produits biologiques sont présentés comme des produits de luxe et coûtent cher, alors qu’il y a cinquante ans ils étaient des produits de consommation courante. Monsanto et compagnies funestes, sont passés par là et actuellement, c’est l’être humain que l’on consomme. Affaibli, il doit lutter contre la tension, le cholestérol, avale quantité de médicaments et fait la fortune des laboratoires pharmaceutiques. La boucle est bouclée.  Dans l’épicerie A Piazzetta , les fruits et légumes ne sont pas forcément bio mais on essaie de vendre des produits locaux de petits producteurs, qui évitent de brûler la terre avec des chimies dangereuses. Disons qu’ils sont issus d’une agriculture raisonnée et raisonnable.

Les fromages sont de Marie-Paule Cesari, qui s’est battue pendant des années pour défendre la qualité du fromage fermier, de Philippe Albertini , le seigneur du fromage de chèvres, de Sandrine Dimaggio qui a appris le métier avec Marie-Paule et c’est une référence. Leur brocciu est d’une finesse exceptionnelle., Don Simoni  nous régale de ses fromages élevés à Rutali.
La charcuterie est  achetée dans de petits élevages : à Petra di Verde, à Luri même, chez Ghelardini , chez Jean-Louis Constant à Siscu.
Vous trouverez dans ce magasin, de l’huile d’olive de Balagna au détail, celle d’Isabelle Orsi de Ruglianu , celle d’Anton’santu Marchini de Méria., et celle d’Annie Orsini de Calenzana. Toutes ces huiles sont obtenues directement des olives par procédés mécaniques.
Leur goût et leur qualité justifient le prix qui reste tout à fait abordable. Le consommateur n’est pas forcé d’obéir aux  impératifs de la mauvaise consommation, il n’est pas forcé de gonfler les caisses des supermarchés, d’enrichir l’industrie alimentaire, il a le droit de réfléchir, de comparer, de manger moins mais mieux . Mesdames, ne rêvez plus sur les gravures de mode et les mannequins filiformes : plongez le nez dans votre assiette. Elle vous dira tout.


La terre, coffre-fort du paysan

Anton Marquini dans son champ
Anton Marquini dans son champ
Bernard Lambert fut l’un des fondateurs du début de la Confédération paysanne. En 1970 il disait que les taux d’emprunts, le faible niveau de revenus des paysans, les fluctuations du temps, leur dépendance économique, faisaient d’eux des exploités. De plus, les structures bureaucratiques sont de plus en plus lourdes, la paperasse prend beaucoup de temps sur le travail et le repos. Beaucoup de ceux qui voulaient choisir ce métier, se sont découragés. Sauf Anton’Santu de Méria. Allez savoir pourquoi ? Il travaille 1 hectare 30. Difficile de doubler quand il n’y a aucune disponibilité dans le foncier. Tout est privé. Chaque propriétaire conserve son terrain, même inondable. On ne sait jamais, si un jour il ne l’était plus on pourrait le vendre un bon prix pour bâtir une maison secondaire. La générosité ne court pas les sillons. De même, sans contrat de location valable, impossible de disposer d’un terrain. Un paysan ! Imaginez ! On ne peut plus le déloger. Depuis un exode rural massif, trop de successions ne sont pas réglées.  « Si l’on prend en compte l’ensemble des biens portés au cadastre au nom des personnes nées avant 1910, cela représente 45% de la surface- en hectares- des parcelles. Ce qui laisse supposer qu’en Corse 40 à 45% du territoire est dépourvu de titres ou en indivision » Paul Grimaldi président du conseil administratif du GIRTEC.
C’est donc cette absence de titres et non l’indivision elle-même qui crée ces difficultés. Aucune loi n’interdit de rester dans l’indivision, mais les terrains en friches pourraient être taxés d’un impôt annuel conséquent, susceptible de faire réfléchir les propriétaires, alors que la terre est à l’abandon mais ne coûte rien. Cet argent serait un apport pour l’installation des jeunes agriculteurs. On trouve de la bonne terre dans la plaine de Cagnanu, qui pourrait devenir une glèbe riche. L’émergence d’un camping est en gestation, qui préfacerait sans doute un hôtel de luxe. Rien n’empêche de préférer les salades de pépites aux légumes verts. Le vent fort du Cap brouille les pistes et les idées.

Alors Anto gratte la terre et fait pousser toutes sortes de légumes, qu’il vend sur place trois jours par semaine. Sur 180 oliviers dispersés sur la commune, 140 ont été rénovés, élagués, taillés. La mouche en Corse, est difficile à éloigner et les traitements bio ne sont pas applicables sur de vieux arbres. Les aides agricoles sont les bienvenues, mais remboursables par l’agriculteur au bout de cinq ans si le contrat n’est pas rempli. Ne pas oublier que c’est de l’argent public et qu’un tracteur coûte 20.000 euros. Anton’Santu a le projet de proposer des paniers de légumes bientôt, et Mélanie sa compagne aimerait planter des arbres fruitiers. C’est un investissement lourd,  il faut des baux importants, un système d’irrigation très cher, la taille, une protection autour des terrains. Mais quelle belle idée ! J’espère que Mélanie réussira et qu’elle plantera de vrais abricotiers qui donneront de vrais abricots, pas les abricots béton actuels, farineux, à la peau dure, sans goût et sans saveur, qui ne mûrissent jamais. Ce fruit est à boycotter. Beaucoup trop d’arbres fruitiers sont partis dans les incendies, beaucoup ont été abandonnés,  sans soins ils ont appelés à l’aide de toutes leurs branches. Personne ne les a entendus.

Le savoir vivre des hommes
n’est pas celui des arbres
et les hommes ont tort de dire
que les arbres ont l’ignorance
de mourir   (Jacques Prévert – Arbres)
Anna ALBERTINI


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