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Economie circulaire : La Corse pourrait être un bon terrain d’expérimentation


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 18 Février 2019 à 21:21

Zéro déchets, zéro gaspi. Ne plus jeter, mais réparer, recycler, réutiliser, changer nos modes de production-consommation et les recentrer sur les ressources disponibles, c’est tout l’enjeu de l’économie circulaire. L’ONU en fait une nécessité pour lutter contre le réchauffement climatique et un des deux futurs grands facteurs de croissance et d’emploi. L’Europe s’y attelle. En France, un projet de loi, qui sera présenté à l’Assemblée nationale, l’été prochain, prévoit l’instauration d’une fiscalité incitative. En Corse, Femu a Corsica en a fait le sujet de sa première conférence politique qui s’est tenue, lundi matin, à l’Auditorium du Musée de Bastia, animée par son Secrétaire national et député de Corte-Balagne, Jean Felix Acquaviva, et le député des Bouches-du-Rhône et Président de l’Institut d’économie circulaire, François Michel Lambert. Ce dernier explique, à Corse Net Infos, que la Corse, île à forte identité, est un bon terrain d’expérimentation pour repenser les modèles, notamment en termes de déchets.




François Michel Lambert, député des Bouches-du-Rhône et Président de l’Institut d’économie circulaire.
François Michel Lambert, député des Bouches-du-Rhône et Président de l’Institut d’économie circulaire.
- Qu’est-ce que l’économie circulaire ?
- C’est une économie qui recentre notre modèle de développement autour des ressources disponibles. Nous sommes sur une planète qui est comme un vaisseau spatial avec ses limites, or nous gaspillons beaucoup trop nos ressources, à tel point que l’humanité consomme l’équivalent de deux planètes par an alors que nous n’en n’avons qu’une seule qui se régénère ! Il est temps de trouver un modèle beaucoup plus inclusif qui cherche à mieux utiliser les ressources et à ne pas les gaspiller.
 
- Concrètement, quels sont les champs d’application de cette économie ?
- Le premier gaspillage de ressources, ce sont les déchets. Il faut passer à un modèle où il n’y a plus de déchets, mais des ressources dites à régénérer, que ce soit du plastique, de la matière organique… ou des matières issues du bâtiment. C’est le premier des axes. Mais recycler le passé, recycler notre modèle ne suffira pas si on continue à consommer et à extraire de plus en plus de matières. A un moment donné, nous atteindrons la limite. Donc, le deuxième enjeu est de mieux utiliser les ressources au quotidien. Prenons un exemple : la voiture. Elle peut être bien recyclée, mais si elle ne sert à rien pendant dix ans de sa vie, c’est un gaspillage de ressources. Partager la voiture, mettre quatre personnes à bord plutôt qu’une seule, allonger sa durée de vie… sont des actions qui préservent la ressource en amont.
 
- Cela ne suppose-t-il pas un changement radical de mentalités ?
- Cela suppose surtout de la patience et de comprendre qu’il faudra plusieurs générations pour transformer les choses. Il faut saisir dès aujourd’hui que nous pouvons le faire. Ne plus penser déchets, mais être en capacité de faire des ressources. Ne plus être propriétaire de certains objets comme la voiture ou la machine à laver… Demain, de nouveaux modèles apparaîtront. Après-demain, d’autres… C’est un long chemin. Notre société a 150 ans de révolution industrielle. Elle ne s’est pas créée en une génération, mais en plusieurs. De la même façon, le chemin de l’économie circulaire se fera sur plusieurs générations. Mais, il faut bien commencer un jour, c’est tout l’enjeu d’aujourd’hui avec la question des déchets et celle de mieux utiliser les ressources, de sortir d’une société de la propriété pour aller vers une société d’achat de l’usage, une société de la fonctionnalité.
 
- L’économie d’usage ne va-t-elle pas à l’encontre du modèle actuel dominant, basé sur l’hyper consommation et le tout jetable ?
- Tout à fait ! Notre modèle économique ne compte que les résultats financiers immédiats. Rentrer dans un nouveau modèle est nécessaire. Cela peut paraître utopique, mais ce sont des chemins qui débutent. Dans le monde du textile par exemple, il faut imaginer ne plus être forcément propriétaire de tous ses habits. Il existe déjà des modèles où l’on n’est pas propriétaire de son jeans : on paye un forfait mensuel, 5 € par mois, qui donne droit à porter un jeans qui ne nous appartient pas. A la fin de vie du jeans ou si on veut changer de couleur, on le redonne au vrai propriétaire qui est l’acteur économique. Il le remettra à un autre usager ou transformera la matière en isolant…, la valorisera et évitera qu’on la gaspille. C’est un des chemins sur lequel nous pouvons nous engager en nous appuyant sur la révolution numérique qui permet de gérer des informations très complexes et d’effectuer ces petites transactions. Pour cela, il faut de nouvelles solutions technologiques, des changements de comportement, mais aussi des nouvelles constructions de modèle économique.

- Que représente, aujourd’hui, l’économie circulaire en France ?
- En France, tout ce qui fait société est mobilisé - les grandes et petites entreprises, les grandes et petites collectivités, les parlementaires, le gouvernement, les ONG, les écoles, les universités, les experts… - pour poser les bases des étapes de cette transformation. Parce c’est une trajectoire à long terme, il faut attraper au fur et à mesure les opportunités, comme de nouvelles fiscalités. Nous ferons bientôt baisser la fiscalité sur la réparation, ce qui invitera à ne pas jeter, mais à faire réparer son produit ménager, ses chaussures ou son pantalon. Cela coûtera moins cher que d’acheter du neuf. Il faut une réglementation pour bloquer les mauvaises pratiques, notamment le jetable instantané, comme le plastique à usage unique, ou encore les pneus.
 
- Quel est la problématique des pneus ?
- Les pneus sont une calamité dans les îles. Ils sont très souvent abandonnés, les eaux y stagnent et accueillent les moustiques. On réfléchit à n’autoriser dans les îles des Antilles que des pneus rechapés parce qu’ils durent plus longtemps et peuvent être recreusés. Les îles en importeront moins et, donc, en jetteront moins. Au lieu d’importer des pneus, des professionnels sur le territoire travailleront à allonger sa durée de vie en le réparant, le rechapant ou le recyclant. Des pneus perdus dans la nature ont un impact sanitaire, mais aussi économique. On imagine même que le consommateur n’achètera plus son pneu, mais des kilomètres d’usage du pneu. Par exemple, il posera un train de pneu de 20 000 kms sur sa voiture. Au bout d’un an, s’il a fait plus de kms, il payera l’équivalent et changera de pneu. Il ne sera plus propriétaire du pneu, mais aura l’assurance d’avoir toujours le meilleur pneu pour sa voiture. Ce nouveau modèle, qui existe déjà pour les poids lourds, peut être rapidement mis en place pour les particuliers, notamment dans les espaces insulaires. C’est un des enjeux sur lequel nous avançons. Cette économie re-territorialisée préserve la ressource, la gaspille moins puisque le pneu dure plus longtemps, et est créatrice de richesses sur son territoire.
 
- Un projet de loi est à l’étude. En tant que parlementaire, quel est son enjeu ?
- Le parlementaire doit faire évoluer la fiscalité pour favoriser les nouveaux modèles ou bloquer les modèles néfastes, donner des moyens financiers, inciter avec la commande publique à cette transformation… Le chemin dans le quotidien nous semble inatteignable, mais je peux vous dire, avec six ans de recul, que nous avançons. En France notamment, nous avançons relativement vite parce que l’ensemble de la société est prête et non parce que des acteurs économiques le veulent et en font leur nouveau credo capitalistique ou parce que des politiques veulent l’imposer à tous prix contre la société. Chacun à sa place, dans un dialogue au niveau national et dans des structures comme l’Institut national de l’économie circulaire, nous travaillons à déterminer les étapes que nous devons porter.

- Comment la Corse pourrait-elle s’insérer dans ce cadre ?
- La force de la Corse est d’être en résonance avec l’économie circulaire dont le principe est de ne pas singer, pas copier les modèles économiques que l’on voit partout dans le monde. C’est au contraire la capacité de regarder comment, avec les ressources dont on dispose sur son territoire - les matières premières, qu’elles soient naturelles ou liées à la consommation-production - répondre aux besoins de sa population. Il faut pour cela être en résonnance avec la culture de sa population. La Corse est insulaire, donc elle peut maîtriser son territoire et ses flux, et elle a une forte identité. Elle m’intéresse beaucoup en tant que terrain d’expérimentation pour repenser nos modèles en commençant par la question des déchets.
 
- C’est-à-dire ?
- L’idée est d’inventer une nouvelle relation aux déchets, basée sur la captation différenciée pour les valoriser et ne pas être submergé par leur volume. Comme c’est une île à forte identité, la Corse peut interdire, plus que le continent, certaines matières et produits, certains comportements et façons de vendre pour réduire la charge en termes de déchets. Elle peut s’autoriser à aller bien plus loin avec des résultats très rapides. C’est pourquoi nous souhaitons travailler dans un échange gagnant-gagnant. Nous avons des données et des modèles, nous cherchons des terrains d’expérimentation. La Corse peut être l’un de ses terrains sur lequel nous démontrerons que cette transformation peut être positive, créatrice de richesses et d’emplois dans les territoires.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.



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