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Festival du cinéma italien de Bastia : « Il mio posto è qui » de Daniela Porto et Cristiano Bortone, une ode contre l’intolérance


Philippe Jammes le Lundi 2 Février 2026 à 15:17

Parmi les 9 films en compétition de cette 38e édition, « Il mio posto è qui », un très beau film plein d’humanité, une ode contre l’intolérance, tiré du best-seller éponyme de Daniela Porto. CNI a rencontré l’auteure et coréalisatrice avec la complicité d’Oreste Saccheli, animateur/traducteur de la manifestation.



Daniela Porto auteure de « Il mio posto e qui »
Daniela Porto auteure de « Il mio posto e qui »

Daniela Porto est la double invitée du festival du film italien de Bastia. Conviée pour son film* par les organisateurs et hôte, aussi, en tant qu’écrivaine de Musanostra, dans le cadre de son festival littéraire, avec une présentation à la librairie Alma ce lundi 2 février.

Daniela Porto, native de Rome, a écrit en 2024 ce drame rural féministe, dont l’action se situe en Calabre : « Il mio posto è qui ». Le livre, publié aux éditions Sperling et Kupfer, a connu un grand succès public et critique en Italie. À tel point qu’il a été très rapidement adapté au cinéma. Daniela Porto l’a mis en scène aux côtés du réalisateur Cristiano Bortone.

Le synopsis : Après la guerre, dans un petit village de Calabre, Marta est devenue une «fille mère» à la suite de la mort de son compagnon au front. Sa situation est difficile, car les conventions sociales et les préjugés sont très marqués dans cette région. Malgré cela, un vieux paysan veuf se propose de l’épouser. Ses parents sont satisfaits, mais elle n'a pas son mot à dire. Le mariage est préparé par Lorenzo, un homosexuel méprisé par tout le village. C’est grâce à lui que Marta trouvera la force de lutter contre le patriarcat pour s’émanciper et rêver d’un avenir meilleur.

Une étude de mœurs féministe, poignante à tous égards, un drame rural plein d’humanité, une ode contre l’intolérance magistralement interprétée à l’écran par Ludovica Martino, sacrée meilleure actrice au Festival international de Bari. Ce film a également obtenu le Prix spécial du Jury au Festival de Toulouse.

Daniela Porto, née en 1979 à Rome, a poursuivi des études d'art, de musique et d'art dramatique à l'Université, elle est superviseure de production chez Orisa Produzioni.

CNI l'a rencontrée ce lundi. 

Daniela, d'où vient l'idée de ce livre ?
L'idée vient d'un court récit de ma mère. L’histoire d'un homosexuel qui, dans un petit village Calabrais, aidait les filles à organiser leur mariage. Tout le monde savait qu'il était homosexuel. Et bien qu’on soit dans la Calabre de l’après-guerre, il était bien accueilli par la communauté. Même s'il était homosexuel, c’était un homme et à ce titre avait plus de libertés que les femmes. L'idée est venue de là : celle de mettre en contact un homosexuel et une fille mère.

Marta, le personnage féminin central, d’apparence timide se, révèle en fait très forte…
Elle le devient. Au départ, c'est une femme qui n'a pas conscience d'elle-même et qui n'a pas de rêve pour elle. C'est à partir du moment où elle entre en contact avec Lorenzo, cette personne différente des autres, qu'elle a tout d'un coup une ouverture vers un monde différent. Ce qui m'intéressait c'était justement de montrer une femme, qui au départ n'est pas féministe du tout, prendre peu à peu conscience de ses potentialités.

C’est le succès du livre qui vous a incitée à en faire un film, ou l'idée du film était déjà présente ?
Pendant que j'écrivais le roman, que je n'avais pas l'intention de publier, j'ai eu la chance, ou la malchance, d'avoir un réalisateur, un metteur en scène à la maison : mon mari. J'ai mis très longtemps à écrire le livre et durant tout ce temps mon mari était derrière moi, me demandant de lui montrer mon texte. Au début, j’ai refusé puis au fil des mois, devant son insistance, j’ai fini par lui montrer. Il l’a trouvé si fantastique qu’il a voulu en faire un film.

Un film fidèle au livre ?
Peut-être par déformation professionnelle, mais le livre était déjà très cinématographique en lui-même. On a même pu utiliser certains dialogues qu'on a repris tels quels dans le scénario. On a réussi à ne pas trahir l'essence du livre. On a seulement éliminé quelques personnages secondaires. Mais le noyau de l'histoire est bien présent.

Comment s'est déroulé le casting ?
Le casting a été très long parce que Martha est un personnage particulier et qui en plus devait parler le dialecte calabrais. Après plusieurs essais non concluants avec des actrices calabraises, on nous a dirigé vers Ludovica Martino. J’ai eu des doutes à la lecture de son CV, car elle est romaine et qu’elle avait tourné beaucoup de comédies commerciales. Mais quand je l’ai rencontrée, mes doutes sont tombés. Elle avait parfaitement compris l'histoire et elle était parfaite pour l'interpréter. Après cela, il a fallu trouver le bon acteur qui allait interpréter Lorenzo. Il ne fallait pas un acteur trop jeune, car on aurait quasiment créé un rapport amoureux entre les deux, ni trop vieux, car alors il y aurait eu un rapport de paternalisme. La bonne combinaison a été longue à trouver, mais on a eu la chance de trouver Marco Leonardi. Je dois dire que ces deux acteurs se sont beaucoup donnés pour ce film et ça se voit à l’écran.

Votre regard sur ce festival bastiais ?
J'ai découvert des personnes très intéressantes et motivées qui l’animent. Et s’il dure depuis de si nombreuses années ce n’est pas par hasard, c’est un très bon festival. En plus, il y a quelque chose de naturel dans cet échange entre Corse et Italie.

Des projets ?
Je suis en train d'écrire mon prochain livre. On verra après si on en fait un film ou pas.


*Programmation
Lundi 2 février à 19h à L’Alb’Oru
Mardi 3 février à 16h30 au Studio
Mercredi 4 février à 18h45 au Régent
Mardi 10 février à 19h au Studio