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Clash à l’Assemblée de Corse : La droite quitte l’hémicycle et suspend ses délégations


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 17 Janvier 2018 à 00:01 | Modifié le Mercredi 17 Janvier 2018 - 18:41


Ce fut un clash surprise en toute fin de séance. L’objet inattendu de la discorde entre la majorité territoriale et l’opposition : le changement de mode de désignation des élus territoriaux qui siègeront au syndicat de l’énergie de Corse du Sud, ex-syndicat d’électrification. Un scrutin, non plus à la proportionnelle, mais à la liste majoritaire bloquée dont l’enjeu est l’élection du futur président dudit syndicat. Résultat : aucun siège à l’opposition qui crie au déni de démocratie. Les deux listes de droite quittent l’hémicycle et suspendent leur délégation dans les différents Conseils d’administrations, hormis les Commissions organiques. La majorité réplique que le fait démocratique est le fait majoritaire et que les Corses l’ont élue pour changer les choses.


Les deux groupes de droite en conférence de presse après le clash.
Les deux groupes de droite en conférence de presse après le clash.
C’est sur un dossier mineur, en toute fin de séance, une désignation d’élus de l’Assemblée de Corse pour siéger dans un organisme satellite dépendant de la nouvelle collectivité unie, que l’hémicycle, qui avait ronronné tout l’après-midi dans des votes identiques, s’est brutalement animé ! Prenant l’Exécutif et la majorité par surprise, l’opposition est passée à l’offensive. L’objet de sa colère : le changement de scrutin de la liste des huit membres appelés à siéger au syndicat mixte de l’énergie, ex-syndicat mixte d’électrification, de Corse du Sud. « Historiquement, le principe, qui prévaut pour désigner ces membres, est la proportionnalité qui reconnaît le fait majoritaire, mais qui reconnaît aussi le rôle de l’opposition. Ce fut le cas tout au long de l’après-midi », explique Jean-Martin Mondoloni, leader du principal groupe d’opposition de droite « A Strada di l’avvene ». Grosso modo, lors d’une désignation de 14 conseillers, 10 sont issus de la majorité, deux du groupe de Jean-Martin Mondoloni, un du groupe libéral « Voir plus grand » de Valérie Bozzi, et un du groupe LREM « Andà per dumane » de Jean-Charles Orsucci. « En fin de séance, les Nationalistes changent le mode de scrutin concernant la liste pour le syndicat de l’énergie de Corse du Sud qui n’est plus désignée à la proportionnelle, mais au scrutin majoritaire bloqué. L’opposition réclamait un siège pour être représentée, ils ont refusé catégoriquement ! Conséquence, la majorité a huit sièges, l’opposition : zéro ! ».
 
Un enjeu verrouillé
Les deux listes de droite crient au scandale, soutenue par la troisième liste d’opposition. Mais, la majorité ne cède pas d’un pouce. C’est que l’enjeu est bien moins mineur qu’il n’y paraît. Il s’agit, in fine, de la présidence dudit syndicat. Ce sont les 192 maires de Corse du Sud qui votent pour choisir le président au sein du collège désigné par l’Assemblée. « Cela pose trois problèmes. Le premier, c’est l’exercice de la démocratie dans l’hémicycle parce que la démocratie, c’est la reconnaissance de l’opposition qui, là, n’est pas reconnue. Le second, c’est un problème de démocratie représentative au sein du syndicat. Tout ce que nous demandions, c’est que les maires puissent choisir, parmi ce collège de huit membres, un élu soit de l’opposition, soit de la majorité. Le choix avec 7 membres sur huit issus de la majorité territoriale était déjà assez fermé. Avec 8 membres sur 8, il est verrouillé ! Les maires n’ont pas le choix ! Ils sont obligés d’élire un président nationaliste. Enfin, cela pose un problème quand à la façon dont les Nationalistes souhaitent exercer la majorité absolue. L’usage, c’est quand même la recherche de consensus. Avec cette façon de faire, on rentre dans des comportements hégémoniques qui ne sont pas bons pour le fonctionnement de la démocratie et qui sont de mauvais augure quand à la suite de nos travaux », commente Jean-Martin Mondoloni.
 
Un tripatouillage inédit 
Le leader de droite n’hésite pas à parler de « tripatouillage inédit au sein de l’Assemblée ! ». D’autant, estime-t-il, que personne ne peut préjuger du choix que feront les maires du Sud. « Ce qui est grave pour la démocratie, c’est que les Nationalistes n’acceptent pas le risque, ils n’acceptent pas qu’un autre candidat puisse être élu. C’est aux maires de choisir, pas à eux ! Ils veulent que rien ne leur échappe et, là, absolument rien ne leur échappe ! Leur victoire les emmène à exercer la majorité absolue dans tous les organismes satellites dépendant peu ou prou de la collectivité. » Pour lui, le jeu n’en vaut pas la chandelle : « Dans le contexte actuel de raz-de-marée nationaliste, je ne vois pas quelle inquiétude pourrait nourrir cette majorité ultra-hégémonique. Et puis même, cela aurait été une goutte d’eau dans un océan de victoire ! ». La droite quitte l’hémicycle et suspend ses délégations votées tout au long de l’après-midi. « Nous considérons que le travail effectué est de nature à être remis en cause. Si la majorité nous avait annoncé la règle en début d’après-midi, ça n’aurait pas été la même chose. Pourquoi n’ont-ils pas adopté cette règle pour tous les autres organismes Pas question de travailler dans ces conditions ! ».
 
Un mauvais marqueur
La droite met en balance un autre enjeu acté dans la journée. « La majorité nous a réunis en conférence des présidents en nous expliquant qu’elle voulait aller à Paris en portant un message commun, partagé par tous les groupes politiques. Le but était de trouver des éléments de langage commun face à Emmanuel Macron et Edouard Philippe qu’elle rencontre lundi prochain. Nous nous sommes prêtés à ce jeu-là. Nous sommes des démocrates et nous n’avons rien contre l’idée de travailler ensemble et de rechercher les points de convergence. Mais là, c’est un très mauvais signal qui vient d’être envoyé ! C’est un très mauvais marqueur qui est donné en début de mandature ! », poursuit Jean-Martin Mondoloni. Néanmoins, il n’entend pas pratiquer la politique de la chaise vide, mais faire preuve de responsabilité. L’affaire aura au moins eu le mérite de décrisper les relations entre les deux listes libérales qui ont fait front commun dès cette première session. Une façon de montrer que les amertumes peuvent se fondre dans des intérêts partagés. Si la troisième liste d’opposition a soutenu sur le principe ses consoeurs, Jean-Charles Orsucci et ses colistiers sont restés sur leurs bancs. Le leader macroniste a précisé que s’il avait été élu, il n’aurait pas brigué la présidence du syndicat.

Le fait majoritaire
Le départ de la droite jette un certain malaise dans l’hémicycle sans pour autant perturber le vote, ni même la majorité territoriale qui parle de coup politique. Sa riposte est toute aussi nette et tranchante. Pour elle, la démocratie, c’est l’opposition qui la bafoue. « La démocratie, c’est le fait majoritaire ! Selon le mode de scrutin appliqué dans ce syndicat, n’importe lequel des huit membres désignés par l’Assemblée de Corse peut être élu président. Ça veut dire que le seul membre de l’opposition peut être élu face aux sept de la majorité. C’est cela qui est antidémocratique ! Les Corses ont voté, ils nous ont fait confiance massivement pour changer les choses en profondeur, à l’Assemblée et dans les organismes. C’est ce qu’on s’emploie à faire ! Il est hors de question qu’on accepte des manoeuvres qui nous enlèveraient la gestion d’un organisme aussi important que la Collectivité finance à 80 %, le président de cette structure doit être un élu de la majorité, pas un élu de l’opposition ultraminoritaire ! », rétorque Hyacinthe Vanni, vice-président de l’Assemblée de Corse et président du groupe Femu a Corsica. Il récuse l’effet de surprise : « J’avais annoncé la veille, en Commission permanente, que nous demandions un vote séparé sur ce dossier et que le vote ne se ferait pas à la proportionnelle, comme l’administration l’avait indiqué par erreur, mais à la majorité. L’opposition était, donc, prévenue. Rien ne l’empêchait de présenter une liste. Si nous avons changé le mode de scrutin, c’est pour ne pas amputer la majorité territoriale d’une présidence qui lui revient de droit. Il n’est pas question qu’on n’applique pas notre politique dans des organismes qui ont été gérés par le Conseil départemental de Corse du Sud pendant des années ».
 
Une légitimité assumée
Les Nationalistes, qui n’ont toujours pas avalé l’OPA de la CAPA (Communauté d’agglomération du pays ajaccien) sur l’Office de l’habitat de Corse du Sud avec l’aide du département, ne comptent pas se faire doubler une nouvelle fois ! « On n’a pas de leçons de démocratie à recevoir de gens qui ont l’habitude de tripatouiller, pour reprendre l’expression de Jean-Martin Mondoloni, comme on l’a vu avec l’Office HLM 2A ! Et je ne pense pas qu’un membre de l’opposition départementale ait jamais siégé au syndicat de l’énergie 2A. Et si nous sommes ultra-majoritaires, il faut que l’opposition se demande pourquoi, qu’elle se pose les bonnes questions !  Cela veut dire que certains ont échoué dans la politique qu’ils ont menée jusqu’à aujourd’hui. Lorsque nous étions dans l’opposition, nous avons accepté le fait majoritaire. Ceux, qui ont géré ces organismes départementaux, doivent accepter que d’autres prennent la place. C’est nous qui avons la légitimité du peuple et nous assumons pleinement de gérer des outils de développement pour la Corse. C’est cela la démocratie ! », assène Hyacinthe Vanni.
 
Un avertissement clair
Une position reprise sans états d’âme par le président de l’Exécutif, Gilles Simeoni, qui enfonce le clou par quelques piqures de rappel des « mauvaises manières » de l’opposition : « Nous n’allons pas nous laisser donner des leçons de vertu ou de démocratie par des forces politiques qui, pendant des décennies, ont caporalisé tous les pouvoirs et nous ont exclus systématiquement de tous les espaces de décision. Avant même que la droite soit en position hégémonique au Conseil départemental, il y avait des élus de gauche et même nationalistes, il n’y a jamais eu, ne fut-ce que la proposition, d’intégrer ces forces d’opposition dans la liste présentée au suffrage des maires pour l’élection du président du syndicat d’électrification ». Il revient, de la même façon, sans mâcher ses mots, sur l’épisode de l’Office HLM 2A : « On ne peut passer sous silence, ce qui a été une fraude à la loi et qui a porté atteinte à une politique publique que nous considérons comme essentielle. Nous avons engagé un recours, mais nous savons que ce qui a été fait était une manœuvre ». Et prévient : « Nous disons à celles et ceux qui nous font de mauvaises manières que nous nous en rappelons et que si on fait de mauvaises manières aux institutions et à la Corse, on le paye politiquement ! ».
 
Des leçons tirées
Le ton est tout aussi peu amène concernant le rappel de l’épisode du Centre du sport et de la jeunesse. « Nous avons appliqué, certains diront naïvement, le principe de représentation proportionnelle concernant le Centre du sport pour que l’opposition puisse siéger au Conseil d’administration alors même que la Collectivité que nous dirigions en était le principal financeur. Dans l’heure qui a suivi le vote, il y a eu des rapprochements en dehors de toute discussion démocratique pour nous exclure totalement de la décision, nous avons été tenus en dehors de toutes les décisions ». Deux épisodes vécus comme autant de douches froides dont les Nationalistes ont tiré les leçons. « Il est hors de question de ne pas valider la décision que nous avons prise ! Oui, ça nous déplait d’agir comme ça, mais à partir du moment où l’opposition a contourné à deux reprises l’esprit des institutions, nous n’entendons pas cautionner ce genre de manœuvres. Notre volonté d’ouverture reste intacte. Elle a été démontrée en amont de cet épisode, elle sera démontrée en aval, y compris dans d’autres institutions, notamment la Chambre des territoires. Permettre à tout le monde de prendre sa part de responsabilités dans la clarté et dans la discussion, sans problème ! Se faire avoir ou se faire manœuvrer à travers des comportements qui n’ont rien à voir avec la démocratie, nous ne sommes pas nés hier ! », conclut Gilles Simeoni. Un avertissement ferme qui sonne, effectivement, comme le vrai marqueur de cette nouvelle mandature. 
 
N.M.



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