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Déchets en Corse : François Filoni presse les élus d'accélérer les centres de tri de Monte et Mezzana


Patrice Paquier Lorenzi le Lundi 20 Juillet 2026 à 07:52

Huit jours après les décisions du tribunal administratif de Bastia validant le centre de tri de Monte tout en annulant le Plan territorial de prévention et de gestion des déchets de la Collectivité de Corse, le délégué territorial du Rassemblement national, François Filoni, est monté au créneau. Lors d'une conférence de presse organisée samedi à Ajaccio, il a appelé les élus à dépasser les oppositions locales et à accélérer la réalisation des centres de tri et de valorisation, qu'il présente comme la seule alternative crédible au tout-enfouissement.



La décision rendue le 10 juillet par le tribunal administratif de Bastia continue d'alimenter le débat sur l'avenir de la gestion des déchets en Corse. Si les magistrats ont validé le projet de centre de tri et de valorisation de Monte, en Haute-Corse, ils ont en revanche annulé le Plan territorial de prévention et de gestion des déchets (PTPGD) adopté par l'Assemblée de Corse en juillet 2024, estimant qu'il reposait sur des données insuffisantes et présentait plusieurs irrégularités majeures. C'est dans ce contexte que François Filoni et les membres du RN ont tenu une conférence de presse à Ajaccio afin de défendre ce qu'il considère comme un tournant décisif dans la politique insulaire des déchets. Pour l'élu, ces deux décisions de justice adressent un message clair : si la stratégie régionale doit être repensée, les infrastructures de tri, elles, disposent désormais d'une légitimité juridique pour avancer.
 

« Arrêter d'enterrer des ressources »

Au cœur de son argumentaire, François Filoni dénonce un système qu'il juge dépassé, reposant presque exclusivement sur l'enfouissement des déchets ménagers. Selon lui, la Corse continue d'expédier directement en centre de stockage une grande partie des ordures ménagères résiduelles, faute d'installations capables d'effectuer un surtri avant leur enfouissement. Le responsable du RN rappelle que les deux centres d'enfouissement encore en activité, à Prunelli-di-Fiumorbu et Viggianello, fonctionnent déjà au-delà de leurs capacités initiales grâce à des dérogations préfectorales successives. Une situation qu'il estime financièrement et écologiquement intenable. « Nous payons parmi les taxes d'ordures ménagères les plus élevées de France pour continuer à enterrer des déchets dont une large partie pourrait encore être recyclée ou valorisée », a-t-il résumé, estimant que le recours massif à l'enfouissement entraîne une hausse constante de la fiscalité pesant sur les ménages.
 

Une facture qui ne cesse de grimper

François Filoni s'est attaché à détailler les conséquences économiques du modèle actuel. Selon les chiffres présentés lors de la conférence de presse, la gestion des déchets représenterait environ 306 euros hors taxes par habitant et par an en Corse, tandis que la taxe d'enlèvement des ordures ménagères atteint notamment plus de 20 % à Ajaccio. Il rappelle également que la taxe générale sur les activités polluantes (TGAP), appliquée à l'enfouissement, augmente progressivement et que les dépassements des capacités autorisées peuvent entraîner des pénalités supplémentaires. Pour François Filoni, cette évolution était prévisible depuis plusieurs années. « Chaque année de retard dans la construction des équipements se traduit par davantage d'enfouissement, davantage de taxes et une facture toujours plus lourde pour les contribuables », a-t-il insisté.
 

Monte validé, Mezzana attendu

L'élu voit dans la validation judiciaire du centre de tri de Monte une étape déterminante pour moderniser la gestion des déchets en Haute-Corse. Selon les données avancées lors de la conférence de presse, cette installation devrait permettre de recycler ou composter une partie importante des déchets entrants, d'en transformer une autre en combustible solide de récupération (CSR) et de réduire de plus de moitié les volumes destinés à l'enfouissement dans le nord de l'île.
 

Mais François Filoni estime que le véritable enjeu concerne désormais le bassin ajaccien. Il demande à la CAPA, au Syvadec et aux services de l'État d'accélérer le projet de centre de tri et de valorisation de Mezzana, à Sarrola-Carcopino, dont le calendrier prévoit actuellement un démarrage des travaux en 2028 pour une mise en service en 2030. « Chaque hésitation politique représente plusieurs années supplémentaires d'enfouissement et de surcoûts pour les habitants », a-t-il estimé, appelant les collectivités à engager rapidement toutes les procédures nécessaires.
 

Des oppositions locales directement visées

Sans citer longuement ses adversaires, François Filoni s'en est également pris aux élus opposés aux projets de centres de tri, dénonçant une logique du « pas chez moi ». Il estime que certains responsables locaux refusent ces équipements sur leur territoire tout en continuant à envoyer leurs déchets vers les centres d'enfouissement existants. Selon lui, les recours administratifs déposés contre le projet de Monte illustrent cette stratégie de blocage, désormais désavouée par la justice. Il appelle ainsi les élus corses à dépasser les oppositions locales pour construire les infrastructures jugées indispensables à la réduction de l'enfouissement.
 

Le plan territorial à reconstruire

Au-delà de la question des équipements, François Filoni considère que l'annulation du Plan territorial de prévention et de gestion des déchets constitue un véritable avertissement adressé à la Collectivité de Corse. Le tribunal administratif a notamment reproché au document l'insuffisance des informations environnementales soumises à l'enquête publique, l'absence de données suffisamment fiables sur les gisements de déchets ainsi que le non-respect de plusieurs objectifs fixés par la réglementation nationale en matière de réduction de l'enfouissement et de valorisation des déchets.
 

Pour le responsable du RN, cette décision confirme la nécessité de revoir entièrement la stratégie régionale tout en poursuivant la réalisation des infrastructures déjà validées par la justice. « La stratégie est à reconstruire, mais les outils existent désormais. Il faut maintenant les réaliser », a conclu François Filoni, appelant à « sortir définitivement du tout-enfouissement » pour limiter les coûts, préserver les ressources naturelles et répondre aux exigences environnementales des prochaines années.