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Joseph Colombani : « La sécheresse, que connaît la Corse aujourd’hui, devient un fait de société ».


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 3 Novembre 2017 à 19:47 | Modifié le Vendredi 3 Novembre 2017 - 20:54


Pas d’eau. Pas d’herbe. Pas de foin. Pas de mesures. Des coûts d’importation de fourrage et d’aliments trop chers. Les éleveurs corses, confrontés à une sécheresse exceptionnelle qui dure dans l’île depuis des mois, sont à bout de patience. Ils accusent l’Etat d’inertie et de refus de prendre en compte leur situation, alors que Paris a pris des mesures pour aider les agriculteurs continentaux. De plus, l’état de calamité sécheresse ne peut être demandée, faute d’enquête des services concernés sur le terrain. Après une occupation symbolique de la DRAF, début octobre, les agriculteurs se sont, de nouveau, mobilisés, vendredi matin, à Ajaccio et Bastia. Explications, pour Corse Net Infos, de Joseph Colombani, président de la Chambre régionale d’agriculture et président de la FDSEA de Haute-Corse, qui lance un appel à la population et aux candidats de l’élection territoriale.


- Qu’est-ce qui a motivé cette nouvelle action des éleveurs ?
- La sécheresse terrible qu’il y a en Corse. Cette nouvelle action est la suite de l’occupation de la DRAF (Direction régionale de l’agriculture et de la forêt) à Ajaccio, il y a un mois, qui était motivée par trois choses. La première est la mesure prise en France sur la sécheresse à la demande de la confédération paysanne. Elle permet, à la fois, de pâturer ou de faucher sur des terrains qui ont été déclarés en jachère, et de toucher une prime sur ces jachères. Cette mesure exclut, de fait, la Corse qui n’a pas de jachère. Nous avons, donc, demandé une mesure spécifique de compensation sur les transports, à savoir une aide au passage maritime. Pour le foin, et même pour l’aliment, le coût du transport est aussi cher que le prix du produit transporté.
 
- L’avez-vous obtenu?
- Non ! On nous l’a refusée en invoquant une distorsion de concurrence. C’est une aberration ! S’il y a distorsion de concurrence, elle est à nos dépens puisqu’il n’y a plus de foin en Corse. Pour avoir du foin, cela nous coûte deux à trois fois plus cher que sur le continent justement à cause du transport.
 
- Vous dénoncez une inégalité de traitement, une injustice ?
- Oui ! Tout à fait ! Si nous comprenons bien, nous concluons, premièrement, que nous ne sommes pas français ! Deuxièmement, nous n’aurons plus jamais d’aide sur le transport puisque, soi-disant l’Europe s’y oppose et ne reconnaît pas l’aspect insulaire, le caractère exceptionnel de la sécheresse cette année, le problème sur le paiement des aides et sur les sommes qui ont été versées en trop.
 
- C’est-à-dire ?
- Cela concerne le parcours qui existe en Corse et le choix retenu sur le paiement qui est calculé sur des surfaces brutes, non proratisées. Ce qui fait que des sommes ont été versées en trop et que nous devons les rembourser. Sauf que demander à un agriculteur de rembourser alors qu’on est en pleine sécheresse et qu’il est confronté à plein de problèmes de trésorerie, c’est compliqué ! Nous avons, donc, demandé un étalement systématique que nous n’avons pas obtenu. Il y a, ainsi, toute une série de demandes, qui ont été faites par la profession et qui permettaient simplement de retrouver un équilibre, une équité avec ce qu’il se fait sur le continent. La réponse a été : « Niet ! ».
 
- Vous aviez, également, demandé un rendez-vous au ministère. L’avez-vous obtenu ?
- Oui ! Il a été accepté, sauf qu’on nous a prévenus par avance qu’il n’y aurait aucune avancée !
 
- D’où l’action d’aujourd’hui ?
- Oui ! Il fallait marquer notre mécontentement. Nous nous sommes mobilisés et nous avons fait du tractage vendredi matin. L’opération a été menée conjointement avec les agriculteurs du Sud. Pendant que nous bloquions le rond-point de Ceppe à l’entrée de Bastia, ils bloquaient le rond-point de Campo D’ell’Oro à Ajaccio. Dans le même temps, nous avions négocié et obtenu le principe d’une rencontre avec le préfet, l’après-midi. Histoire d’avoir, quand même, un interlocuteur et de dire les choses en direct. A 10h30, le rendez-vous était toujours ok. On nous explique, à 11h30, que ce n’est plus possible ! A Bastia, nous décidons, alors, d’aller à la DDTM où nous avons été accueillis par les forces de l’ordre qui avaient fait évacuer les locaux ! Pendant ce temps à Ajaccio, les agriculteurs décident d’aller directement devant les grilles de la préfecture… et sont finalement reçus au pied levé par le préfet de Corse. Nous rentrons dans les locaux de la DDTM pour suivre la rencontre en visioconférence.
 
- Pourquoi le préfet a-t-il changé d’avis ?
- Il explique que le problème est venu d’un quiproquo avec ses services et qu’il n’était pas disponible pour le rendez-vous. Il accepte de nous recevoir lundi ou mardi pour préparer une argumentation et des propositions pour Paris. Il estime, lui aussi, que Paris n’a pas pris la bonne mesure de la situation que connaissent les agriculteurs corses aujourd’hui.
 
- Quelle est cette situation ?
- Une sécheresse comme il n’en existe nulle part ailleurs ! Une situation de paiement des aides comme il n’en existe nulle part ailleurs ! Un prix du fourrage et de l’aliment comme il n’en existe nulle part ailleurs ! Il y a des dispositions à prendre. D’autant plus que la Corse devait être reconnue en état de calamité sécheresse et espérer passer devant la Commission nationale qui doit se réunir en décembre. Nous aurions du, pour cela, boucler notre demande locale, le 8 novembre. Or, on sait, d’ores et déjà, que l’enquête des services de l’Etat ne sera pas faite à cette date.
 
- Pourquoi ?
- Les services de l’Etat n’ont pas été mobilisés. Il y a eu, là-aussi, un énorme cafouillage ! L’Etat ne se donne plus les moyens pour assurer son propre fonctionnement. Les services de l’Etat ne suivent plus, ils sont débordés. C’est, malheureusement, la réalité. Des situations qui, légalement, devraient être instruites, ne le sont pas. Des situations, qui devraient être connues de Paris, ne le sont pas. Il y a un minimum de conclusions à en tirer, parce que le coût est cher pour l’agriculteur.
 
- Pourquoi avez-vous lancé un appel à la population et aux candidats aux élections territoriales ?
- Nous estimons que la sécheresse, que connaît la Corse aujourd’hui, avec les problèmes hydrauliques de cet été et qui continuent, et la prise en compte de la sécheresse sur le continent, et pas en Corse, dépasse la seule problématique agricole. Elle devient un fait de société. C’est pour cela que nous l’avons mise sur la place publique. Nous espérons que les candidats, qui se présentent pour défendre la Corse, s’emparent de cette problématique. Le réchauffement climatique est un beau sujet de campagne électorale.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.




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