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Bastia : François Tatti vote le budget sans réserve, ni polémique !


Rédigé par Nicole Mari le Mercredi 8 Avril 2015 à 22:28 | Modifié le Mardi 21 Avril 2015 - 01:37


Séance ordinaire pour l'examen et le vote du premier budget primitif de la mandature au Conseil municipal de Bastia. L’opposition a fait son show habituel, focalisée avec délices sur la crise qui secoue la majorité municipale et communautaire et sur son accusation d’embauches massives. Le maire, Gilles Simeoni, et sa majorité ont réfuté vertement, arguments à l’appui. Et dénoncent, à leur tour, le recrutement, par cette même opposition, de 18 emplois, le 10 avril 2014, soit 13 jours avant le 1er tour des élections municipales. Des emplois illégaux sanctionnés par le Préfet ! Tout le monde attendait un clash avec François Tatti, mais celui-ci et son groupe ont voté le budget, sans réserve, ni polémique. Explications, en vidéo, pour Corse Net Infos, de Gilles Simeoni.


Le Conseil municipal de Bastia en session.
Le Conseil municipal de Bastia en session.
C'est dans une salle bondée que s'ouvre la session budgétaire du Conseil municipal de Bastia que tout le monde attendait houleuse, vue la crise qui sévit dans la majorité communale et communautaire. La présence de François Tatti et de son groupe, qui avaient émis de fortes réserves, peu appréciées par leurs alliés, lors du débat sur les orientations budgétaires le mois dernier, laissait présager un nouvel affrontement fratricide… qui n’eut pas lieu ! Le public, venu soutenir l’actuelle majorité, et l’opposition, qui s’en délectait d’avance, sont restés sur leur faim. Les Tattistes ont gardé un silence prudent, ne voulant sans soute pas gâcher la moindre chance d’apaisement, et ne sont, contrairement à leurs habitudes, intervenus sur aucun dossier. L’opposition, frustrée d’un clash qu’elle escomptait, et qui n’avait visiblement pas grand chose à dire sur le budget, a tenté de rallumer l’incendie… Sans grand succès !
 
Une démission, deux promotions
La session débute par l'annonce de la démission d'Eric Calloni pour raisons professionnelles. Muté en Balagne, le conseiller communal et communautaire, ex-conseiller général de Bastia, proche de François Tatti, élu à la neuvième place sur la liste d'union, avait déjà pris ses distances avec ses différents mandats. « Je n'ai pu assister avec assiduité aux travaux et séances du Conseil municipal. Ces absences sont dues à des obligations professionnelles... Je préfère laisser mon siège à un collègue qui pourra mieux représenter les intérêts des Bastiais... »  explique-t-il, dans sa lettre de démission, lue, à sa demande, par le maire de Bastia, Gilles Simeoni. Il revient, également, sur « les anicroches de ces derniers jours » et demande que la majorité ne « cherche pas à transcrire le contrat de mandature de la ville sur l'échiquier départemental et régional ». Eric Calloni est remplacé au Conseil municipal par Serge Linale, proche de Gilles Simeoni, membre d'Inseme per Bastia et suppléant de Jean-Louis Milani dans le 2ème canton de Bastia. A la Communauté d'agglomération, il donne sa place à Philippe Peretti, adjoint au patrimoine, proche d'Emmanuelle de Gentili.
 
Un budget sous contrainte
Juste avant l’examen du budget primitif, le maire de Bastia présente la motion de l'Association des maires de France contre l'austérité qui est adoptée à l'unanimité. Puis Jean-Joseph Massoni, adjoint aux finances, détaille son premier vrai budget, le précédent ayant été concocté par l’ancienne majorité. Un budget, précise-t-il, à l’aune de trois contraintes. La première est « un héritage globalement négatif avec une ville structurellement pauvre, aux équilibres financiers fragiles et aux dépenses engagées ou annoncées, sous l’ancienne mandature, mais non budgétisées, et une CAB (Communauté d’agglomération) en grave déficit budgétaire ». La seconde est « l’aggravation de la situation due à la baisse des concours financiers de l’Etat avec une dotation globale de fonctionnement imputée de 1 million € en 2015 ». La troisième provient des risques pointés par le rapport d’audit Localnova qui prévoit « une dégradation accélérée des finances de la ville et de sa capacité d’investissement d’ici à la fin de la mandature en l’absence de décisions fortes ».
 
Des choix politiques forts
Ce budget se veut, également, « la traduction de choix politiques forts », comme celui de ne pas augmenter la pression fiscale pesant sur les ménages et les entreprises, mais de réaliser des économies tout en maintenant l’investissement, le service public, les acquis sociaux des personnels de la ville. L'enjeu est, également, d’améliorer la qualité et de construire un pacte financier et social avec la CAB. Globalement, les ressources de fonctionnement s’établissent à 48 millions € avec des charges de gestion s’élevant à 43,5 millions € et une augmentation de la masse salariale de 1,9 million € par rapport à 2014 « due à 90% à des choix extérieurs à l’actuelle majorité ». (cf vidéo). L’épargne brute, en hausse de 10%, dépasse 3,3 millions €. Les dépenses d’investissements « ajustées au plus près de la réalité » atteignent 25 millions €, dont 22 millions consacrés aux programmes pluriannuels revisités par la nouvelle majorité, comme le parking Gaudin. Ces investissements seront financés à 30% par des ressources propres, 35% par des subventions d’équipements et à 35% par des emprunts nouveaux. L’endettement prévisionnel est estimé à 39 millions €, fin 2015.
 
Un pseudo-héritage
L’opposition, si elle ergote au passage sur quelques chiffres, ressert la sempiternelle litanie de « l’excellent bilan » laissé par l’ancienne mandature. « C’est l’ancienne majorité qui vous permet, d’avoir, aujourd’hui, les dépenses et les investissements que vous faites ! Vous manipulez les chiffres à propos du pseudo-héritage. Vous voulez imprimer à tous prix l’idée d’une gestion calamiteuse », lance  Francis Riolacci. Il fait ses choux gras de la hausse des dépenses de personnels due, prétend-il, « à des embauches réalisées qui ont disparu du tableau des effectifs », effectifs au demeurant inchangés depuis un an ! Puis, tente d’amorcer le sujet sur « la compétition entre vous (le maire) et le président de la CAB ».
 
Un triple échec
Jean Zuccarelli enfonce le clou en éreintant sans appel « ce budget primitif qui est la traduction en termes financiers d'un triple échec de votre Exécutif. Échec dans votre capacité à porter une ambition pour Bastia, à mettre en place la prétendue transparence et à rassembler. Bastia est sacrifié sur l'autel des ambitions personnelles. Il n'est qu'un tremplin pour arriver au pouvoir régional. Il est l'otage de vos calculs politiciens ! Vous faites Bastia à votre mesure. Il est plus petit avec vous ! Vous jouez petit bras ! ». Il accuse la majorité « d’opacité et de dissimulation en matière d’embauches » et affirme qu’elle a procédé « à des recrutements massifs d’emplois fléchés ou de complaisance ». Il tacle, enfin, « un discours politique fondé, hier, sur le rejet et, aujourd’hui, sur l’excommunication de François Tatti » et professe, devant ce qu’il appelle « l’irresponsabilité » de la nouvelle équipe, des « perspectives sombres pour les années à-venir ».
 
Des emplois illégaux
La réponse de la majorité municipale est cinglante et fait l’effet d’une volée de bois vert. Didier Grassi contrattaque, le premier, et remet les pendules à l’heure. Il explique la hausse des dépenses de personnels par « le choix de l’ancienne municipalité de ne pas mettre 810 000 € de dépenses au budget 2014 ». Il dénonce le recrutement, par l’équipe Zuccarelli, de 18 agents, le 10 mars 2014, 13 jours avant le 1er tour des élections municipales, recrutement illégal sanctionné par le Préfet, ainsi que « des avantages iniques et des contrats illicites passés avec certains employés ». Il s’étonne de la non-programmation, dans le budget 2014, du coût de l’aménagement des rythmes scolaires, des salaires de vacataires, de charges URSAFF, mais aussi de l’augmentation de 30 000 € d’heures supplémentaires avant les élections… ! Et détaille « la nouvelle politique de ressources humaines fondée sur l’équité et la formation pour tous ». L’opposition, qui ne se gène pas, d’ordinaire, pour manifester sa réprobation et couper la parole quand elle n’apprécie pas les propos, reste totalement coite !
 
Une gauche débordée !
L’adjointe aux affaires scolaires, Ivana Polisi, lui emboîte le pas et réplique à l’opposition de gauche : « Sur le social, nous sommes meilleurs que vous ! Nous aurions pu, sur les rythmes scolaires, faire le choix d’une garderie. Nous avons fait le choix de la qualité et de la gratuité. Nous avons fait un énorme effort dans la lutte contre la précarité. Nos adversaires en ont beaucoup parlé et ne l’ont jamais fait ! Nous, nous l’avons fait ! ». Elle s’appuie sur des exemples : « Nous avons réglé le problème du rehébergement du centre de loisirs qui trainait depuis des années. Nous avons payé la cotisation de Bastia au CFA (Centre de formation des apprentis) qui n’était plus payée depuis 2009 ». Et de conclure : « Nous avons débordé nos adversaires sur leur gauche ! ».
 
Ne mentez plus ! 
Le maire de Bastia, Gilles Simeoni, avoue, pour sa part, sa lassitude devant le show répétitif de l’opposition. « Vous avez prédit la catastrophe et vous répétez comme des mantras, comme pour vous en persuader vous-mêmes, à chaque séance du Conseil municipal, des propos sur des recrutements de complaisance. Vous nous décrivez, depuis plusieurs mois, un tableau apocalyptique… qui est faux ! Vous n’avez pas trouvé à critiquer de façon sereine et argumentée les choix budgétaires que nous faisons aujourd’hui parce qu’il était impossible de faire mieux, vu le contexte ! ». Il tire à boulets rouges sur les accusations de Jean Zuccarelli : « Cela fait des semaines que je vous entends asséner cet argument sur la transparence sous une forme outrancière, voire provocatrice, mais à la fin u troppu, stroppiu ! Nous avons strictement maintenu les effectifs alors que vous avez recruté 18 personnes de façon doublement illégale, à 13 jours d’un scrutin et avec une totale absence de publicité. Comment osez-vous venir nous faire des reproches infondés quand vous êtes coupables de dérives de ce genre ! … Alors, de grâce, critiquez, argumentez, polémiquez puisque cela semble être de vôtre goût, mais ne mentez plus ! ».
 
Des marchés à la hussarde !
Le public applaudit bruyamment. L’opposition ne pipe toujours pas mot. Avec les explications de vote des différents groupes, elle finit, définitivement, de manger son pain blanc.
Le 2nd adjoint, Jean-Louis Milani, pour le groupe Bastia avant tout, ne cherche même pas à faire dans la dentelle : « Ces 18 embauches étaient des embauches électorales ! Vous avez fait la même chose sur les marchés publics. Vous les avez passés, avant le scrutin, à la sauvette, à la hussarde ! J’ai une inquiétude : Quand Mr Zuccarelli, vous quitterez l’ADEC, qu’allons-nous découvrir ! Qu’allez-vous nous laisser ! Vos amis ont toujours agi dans l’opacité. A l’inverse, notre document budgétaire est clair et surtout compréhensible. Il permet aux citoyens de comprendre comment nous gérons notre ville. C’est bien là le fondement de la démocratie ! ».
 
Des gaffes regrettables
Même attitude de Philippe Peretti, pour le groupe Bastia Social et Solidaire, qui rappelle certaines « réalités qui pèsent sur le budget : le poids colossal du centre culturel de Lupino qui aurait pu être programmé, des erreurs et des gaffes qui ont des incidences regrettables sur le budget, le flou artistique en matière de chiffrage des crédits d’investissements… Nous avons décidé de mettre fin à la surévaluation et d’établir des prévisions enfin scrupuleuses ! ». Se félicitant du budget proposé, il exprime, au nom de son groupe, « la satisfaction du devoir accompli ».
 
L’empreinte nationaliste
Encore plus virulente est la réponse d’Inseme per Bastia aux attaques de l’opposition. « Vous nous accusez de rendre Bastia plus petit. Je trouve cela étrange de la part d’un parti qui s’acharne à voir notre île toute petite, à la dimension d’un simple département ! Vous nous accusez de prendre Bastia en otage. Vous, c’est la Corse que vous avez pris en otage en refusant toutes les évolutions ! Oui ! Nous avons voulu exclure ceux qui étaient en place, ça s’appelle les élections, la démocratie ! », assène Gilles Guerini. Il souligne que « c’est un budget qui fait date parce que c’est la première fois que des élus nationalistes ont pu s’impliquer et imposer leur marque sur le budget d’une grande collectivité ».
 
Des incidents et des diatribes
L’opposition, qui doit exprimer ses intentions de vote, se garde bien de répondre et tente de dévier la polémique sur la crise de la majorité. Francis Riolacci provoque, comme à son habitude, un long et inutile incident de séance que Gilles Simeoni qualifiera, comme d’habitude, « d’artificiel ». Le show, répété pratiquement à l’identique à chaque Conseil municipal, est parfaitement rodé ! Puis, l’élu communiste s’enflamme dans une diatribe contre « l’union sans principe, contre-nature » et contre « les ambitions personnelles » de François Tatti et de Gilles Simeoni et réclame « le retour devant les électeurs », provoquant les huées et les éclats de rire du public. Nouvel incident !
Jean Zuccarelli fait des politesses au président de la CAB pour poursuivre la ritournelle. De guerre lasse, le maire finit par couper court. Le débat a duré presque 3 heures ! L’opposition annonce, sans surprise, qu’elle vote contre le budget.
 
Des engagements pris
C’est au tour du groupe de François Tatti, totalement muet depuis le début de la séance, de s’exprimer. Tout le monde retient son souffle, l’opposition est tout sourire, mais le clash attendu, redouté ou espéré, ne viendra pas. Le président de la CAB, mis sur la sellette, qui tente de sauver, à la fois, son poste, son budget et ses alliances, botte en touche les sujets qui fâchent et joue la prudence dans une allocution brève, concise et ferme. « Notre groupe fait siennes, ces perspectives budgétaires positives. J’ai fait des observations sur l’équation de solidarité qui n’est pas prise en compte sur 2015, mais je me réjouis que des engagements soient pris sur les exercices suivants. Je vais m’en tenir aux engagements que nous avons pris devant la population bastiaise. Le budget est un acte politique majeur, nous voterons, donc, ce budget ! ». Fin du suspense…
Le budget est adopté par l’ensemble de la majorité municipale.
 
N.M.

Gilles Simeoni : « L'ancienne équipe a recruté 18 emplois illégaux, 13 jours avant le 1er tour des élections municipales ».
 



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