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Jean-Baptiste Arena : « Nous avons réussi à plus que tripler l’enveloppe du Plan CASI pour la Corse »


Nicole Mari le Samedi 7 Novembre 2026 à 11:50

Une enveloppe CASI triplée et le Plan Ambition reconduit pour 2027. La colère agricole de septembre dernier en Corse, relayée par une intersyndicale et la Chambre régionale d’agriculture, a été entendue par la ministre de l’agriculture sur les quatre revendications qui étaient portées. Le président de la Chambre d’agriculture de Corse, Jean-Baptiste Arena, fait le point sur les aides financières déjà obtenues et, pour certaines, déjà attribuées, ainsi que sur la revalorisation de l’ICHN et sur la demande d’une politique agricole commune (PAC) spécifique à la Corse.



Jean-Baptiste Arena, président de la Chambre d'agriculture de Corse, vigneron.
Jean-Baptiste Arena, président de la Chambre d'agriculture de Corse, vigneron.
- Vous aviez annoncé une revalorisation du Plan CASI. Sans en préciser le montant. Qu’en est-il ?
-  Dans un premier temps, je voudrais remercier tous les agriculteurs corses et les syndicats, après cette mobilisation qui nous a permis d’obtenir une revalorisation du plan CASI. Ce fut un travail collectif avec l’ODARC et son président, Dominique Livrelli, et les services de l’État, à savoir le DRAAF de Corse et le préfet de région, Eric Jalon que je tiens à remercier personnellement pour son implication, que ce soit en Corse ou à Paris, lors de nos échanges et de nos visites au ministère de l’agriculture. Le Plan CASI (Climat-adaptation-sécheresse-incendies) était découpé en quatre enveloppes. Une enveloppe exceptionnelle de réarmement de 320 millions d’euros, dont initialement seulement 1,3 million d’euros avait été allouée à la Corse. C’était largement sous dimensionné par rapport aux pertes. La ministre Annie Genevard a doublé cette somme qui est donc passée de 1,3 million d’euros à 2,4 millions d’euros, ce qui veut dire que la Corse a capté 5 % de l’enveloppe supplémentaire de 21 millions d’euros. Ce qui nous a permis d’aider, dans un premier temps, les quatre filières les plus en difficulté que nous avions identifiées, à savoir la filière apiculture, les filières ovines et caprines, dites petits ruminants, et la filière maraîchère. Nous avons fait le choix de ventiler sur ces quatre filières l’intégralité des 2,4 millions d’euros de l’enveloppe de l’État. Est venu se rajouter au fond de réarmement 1,3 million d’euros de la Collectivité de Corse à travers l’ODARC. Une somme que nous avons fait le choix de ventiler sur quatre autres filières, à savoir les filières bovines et porcines, la filière castanéicole, et il était prévu aussi la filière oléicole, mais au vu de la bonne récolte, nous préférons reporter notre aide lorsque les oléiculteurs en auront plus besoin.
 
- Avez-vous déjà reçu ces aides de l’Etat et de l’ODARC ?
- L’aide de l’ODARC, pas encore. Concernant l’État, des apiculteurs et des maraîchers ont déjà touché l’aide CASI avec un plafond de 10 000 euros. Du fait que nous ayons pu faire un arbitrage sur certaines filières, il n’y a pas de saupoudrage. Les montants s’élèvent entre 4000 € et 10 000 € pour chaque exploitation, ce qui va permettre, que ce soit pour l’apiculture, l’élevage et le maraichage, de renflouer un peu les trésoreries. Nous avons aussi obtenu que l’enveloppe dite de l’ISN (Indemnisation de solidarité nationale) soit triplée, elle est passée de 300 000 € à 900 000 €. Nous avons aussi triplé l’enveloppe du social qui est passée de 80 000 € à 240 000 €. Cet argent-là n’a pas encore été donné. Viens s’y greffer une enveloppe pour les engrais et le GNR pour un montant global en Corse de 400 000 €, cette fois-ci pour toutes les filières qui en ont besoin. Ce qui fait que de manière globale, sur l’ensemble du plan CASI, si on prend en compte aussi l’argent de la Collectivité de Corse, nous avons plus que triplé l’enveloppe CASI.
 
- L’autre revendication concernait la reconduction du plan Ambition. L’avez-vous obtenue ?
- Sur le plan Ambition, nous avons pu finaliser les travaux. Je rappelle que ce plan pluriannuel, cofinancé par l'État et la CdC, est le principal levier de consolidation et de développement des filières et représente, à lui seul, près de 40 % des ressources de la Chambre. Pour l’année 2027, la ministre Annie Genevard s’est engagée à le reconduire. D’ailleurs, il sera inscrit dans la future loi de finance 2027. Il faut espérer que cette loi sera adoptée avant les fêtes de fin d’année. Si, le gouvernement active le 49-3 pour l’adoption du budget national, il faudra s’assurer avec le cabinet de la ministre que les 6,5 millions d’euros destinés à la Corse restent dans la loi de finance.
 
- Les deux autres revendications concernaient la revalorisation de l’ICHN et une PAC spécifique pour la Corse. Avez-vous avancé ?
- Les travaux continuent, à la fois, sur la revalorisation de l’ICHN pour l’ensemble de la Corse et sur une PAC d'adaptation qui reconnaisse les contraintes propres à l'arc méditerranéen. Là aussi en lien étroit avec le DRAAF de Corse, le préfet Jalon, le président Livrelli, ses services et les services de la Chambre d’agriculture, nous essayons de sortir par le haut, d’ici les fêtes de fin d’année pour faire reconnaître les contraintes d'insularité, de montagne et les systèmes pastoraux, pour mobiliser de nouvelles marges sur les aides couplées et pour adapter les dispositifs européens à nos spécificités. D’autres réunions sont prévues aux mois de novembre et de décembre pour finaliser ces demandes. Depuis notre réunion du 30 septembre, le cabinet de la ministre est au travail à nos côtés avec l’ensemble de ses ressources humaines. La ministre elle-même, d’un point de vue politique, veut pérenniser le travail entrepris déjà depuis un an et demi avec la Corse et les services de l’État basés en Corse.
 
- Etes-vous confiant sur ces deux dernières revendications ?
- Oui. Nous avons quand même été les premiers à obtenir une vaccination par rapport à la dermatose, l’an dernier. Nous avons aussi obtenu de pouvoir mettre en place une quarantaine, ce qui a évité une crise de la dermatose en Corse, et nous avons, par la même, contré d’autres, maladies, notamment la fièvre catarrhale chez les ovins. Malgré les fortes chaleurs, il n’y a pas eu de développement de la fièvre catarrhale cette année en Corse. Nous nous félicitons de ce travail étroit, très constructif, à la fois technique et politique, avec le cabinet de la ministre et la ministre elle-même, que je voudrais remercier personnellement par l’écoute qu’elle porte à l’agriculture corse. Je la remercie aussi d’avoir compris que depuis maintenant 25 ans, nous sommes une sentinelle en Méditerranée, du point de vue du réchauffement climatique auquel se greffent des problèmes sanitaires et des coûts de production exorbitants. Le plan CASI était, pour nous, une porte d’entrée. Nous sommes en train de pérenniser de nombreux outils et financements pour l’agriculture corse de demain afin qu’elle puisse s’inscrire dans cette résilience climatique qui, malheureusement, n’est plus conjoncturelle, mais est devenue structurelle.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.