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Bastia : Un conseil municipal de campagne


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 2 Mars 2013 à 00:50 | Modifié le Dimanche 3 Mars 2013 - 03:04


Le débat sur le budget primitif 2013, qui était le sujet principal de la séance du 1er mars du conseil municipal de Bastia, a été escamoté au profit d'un discours plus politique aux accents de campagne électorale. Le rapport budgétaire s’est ainsi transformé en une promenade bilan des actions municipales et le débat, en une charge féroce contre l’opposition nationaliste d’Inseme per Bastia, qui a botté en touche. Aucun commentaire sur les déchirements internes à la majorité, la candidature à la candidature du fils spirituel entré en dissidence ou le sondage père-fils sur lequel tout le monde suppute. Autres points abordés : les subventions aux associations et la réforme des rythmes scolaires.


Bastia : Un conseil municipal de campagne
La campagne électorale bruissait déjà dans les coulisses de la séance du conseil municipal, qui s’est tenue, vendredi soir, à Bastia. Tous les regards guettaient la réaction d’Emile Zuccarelli après l’annonce, via les réseaux sociaux, de la candidature de François Tatti à la tête de la liste PRG aux prochaines élections municipales. Mais chacun est resté sur sa faim car ni le maire, ni son ex-bras droit entré en dissidence n’a voulu faire le moindre commentaire sur la candidature, pas plus que sur le sondage évaluant, sans les divulguer, les meilleures chances potentielles entre Zuccarelli père et fils de garder la mairie. Le choc des ambitions personnelles et des légitimités revendiquées, qui fracture et déchire en interne la gauche bastiaise, ne franchit guère la porte du conseil municipal où la majorité semble faire bloc autour du premier édile. Comme le mois dernier, elle a préféré concentrer ses salves sur l’opposition nationaliste avec des propos, dont la virulence donne le ton de l’âpreté de la bataille engagée.
 
Un débat budgétaire esquivé
Même s’il est par essence éminemment politique, l’examen du budget primitif 2013, à l’ordre du jour, laissait néanmoins présager plus une querelle de chiffre qu’une diatribe électorale. Mais il faut croire que ce dernier budget de la mandature ne passionnait personne, ni du côté de la majorité toujours prompte à faire l’apologie des décisions prises, que de l’opposition aussi prompte à les fustiger. Au lieu de rapporter le budget comme il a l’habitude de le faire, Ange Rovere a esquivé les chiffres, les renvoyant négligemment au débat du mois dernier sur les orientations budgétaires (cf article conseil municipal de février), pour se concentrer sur la liste des actions et réalisations en cours. Il a donc habilement substitué à un exercice, où il excelle, une promenade-bilan, à la forte tonalité électoraliste, que l’opposition a ironiquement qualifiée de « poétique ».
 
Une promenade bilan
Initiant sa promenade à Toga, le 1er adjoint délégué aux finances annonce, pour « septembre au plus tard », le début des travaux de la voie douce qui, dans sa première tranche, ira de Toga au Quai des Martyrs. Fin avril, commenceront les travaux de rénovation de la rue Napoléon et de la rue des Terrasses, après une dernière concertation publique fin mars. Suivront, au 2ème semestre, ceux de la rue de la Miséricorde et de la rue Vattalapesca, qui ouvriront le 1er chantier du PNRQAD. Faisant une halte au Vieux Port dont la gestion fait l’objet de fortes critiques de l’opposition et des pêcheurs, Ange Rovere s’est félicité du début des travaux de rénovation de la darse pêche, actés pour 1,2 million €, et de la politique municipale en matière de tarifs de plaisance. « Les tarifs de la plaisance du Vieux Port sont les plus bas de Corse. On ne respecte pas le règlement qui veut qu’on réserve 20% des places aux bateaux de passage, ceci pour favoriser la plaisance d’agrément des Bastiais. Il n’est pas question de mettre le Vieux Port aux normes européennes, cela ferait flamber le prix des places et chasserait les petits bateaux. On ne veut pas être Saint Tropez. On ne veut pas réserver le Vieux Port au VIP », argumente-t-il, en opposant la préservation « du lien social » aux contestataires. Le 1er adjoint finit sa promenade au Sud par un tour d’horizon des constructions à venir : l’espace Convivialité de Lupino, le grand parc urbain de Montesoro, le Centre des sciences dédié aux énergies renouvelables, le centre culturel de Lupino dont les travaux débuteront à la fin du mois, sans oublier le chantier du Tour de France, sur le point de démarrer.
 
Une dotation en baisse
Se rappelant néanmoins qu’il était censé faire une présentation budgétaire, Ange Rovere rectifie quelques chiffres, notamment celui de la dotation de l’Etat. L’ayant estimée le mois dernier en hausse de 34 000 € par rapport à 2012, il doit la réviser à la baisse avec une perte de 74 000 €. La convocation, par le 1er ministre, le 12 mars, d’une réunion sur le financement des collectivités locales n’augure rien de bon pour les dotations 2014 et 2015 qui seront, globalement, amputées de 4 milliards €. Ange Rovere regrette les conséquences négatives qui en résultent au niveau de la politique d’embauche et du programme des subventions de la Ville. « Il y a 635 fonctionnaires municipaux. Il ne s’agit pas de bouger de cette ligne, mais de stabiliser le nombre de personnels municipaux tout en maintenant leur pouvoir d’achat. Au niveau des subventions, quelque soit le secteur, aucune ne diminue, l’effort de la Ville reste inchangé. Je regrette que les contraintes et les pesanteurs du budget, qui pèsent sur nous, ne nous permettent pas d’aller plus loin dans les deux domaines du recrutement et des associations ». Il prévient du risque « de tensions sur la trésorerie au second semestre » en raison d’une incertitude sur le versement des subventions promises par le Conseil général et la Collectivité territoriale, soumis eux aussi à la rigueur.
 
Un bilan de pré-campagne
L’opposition, par la voix de Michel Castellani, esquive également la bataille des chiffres, s’en tenant à des considérations générales sur fond d’échéance électorale. Qualifiant le budget de « cosmétique », l’élu d’Inseme per Bastia met en doute la baisse affichée des dépenses de fonctionnement qui ne prennent pas en compte « les transferts de charges fiscales à hauteur de 2,7 millions € à la CAB (Communauté bastiaise d’agglomération) et les 5,16 millions € des budgets annexes ». Il daube également sur le niveau prétendument inchangé de la pression fiscale et sur « le durcissement très net de la redevance des horodateurs dont le coût journalier a doublé ». Déplorant une fois encore que les élus de l’opposition, qui ne siègent pas à la CAB contrairement à ce qui se passe dans d’autres municipalités, n’aient aucun moyen de vérifier les compétences qui y sont transférées, il fustige un « bilan de pré-campagne », « l’autoglorification » et le discours de la majorité qui accuse l’opposition, chaque fois qu’elle formule une critique, « d’être contre tout ».
 
Une violente charge contre Inseme
Le débat va tourner court quand Julien Morganti, élu de la majorité qui a rejoint la dissidence Tatti, se lance, comme le mois dernier, dans une charge violente contre Inseme per Bastia. Reprenant en écho les propos échangés, à la séance de février, lors de l’examen des orientations budgétaires, il tire à bouts portants sur l’opposition. « En 2009, vous n’avez rien dit sur le budget, vous étiez inexpérimentés. En 2010, vous étiez trop occupés à préparer les élections régionales. En 2011, vous étiez trop occupés à préparer les cantonales. En 2012, vous étiez trop occupés à préparer les législatives. Le vote du budget serait, pour vous, l’occasion de parler, mais vous réalisez l’exploit de parler sans avancer un chiffre. C’est plus facile d’aller dans les quartiers pour agiter la peur. Vous jouez en contre en permanence. Ce budget est notre acte politique. Quel vide de votre part ? Où est votre comparaison ? Où sont vos propositions ? Où est votre vision ? Les Bastiais n’ont qu’une vision. Notre différence n’est pas entre majorité et opposition, entre gauche et droite, mais entre ceux qui travaillent et ceux qui regardent ».
 
Un déni démocratique
Fort heureux de cette diatribe, Emile Zuccarelli enfonce le clou en se justifiant : « Je suis très fier d’un budget qui témoigne d’une volonté politique de cohésion sociale. Les choix politiques ne sont pas indifférents, ni anodins. Quand on porte une option devant le peuple, on doit avoir le courage de la porter jusqu’au bout ».
En l’absence du leader d’Inseme, c’est Michel Castellani qui répond en pointant la contradiction « d’un jeu qui consiste à enlever à l’opposition tous moyens et toute représentation et à dire ensuite qu’elle ne propose rien ». Il parle de « déni démocratique » tout en refusant de rentrer dans une polémique face à des propos qu’il juge « indignes et dont la virulence ne mérite pas qu’on y réponde ». Mais la majorité sirotant son petit lait, il finit par rétorquer : « Je ne savais pas que le sujet du jour était l’analyse politique d’Inseme per Bastia, je croyais que c’était le budget primitif ». Au final, les nationalistes votent, comme d’habitude, contre le budget qui est adopté.
 
Une politique de la ville en question
Le Contrat urbain de cohésion sociale est une autre pomme de discorde entre la majorité et l’opposition. La première liste un programme d’actions autour de 4 thèmes : l’amélioration du cadre de vie et le lien social, les politiques éducatives, culturelles et sportives, l’accès à l’emploi et à l’insertion, la santé. Une première liste d’une quarantaine d’actions avec le secteur associatif est déjà retenue pour un budget de 1,3 million €.
L’opposition, par le biais de Jean Pierre Cristofari, critique « ce catalogue d’actions qui, pour la plupart, ne sont que de simples reconductions » et dont l’impact n’est pas évalué. Il tire également « la sonnette d’alarme » sur le « cumul des subventions » accordées à une même association « qui revient à créer un budget de fonctionnement », dont leur survie dépend. Il dénonce le manque de « réelle cohésion des actions », l’absence d’une « véritable politique de la ville » et une « politique de saupoudrage qui trouve ses limites ».
Sans nier la réalité des critiques, Francis Riolacci argue que « ce ne sont pas les actions qui sont en cause, la vraie difficulté est que ce type de politique de la ville est, hélas, un échec au plan national ». L’opposition ne participe pas au vote.
Enfin, la municipalité adopte, à l’unanimité, une demande de dérogation à la mise en œuvre de la réforme des rythmes scolaires qui prévoit, notamment, la mise en place d’une journée de classe supplémentaire le mercredi matin et d’activités périscolaires les autres jours. Au vu du surcoût financier résultant de cette nouvelle organisation, elle souhaite reporter l’application de la réforme à la rentrée 2014 pour toutes les écoles de la commune.
N. M.



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