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Emmanuel Macron viendra-t-il en Corse ? : L’incertitude demeure !


Rédigé par Nicole Mari le Mardi 12 Mars 2019 à 21:20

Viendra ? Viendra pas ? Personne n’en sait rien ! Une seule certitude : le président de la République, Emmanuel Macron, ne viendra pas, comme annoncé, en Corse, à Cozzano, le 19 mars, dans le cadre du Grand débat national qu’il a lancé pour enrayer le mouvement des Gilets jaunes et sa dégringolade dans les sondages. Pour quelle raison ? Est-ce une annulation pure et simple ou juste un report ? Aucune explication n’a été fournie à cette heure.




Rencontre tendue entre le président de l'Exécutif corse, Gilles Simeoni, et le président de la République, Emmanuel Macron, en février 2018 à Ajaccio. Photo M. Luccioni
Rencontre tendue entre le président de l'Exécutif corse, Gilles Simeoni, et le président de la République, Emmanuel Macron, en février 2018 à Ajaccio. Photo M. Luccioni
Le tour de France d’Emmanuel Macron zappera-t-il la Corse ? Le président de la République, qui avait annoncé sa venue dans l’île dans le cadre du Grand débat, n’arrête pas de repousser la date. Annoncé d’abord pour fin février, puis pour début mars, le déplacement semblait finalement programmé pour le 19 mars. Les services de la Préfecture sillonnaient l’île pour trouver le bon endroit et avaient opté pour Cozzano, un petit village de 280 habitants de la haute vallée du Taravo, niché à 750 mètres d'altitude, que la Préfète de Corse, Josiane Chevalier, avait visité quelques temps auparavant. Une rumeur confirmée par le maire, Jean-Jacques Ciccolini, et la venue sur place d’une équipe de l’Elysée chargée d’organiser une réunion-débat avec les maires du rural. Une réunion qui se voulait de la même facture que celle qu’Emmanuel Macron anime chaque semaine un peu partout sur le territoire français, mais qui, vu le contexte corse, le contentieux qui s’englue et s’élargit entre l’île et Paris, et l’attitude méprisante du chef de l’Etat envers le pouvoir nationaliste, s’annonçait, tout de même, quelque peu tendue, voire chahutée.
 
Un terrain miné
Pour déminer un terrain glissant, Emmanel Macron avait, en février, tenté un coup de poker en conviant le Président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse, Gilles Simeoni, à un entretien en tête-à-tête à l’Elysée, en marge de sa rencontre avec les présidents des Conseils départementaux. Une invitation froidement déclinée par le leader nationaliste au regard de la situation de blocage politique instaurée par Paris : « De nombreuses demandes et attentes portées par la majorité territoriale nationaliste, et validées par le suffrage universel, n’ont malheureusement rencontré jusqu’à aujourd’hui qu’indifférence, refus, voire mépris… Dans ce contexte, la rencontre avec le Président de la République, si elle doit avoir lieu, ne peut se limiter à une visite protocolaire ou à la reconduction d’un constat de désaccord ». L’entretien, mué en un rendez-vous téléphonique, a finalement avorté, annulé par le président Macron à la dernière minute, sans autre forme de procès, ni explication. Personne dans l’île ne fut surpris !
 
Des appels à la mobilisation
La date de la visite présidentielle approchant, des appels à la mobilisation ont été lancés, notamment par le collectif Parlemu corsu qui manifestera le 23 mars pour la défense de la langue corse dans la réforme du Baccalauréat, ou l'Associu Patriottu pour protester contre la répression et le FIJAIT. Même appel à la mobilisation de Femu a Corsica qui a demandé, lundi, solennellement, au président de la République de ne pas venir dans l’île sans avoir, auparavant, donné des « gestes forts » d’ouverture et des « signes tangibles » de prise en compte des revendications insulaires. « On ne peut pas accepter que la seconde visite du président de la République se passe de la même façon : soit un show sur le plan de la communication, soit une parodie de consultation qui s’inscrit dans le canevas marketing de son grand débat national !... Ce serait mettre de l’essence sur de la braise !... La Corse entière attend autre chose », expliquait dans nos colonnes son Secrétaire national, Jean-Félix Acquaviva, député de la circonscription de Corte-Balagne. Sans parler du retour surprise des attentats non revendiqués dont on ne sait pas s’ils ont un lien ou non avec ladite visite.
 
Un report sine die
Quoiqu’il en soit, l’affaire semblait en bonne voie. La préfète justifiait son absence à l’inauguration de la déviation de Propriano et du tunnel de Viggianellu, mardi matin, pour cause de préparation de la visite présidentielle. « Retenue par la visite préparatoire au prochain déplacement du Président de la République, la préfète ne pourra assister à l’inauguration de la déviation de Propriano, comme elle l’avait prévu en choisissant la date avec le président de l’Exécutif », indiquait, lundi, la préfecture de Corse dans un communiqué. Au même moment était annoncée, pour les mêmes raisons, la venue, vendredi, de la ministre en charge des territoires, Jacqueline Gourault. Et puis voilà, qu’en fin de journée, on apprend subitement que le voyage présidentiel du 19 est annulé sine die. Sans aucune autre explication. Les services de l’Etat pataugent à donner plus d’informations. Aucun motif n’est avancé pour justifier l’annulation. Aucune nouvelle date n’est programmée. Jacqueline Gourault, interpelée dans les couloirs de l’Assemblée nationale par les députés de Per a Corsica, botte en touche et explique que, pour sa part, elle vient comme prévu en Corse, mais que son voyage n’a rien à voir avec celui du président de la République. Elle ne vient que dans le cadre de ses fonctions ministérielles effectuer une revue des projets en cours, notamment des PETR et autres contrats locaux… De la visite du président Macron, point nenni ! Balayée d’un revers de main !
 
Une dérobade ?
Néanmoins, l’annulation a tout d’une dérobade. « Comme on le pressentait, cette visite était très peu préparée et sans contenu véritable par rapport aux demandes et attentes de la Corse. Les signes solennels, qui ont été demandés, et les signes de mobilisation, qui ont été constatés sur le terrain, l’ont certainement fait, soit annuler, soit reporter. Cette visite ne pouvait pas se dérouler dans le cadre très général qui avait visiblement été pressenti et qui aurait été totalement anachronique avec ce que vit et attend la Corse », commente, à chaud, le député Jean-Félix Acquaviva. Il est vrai que le comité d’accueil et la mobilisation, qui ont commencé à se mettre en place de toutes part, ont de quoi faire reculer un président de la République qui soigne son image de rassembleur à une période toujours critique pour lui. Même s’il remonte dans les sondages, sa situation reste fragile. Ce n’est pas vraiment le moment de déraper sur une peau de banane corse ! D’autant qu’il lui faudra beaucoup de talent, si jamais il vient, pour faire oublier la désastreuse visite de février 2018 et le mépris dans lequel il enferme, depuis lors, la représentation insulaire et par là-même, toute l’île.
 
N.M.



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