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Au rectorat, les lycéens corses ouvrent le dialogue sur leurs conditions de vie


Jeanne Soury le Mercredi 7 Octobre 2026 à 19:24

Après plusieurs jours de mobilisation dans les établissements, une douzaine d’élèves de différents lycées, étaient réunis ce mercredi 7 octobre au rectorat, à Ajaccio. De nombreux autres établissements de l’île ont participé à la rencontre en visioconférence. Une première réunion pour faire remonter les difficultés du quotidien et apporter de premières réponses.



Une douzaine de lycéens élus au Conseil académique de la vie lycéenne ont pris place au rectorat de Corse, à Ajaccio (©Paule Santoni)
Une douzaine de lycéens élus au Conseil académique de la vie lycéenne ont pris place au rectorat de Corse, à Ajaccio (©Paule Santoni)
Après les blocages, place au dialogue. Ce mercredi 7 octobre, une douzaine de lycéens élus au Conseil académique de la vie lycéenne ont pris place au rectorat de Corse, à Ajaccio, autour de la rectrice Nathalie Mons et de l’inspecteur académique Dominique Poggioli. À distance, de nombreux autres établissements de l’île ont également participé aux échanges, ainsi que la conseillère exécutive en charge de l'Éducation, Lauda Guidicelli. Une première rencontre pour des élèves qui, ces derniers jours, ont surtout voulu faire entendre ce qu’ils vivent au quotidien. Et surtout, disposer d’un espace pour en parler directement avec les institutions.

À l’EREA, Héléna, 17 ans, pointe notamment les conditions à l’internat. Des rideaux de douche cassés, mais aussi une infirmerie qui n’est pas toujours accessible. « C’est important de dire ce qui ne va pas, que l’on soit entendus et que les choses soient faites », témoigne-t-elle.

Au lycée Jules Antonini, Fiora évoque de son côté les emplois du temps des internes venant de Porto-Vecchio. Certains doivent prendre le bus dès 3 heures du matin le lundi et terminer leur journée à 18 heures. Le vendredi, ils peuvent également manquer des cours pour pouvoir rentrer chez eux.

Au lycée Laetitia-Bonaparte, c’est l’état des bâtiments et les températures dans les salles qui préoccupent Théo. « Dès fin avril, on meurt de chaud dans les classes », témoigne-t-il. L’internat, situé au dernier étage et occupé par une soixantaine d’élèves, est particulièrement exposé à la chaleur.

Les sujets abordés ont été nombreux : bâtiments, emplois du temps, organisation de la cantine, Parcoursup, mais aussi les difficultés liées à certains enseignements ou à l’accès aux soins
Les sujets abordés ont été nombreux : bâtiments, emplois du temps, organisation de la cantine, Parcoursup, mais aussi les difficultés liées à certains enseignements ou à l’accès aux soins
Des réponses dans l’urgence, puis sur le long terme

Face à ces remontées, Lauda Guidicelli-Sbraggia, conseillère exécutive en charge de la jeunesse et de l’éducation, dit vouloir « saluer » des revendications qu’elle juge légitimes, tout en soulignant « leur sens de responsabilité ». Sur les bâtiments, elle distingue désormais deux temporalités.

D’abord, l’urgence climatique. « Notre politique, elle va se baser sur deux choses : l’urgence climatique, répondre au dérèglement climatique », explique-t-elle. Des dispositifs comme les brasseurs d’air et la ventilation ont déjà commencé à être déployés dans certains établissements. La Collectivité veut désormais identifier, avec les chefs d’établissement, « les salles les plus exposées » afin d’adapter les réponses à chaque lycée.

« On a 47 situations spécifiques », rappelle Lauda Guidicelli-Sbraggia. Pour elle, il ne peut donc pas y avoir « une méthode à tous les établissements ». À plus long terme, la Collectivité prévoit également un programme de rénovation plus lourd. Elle indique avoir déjà contractualisé avec la Banque des Territoires pour engager des audits sur six gros établissements, qui représentent à eux seuls 35 % de la population collégienne et lycéenne concernée. Une première étape avant de définir la temporalité des travaux.

Pour la conseillère exécutive, la réflexion ne doit pas négliger ces points-là : « Le bien-être passe aussi par le bâti, il passe aussi par l’internat, il passe aussi par la cantine. C’est l’école globale, à mon avis, qu’aujourd’hui nous devons requestionner. »

Une plateforme de recueil des témoignages est ouverte aux lycéens depuis lundi soir
Une plateforme de recueil des témoignages est ouverte aux lycéens depuis lundi soir
« On n’a pas une baguette magique »

Pour la rectrice de l'Académie de Corse, cette rencontre constitue avant tout un premier temps d’écoute. « Les lycéens ont pu, sans tabou, sans aucune agressivité, sans revendication exacerbé, nous dire ce qu’ils vivaient dans les établissements », souligne Nathalie Mons, qui dit avoir été marquée par une parole « très directe », mais aussi « très posée et très construite ».

Les sujets abordés ont été nombreux : bâtiments, emplois du temps, organisation de la cantine, Parcoursup, mais aussi les difficultés liées à certains enseignements ou à l’accès aux soins. Sur les enseignants non remplacés, la rectrice indique que 13 enseignants sont actuellement manquants à l’échelle de l’académie, tout en reconnaissant que certaines spécialités peuvent localement poser problème.

Pour autant, la rectrice ne promet pas de réponses immédiates à toutes les doléances. « On n’a pas une baguette magique », rappelle-t-elle. L’idée est plutôt de travailler progressivement, avec les élèves et la Collectivité de Corse, à un plan d’action pour la vie lycéenne : « Il y a des choses qu’on pourra faire rapidement, je le pense. Et puis des choses peut-être qui concerneront plus la rentrée prochaine », précise-t-elle.

Cette première réunion doit donc être suivie d’autres échanges directement dans les établissements. Ils permettront de distinguer les difficultés propres à certains lycées de celles qui relèvent d’une problématique plus générale à l’échelle de l’académie. En parallèle, une plateforme de recueil des témoignages est ouverte aux lycéens depuis lundi soir. Ils peuvent y faire remonter leurs difficultés et leurs propositions jusqu’au 23 octobre, avant une synthèse transmise au ministère.

Une première étape, donc, pour des lycéens qui souhaitaient avant tout être entendus : « On ne faisait pas un blocus pour bloquer », résume Théo. « On voulait justement parler. »