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Bruno le Maire : "Je veux apporter des réponses claires à la Corse et aux Corses"


Rédigé par José Fanchi le Lundi 22 Octobre 2018 à 17:09 | Modifié le Lundi 22 Octobre 2018 - 22:09


Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, a entamé hier sa visite en Corse. Elle a débuté par un entretien avec le maire d’Ajaccio, Laurent Marcangeli, qui l’a accueilli à la Maison Carrée. Elle s’est poursuivie au palais des congrès pour la présentation du rapport de l’inspection générale des finances, avec les acteurs du monde économique insulaires et les élus, pour discuter des 24 propositions avancée par l’IGF pour la Corse. Il a annoncé les trois « grandes priorités »


Bruno le Maire : "Je veux apporter des réponses claires à la Corse et aux Corses"
Le rideau du grand oral s’est ouvert peu après, lors de la réunion publique avec les acteurs économiques.  Y avait-il décalage entre les mesures annoncées, qui semblent avoir été appréciées à leur juste valeur par le monde économique, et les attentes des élus de la Collectivité de Corse ?  Sans oublier le projet de statut fiscal et social porté par Jean-Guy Talamoni ? Ce dernier n’avait-il pas déclaré la veille : « Il s’agit d’un document calamiteux.  Ce rapport de l’IGF est fondé sur une idée éculée : la Corse coûterait cher à l’Etat, il ne peut pas servir de base à la future politique fiscale de la Corse. »
Une opposition pourtant loin d’être partagée dans les rangs des élus et surtout des acteurs de l’économie insulaire. Il est possible que le ministre et le président du Conseil exécutif, Gilles Simeoni, s'accordent sur un calendrier de négociations sur des dossiers techniques qui pourraient peser lourd sur le développement de l’île et l’ensemble de la société insulaire.

Les trois grandes priorités
Sérieux, appliqué, technique, adroit et méticuleux, décontracté également, Bruno Le Maire a exposé, un à un, les grands dossiers du rapport « pour une économie corse du XXIe siècle », à savoir le tourisme, l’agriculture et le numérique, le foncier, les taxes, les redevances aéroportuaire, la fiscalité, le tabac, l’alcool... en clair les 24 propositions que comporte le document qui, et c’est le moins que l’on puisse dire, n’a pas convaincu tout le monde, à commencer par les élus indépendantistes comme on pouvait s’y attendre après les déclarations de Jean-Guy Talamoni la veille.

« Faire de la Corse l’exemple d’une économie insulaire qui réussit ! »
C’est par ces mots que Bruno Le Maire a entamé son discours en mettant l’accent sur ce que doivent être les priorités, à condition d’y mettre le temps et que la mobilisation soit totale afin d’aller de l’avant. Le ministre a clairement affiché sa détermination et évoqué les trois grandes priorités stratégiques, sans pour autant exclure les autres rapports :
  • Le tourisme. Il représente un quart de la richesse de la Corse. Pour lui, il convient de le développer, le structurer, former, soutenir, ouvrir pour avoir un tourisme toujours plus performant, qui accueille toujours plus de touristes.
  • L'agriculture. Elle constitue 1,6% de la richesse de la Corse.  « Ce chiffre ne veut rien dire » a expliqué le ministre en faisant allusion à « certains technocrates qui ne connaissent rien à la France ». Il a expliqué que l’agriculture en Corse, « c’est beaucoup plus qu’un chiffre. C’est de l’industrie agroalimentaire, du rayonnement international, par exemple par le succès remporté par le vin corse au-delà des frontières de l’île, et le succès de la filière des agrumes ».  
  • Le numérique. Bruno Le Maire estime que « le numérique a un très gros avantage : il n’a pas de frais de transport. Il circule tout seul. Il peut être le symbole de ce que la Corse peut devenir : une île de la modernité tout en restant fidèle à ses traditions. La Corse peut avoir une base de start-up, d’incubateurs, qui doivent servir de modèle et porter un rêve insulaire, aujourd’hui inaccessible pour d’autres îles de l’Union européenne ».
 
Ajaccio en zone touristique Internationale
« Ces trois priorités sont simples et permettent de savoir où nous allons ensemble. Pour mettre en œuvre cette vision, il faut des instruments. Il y a des sujets où il faut progresser, nous trouverons des solutions. Il y a des sujets où je vois les choses un peu différemment, notamment le GIRTEC et le prix des carburants. On va arriver à des solutions plus solides.
Le tourisme, une des trois priorités, doit bénéficier de décisions immédiates. J’ai vu longuement ce matin mon ami Laurent Marcangeli pour lui annoncer que, dans six mois, Ajaccio sera classé en zone touristique internationale ! Plus de touristes, des capacités d’accueil plus élargies, des ouvertures de commerces, un meilleur accueil des croisières. Voilà un instrument complet qui permet de développer le tourisme immédiatement et de montrer que la machine est enclenchée…».
 
La formation

« La formation est un sujet sur lequel je reconnais avec humilité qu’il reste beaucoup à faire. On manque de formation, c’est vrai ! Les entreprises ne trouvent pas les qualifications dont elles ont besoin, notamment en matière touristique, il faut mettre le paquet dans ce domaine. On se met autour d’une table pour trouver la bonne solution ».

Les transports 
« Il faut améliorer les dessertes. Pour cela, la Collectivité de Corse a besoin de plus de liberté, c’est ma conviction. Il y a des taxes très élevées, elles ne sont pas modulables. Le prix du billet d’avion entre Corse et continent est extrêmement pénalisant ! La CdC doit décider de la modulation des taxes sur le transport aérien ».
 
Crédit d’impôt et location
Concernant le périmètre d’éligibilité de l’investissement para-hôtelier, Bruno Le Maire n’y est pas allé par quatre chemins : « L’idée est d’éviter que certains s’offrent des résidences secondaires avec 30% de crédit d’impôt et, donc, selon le rapport, préférer à cet effet d’aubaine le renforcement des structures hôtelières  jouissant d’un service de prestations professionnelles.  Pour ce qui est du contrôle fiscal des locations meublées de courte durée, il apparait comme étant une priorité. Près de la moitié des lits de Corse serait le fait d’établissements non déclarés et favorisés par des plateformes de réservation. »

Et le carburant ?
Bruno Le Maire est revenu sur la question des carburants et de leur coût élevé dans l'île. Le litre de diesel ou d’essence est 6 à 8 % plus cher, voir plus, que sur le continent. Le ministre estime que le coût d’acheminement ne justifie pas cet écart de prix : «  Il y a de l’argent, il disparait, ou passe-t-il ? Cela au détriment des Corses ! Rien ne justifie qu’aujourd’hui en Corse, tous les habitants paient leur carburant plus cher. Les grandes surfaces ? Certains élus disent que ce n’est pas la bonne solution. D’autres problèmes surgiront. S’il y a d’autres solutions, je suis prêt à les examiner. Une d'elle est de baisser les seules concentrations pour les contrôles effectués par l’Etat et vérifier qu’il n’y a pas d’entente illicite. Je suis prêt à baisser de 150 à 75 millions d’euros pour engager des contrôles de l’Etat. C’est une proposition qui m’a été faite par les élus. En ce qui concerne les grandes surfaces, s’il y a des propositions, je suis prêt à les étudier. Donnons-nous un calendrier, une méthode. Le prix de l’essence doit baisser par rapport à l’évolution qui est faite sur le continent. »
 
Fiscalité du tabac et de l’alcool
Le ministre a abordé le dossier de la fiscalité sur le tabac et l’alcool et le retour programmé et progressif au taux normal de TVA pour l’ensemble des ventes. « Ma position est simple, Le tabac ça se solde aujourd’hui par 25% de cancer du poumon de plus aujourd’hui en Corse par rapport au reste du continent. Rien ne justifie en la matière une fiscalité plus favorable sur le tabac. Nous remettrons la fiscalité du tabac en Corse au même niveau que celle appliquée sur le continent, avec, je le précise, une compensation à l’euro près. L’intégralité des 96 millions d’euros de recettes doit être compensée. Je ne suis pas ici pour faire des économies sur le dos de la Corse mais pour, avec vous, donner des perspectives à l’économie.  Je suis ici pour aider la Corse, avec la vision de poursuivre son redressement économique.
En ce qui concerne le vin, je souhaite qu’on maintienne le taux de TVA réduit pour la viticulture corse. La raison est simple : Ici, je me suis engagé à maintenir le taux pour que vous puissiez développer les exploitations dans les meilleures conditions. Les viticulteurs ont fait leur job. Les vins sont de qualité avec une montée en gamme, l’exportation se porte bien. Du moment que ça marche, on réduit le taux de TVA, on soutient. Donc, je ne veux pas toucher à la TVA réduite sur le vin. »

Le désordre foncier
Avant-dernier point abordé : le cadastre : « Si on continue au rythme actuel, il faudra attendre 70 ans avant d’avoir un cadastre corse qui soit terminé. Ce n’est pas impossible. Mon idée est de soutenir le GIRTEC, l’autre est de supprimer l’obligation de passer devant un notaire (1500 euros), c’est une barrière pour beaucoup de gens. Cela ne peut pas se faire tout seul. Il faut que nous bâtissions avec la Collectivité Territoriale et le GIRTEC un accord de façon à ce que le travail soit fait conjointement. C’est votre proposition, je la trouve intéressante. »

La fiscalité
Bruno Le Maire a conclu avec la fiscalité. Il se dit prêt à valoriser tous les crédits d’impôt qui existent aujourd’hui pour qu’ils soient plus puissants et accélèrent le renforcement de l’économie corse. Il est également prêt à donner sur toutes les taxes locales plus d’autonomie fiscale à la Corse, donc plus de liberté aux élus pour décider de ce que serait une bonne fiscalité pour la Corse. « Je souhaite que le taux du crédit d’impôt Innovation passe de 20 à 40%, que le crédit recherche passe de 30 à 50%. Sur les crédits d’impôt à l’investissement, je souhaite qu’on élargisse les seuils de façon à ce que davantage de PME puissent en bénéficier.  Je suis prêt à inscrire tout cela dans la prochaine loi de finances. Mais, nous avons un obstacle : la Commission européenne.  Il faudra, donc, défendre ensemble, à Bruxelles, ce projet majeur pour la Corse ».
 
J.F.

Le discours de Gilles Simeoni
gilles_simeoni1.mp3 Gilles SIMEONI1.mp3  (8.53 Mo)


Le discours de Jean-Guy Talamoni
 
j_guy_talamoni__1_.mp3 J.Guy TALAMONI (1).mp3  (2.42 Mo)





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