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Drames à Aleria pendant la Grande Guerre


Rédigé par le Dimanche 17 Juin 2018 à 14:56 | Modifié le Dimanche 17 Juin 2018 - 15:41


« Corse, terre d’accueil, terre d’exil 1914-1918 », de Simon Giuseppi, paru récemment aux Editions Alain Piazzola, accorde une place importante aux évènements qui ont marqué le début de la Grande Guerre sur la côte orientale et plus particulièrement à l’ancien pénitencier de Casabianda. L’auteur, invité de la communauté des communes de l’Oriente et de la Mairie d’Aleria, a insisté, lors de la conférence qu'il a donnée récemment à Aleria, sur le drame qui a confronté les premiers prisonniers de guerre allemands arrivés à Casabianda entre septembre et novembre 1914 aux autorités civiles et militaires en Corse et à la direction du camp. L’occasion était donc belle, pour le public de la micro-région de découvrir, pour la circonstance, un pan plutôt méconnu de son histoire récente.


Casabianda : Rassemblement de prisonniers turcs, gamelle à la main
Casabianda : Rassemblement de prisonniers turcs, gamelle à la main
Dès le début des hostilités, les pénitenciers insulaires de Casabianda, Chiavari et Castelluccio ont été désignés par le ministère de la Guerre pour recevoir des prisonniers de guerre. Casabianda était déjà opérationnel au mois de septembre. Puis, au mois de novembre, est arrivé, venu d’un camp de tri sur l’île de Frioul au large de Marseille, un convoi constitué d’une centaine d’Allemands, les équipages et les passagers de plusieurs navires capturés en mer. Par convention internationale ces personnes étaient à considérer comme prisonniers de guerre, mais pour les intéressés ce statut semblait impropre et injuste.


Et parmi les passagers se trouvaient des intellectuels, un groupe de 8 religieux et deux médecins, qui ont tout fait pour exploiter le doute qui les entourait, exigeant des privilèges et refusant la discipline et les corvées qui leur incombaient. Cette contestation systématique a exaspéré la direction et les gardes et a eu comme conséquence de provoquer des représailles et une répression accrue.

Une commission de la Croix-Rouge Internationale qui s’est rendue à Casabianda a entendu les plaintes de maltraitement et mauvaises conditions de détention et même des affirmations sans fondement formulées par les médecins allemands que le paludisme présent dans le domaine mettait leur vie en danger.


Le cas de Casabianda, exploité à fond par la presse allemande, a créé ainsi un incident diplomatique entre l’Allemagne et la France qu’il a fallu désamorcer par le déplacement des prisonniers vers le couvent de CervionI ou dans des campements près des chantiers.
Les Allemands ont été remplacés par des prisonniers turcs et autres qui n’ont pas souffert du paludisme tant redouté par les Teutons.


Une évasion réussie
L’historien a raconté l’unique cas d’une évasion réussie ; une équipe de 5 marins allemands partis de Casabianda a volé à Cateraggio une embarcation à rame avec laquelle elle a réussi à rejoindre la Sardaigne et de là la Patrie. Le récit de ce voyage écrit par le meneur du groupe, Anton Wolf, a été publié en Allemagne mais n’a pas trouvé de traducteur français.
D’autres tentatives d’évasion, intervenues pendant cette période trouble à Casabianda, ont échoué. On n’a pas connu ce phénomène dans les autres camps de prisonniers militaires et dépôts d’internés civils.


La guerre en mer autour de la Corse
Parmi les nombreux faits peu connus concernant le sud-est de l’île que Simon Giuseppi a présentés est le déploiement à Bonifacio, même avant la déclaration de la guerre en août 1914, d’un escadron d’hydravions de l’Aviation Maritime, chargé de la surveillance des mouvements de bâtiments étrangers dans la zone entre la Corse et la Sardaigne.
Les quatre appareils ont été réaffectés à Saint-Raphaël mais pendant la plupart de la guerre d’autres hydravions ont été basés à Ajaccio, Bastia et Calvi.
Une usine à Mezzana, près d’Ajaccio, fabriquait des ballons captifs qui, avec les avions, représentaient la réponse de la France aux sous-marins allemands.

Une exposition à ne pas manquer
Simon Giuseppi a laissé à Aleria jusqu’à fin juin une exposition intéressante comprenant des photos et des œuvres d’art. Les photos, d’une très grande qualité et datant de 1916, concernent tous les camps et dépôts corses et toutes les catégories d’étrangers présentes en Corse à cette époque, prisonniers de guerre, internés civils et réfugiés. Les œuvres d’art sont le fruit du talent et du travail des nombreux artistes qui ont été arrêtés dans la partie méridionale de la France, évacués en Corse et détenus dans les anciens couvents de Corbara, Cervione, Oletta, Morsiglia et Luri. Tout le monde est invité à découvrir cette exposition et en même temps l’excellente bibliothèque de prêt d’Aleria, (adresse, no.de tél et horaires)


Pour ceux qui s’intéressent à leur histoire locale, les livres présentés à Aléria comprennent :
Simon Giuseppi  - « Corse, terre d’accueil, terre d’exil  1914-1918 »  Editions Alain Piazzola
 et « L’internement à Corbara de civils austro-allemands 1914-1920 »  Editions Alain Piazzola
Joseph Rink - «Quatre années de captivité en Corse» traduit de l’allemand par Jean-Louis Spieser  - Editions Alain Piazzola
Dr Max Brausewetter - «Prisonnier des Français» traduit de l’allemand par Jean-Louis Spieser  - Editions de la Fenestrelle.


Dimanche dernier, le 10 juin, à l’occasion de la troisième édition du festival « Un libru in Paese », Simon Giuseppi est allé à la rencontre de ses lecteurs à Oletta.
Dans cette commune aussi, pendant la Grande Guerre, des centaines d’internés civils austro-allemands, arrêtés en France dès le début des hostilités, ont été détenus dans le couvent désaffecté Saint-François. Un chapitre du livre de Simon Giuseppi, consacré à cet incident dans l’histoire récente du lieu, est richement illustré de photos et de dessins aquarellés.
Les organisateurs du festival ont, d’ailleurs, remis à Simon Giuseppi pour son ouvrage le prix de la ville.




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