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Emmanuel Macron en Corse : Les enjeux d’une visite et d’une parole attendues


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 5 Février 2018 à 23:15 | Modifié le Mardi 6 Février 2018 - 08:04


Que dira le président de la République, Emmanuel Macron, pour sa première visite présidentielle dans l'île ? C’est la seule véritable question qui hante les esprits à quelques heures de sa toute première prise de parole sur la question corse. Aux revendications du pouvoir insulaire et des Nationalistes qui l’appellent à « saisir une chance historique », le Chef de l’Etat oppose, pour l’instant, des exigences protocolaires, fixe un ordre du jour qui laisse songeur, et s’entoure d’un aréopage peu porté à la conciliation. Saura-t-il saisir cette opportunité d’avancer, comme on lui demande, vers le sens de l’histoire ? Pas si sûr…


Emmanuel Macron, lors de sa visite en Haute-Corse, à Vescovato, pendant la campagne des présidentielles.
Emmanuel Macron, lors de sa visite en Haute-Corse, à Vescovato, pendant la campagne des présidentielles.
Ce sera sa première parole publique sur la question corse depuis son accession au plus haut niveau de l’Etat. Une parole en trois temps : une commémorative, mardi matin à Ajaccio, en hommage au préfet Claude Erignac assassiné il y a tout juste 20 ans, une à huis-clos concédée, en fin d’après-midi à la Collectivité de Corse, aux deux plus hauts responsables de l’île, les présidents nationalistes de l’Exécutif, Gilles Simeoni, et de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, enfin une politique avec un discours d’1h30 en clôture de visite, mercredi après-midi, au centre culturel Alb’Oru à Bastia.
 
Une parole commémorative
La première est la plus symbolique, la plus sensible, pour ne pas dire la plus attendue, à plus d’un titre. D’abord, parce que l’ordre du jour et l’aréopage qui accompagne le président ont été particulièrement pensés, pesés et soupesés, chaque étape a une lourde signification politique… Emmanuel Macron a voulu que le premier discours, qu’il prononce dans l’île, célèbre la mémoire du représentant de l’État en présence de sa famille et du ministre de l’Intérieur de l’époque, Jean-Pierre Chevènement. Ce dernier, toujours aussi hostile, verse, avant même de mettre le pied en Corse, dans la provocation gratuite : « La quasi-totalité du camp nationaliste a été complice de l’assassin du préfet durant sa cavale », déclare-t-il dans le quotidien Le Monde. Ensuite, parce que cet hommage est, selon l’entourage du Chef de l’Etat, la principale raison de sa venue dans l’île, et qu’il soulève un malaise avant même d’avoir été prononcé. Prudents, les leaders nationalistes appellent Emmanuel Macron à faire acte d’apaisement. « Si le président veut être à la hauteur des enjeux, il doit, aussi, trouver les mots et les façons d’exprimer ce souvenir afin que ce 20ème anniversaire soit le moment de commencer à construire une nouvelle relation qui suppose que les douleurs réciproques, d’un côté et de l’autre, soient prises en compte. Je pense que la lucidité politique, l’importance des enjeux, la perspective de tourner définitivement la page des conflits doivent le conduire à prendre une initiative forte et à dessiner un cadre du dialogue qui soit véritablement propice à la construction partagée d’une solution politique globale », déclarait, il y a quelques temps, Gilles Simeoni, dans nos colonnes. Le président de l’Exécutif assistera à la commémoration comme il l’a toujours fait depuis sa prise de fonction et pour les mêmes raisons.
 
Une parole à huis-clos
La seconde prise de parole présidentielle se fera à huis-clos, en fin de journée, avec les deux présidents nationalistes. Une rencontre validée lundi après-midi ! De quoi s’interroger sur ce suspense entretenu jusqu’à la dernière minute ? Peut-on parler d’une mise en scène présidentielle, jupitérienne, pour ne pas se laisser imposer le tempo face à la pression nationaliste qui s’exerce autant dans les médias que dans la rue ? Quoiqu’il en soit, le rendez-vous est programmé pour 19 heures, mais les Nationalistes eux-mêmes avouent en ignorer la teneur et la durée. La seule certitude, c’est la présence, exigée par le président de la République, d’un drapeau français à côté des drapeaux corse et européen. Une exigence protocolaire diplomatiquement acceptée par les Indépendantistes !
Entretemps, Emmanuel Macron s’offre un entretien inattendu avec le maire LR d'Ajaccio, Laurent Marcangeli, suivie d’une balade dans la cité impériale. Il ne se rendra pas, comme prévu, à Bonifacio. Une visite annulée qui sonne comme une sanction à l’encontre du maire Jean-Charles Orsucci, chef de file des élus macronistes insulaires, et de son groupe « Andà per dumane ». Leur faute : avoir voté la résolution solennelle de l’Assemblée de Corse que les leaders nationalistes remettront au président Macron. Une résolution articulée autour de quatre points : un dialogue sans tabou, ni préalable, la question institutionnelle, le rapprochement des prisonniers politiques, les ressources de la nouvelle collectivité unie. Plutôt surpris par cette mise à l’index, Jean-Charles Orsucci s’étonne : « Cette résolution est totalement en phase avec le discours que le candidat Macron avait prononcé à Furiani lorsqu’il était venu en Corse en avril dernier pendant la campagne ! Je ne vois pas en quoi elle est en contradiction avec ce que dit le gouvernement ». C’est bien là toute la question !
 
Une parole politique
Ces deux paroles, l’une publique et l’autre privée, scanderont les deux temps forts de cette première journée et décideront, en tous cas pour le pouvoir nationaliste, la suite à donner à cette visite qui sème, dans son avant-sillage, autant d’espoir que d’incertitudes et de craintes. La troisième et dernière prise de parole, mercredi après-midi, se veut politique. On peut néanmoins s’étonner du choix du lieu, le centre culturel Alb’Oru à Bastia, pour prononcer un discours d’une heure et demi, auxquels les maires sont conviés, et qui devrait livrer la vision macronienne de l’avenir institutionnel de la Corse. Inscription de la Corse dans la Constitution sous l’article 72 avec le simple jeu d’un droit à la différenciation comme n’importe quel autre territoire de la République ? Ou, comme le demandent les Nationalistes, dans l’article 73 ou 74 à l’instar d’un territoire ultramarin pour la reconnaissance de la spécificité insulaire ? Ce sera, donc, la parole de vérité d’un président qui se dit girondin, mais se révèle très jacobin dans l’exercice du pouvoir. Saura-t-il comprendre le sens de l’histoire pour saisir ce que les Grecs appelaient le kairos, le moment opportun, cet instant décisif à ne pas laisser passer, cette opportunité historique qui est, en soi, un point de bascule ? Quoi qu’il en soit, il y a, toujours, un avant et un après kairos !  Pour sa première visite dans une île dirigée par des Nationalistes, et sa première prise de parole sur la question corse en tant que président de la République, Emmanuel Macron, qu’il le veuille ou non, se retrouve confronté à ce kairos. Qu’en fera-t-il ? Réponse dans quelques heures…
 
N.M.
 



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