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Assemblée de Corse : Un projet de territoire pour la gestion de l’eau dans le Cap Corse


Nicole Mari le Dimanche 1 Février 2026 à 17:25

L’assemblée de Corse a adopté à l’unanimité deux rapports sur la gestion de l’eau : le Projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE) Capicorsu et une nouvelle gouvernance territoriale pour la politique de l'eau. Le premier est un plan d’action sur 15 communes, centré sur des actions prioritaires visant à résorber les déséquilibres hydriques quantitatifs par des interventions urgentes et ciblées. Le second est une adaptation de la gouvernance afin de renforcer la co-construction avec les communes et intercommunalités et à garantir un ancrage territorial fort.



Le port de Macinaggiu, commune de Rogliano, à la pointe du Cap Corse, confronté à la pénurie récurrente d'eau. Photo CNI.
Le port de Macinaggiu, commune de Rogliano, à la pointe du Cap Corse, confronté à la pénurie récurrente d'eau. Photo CNI.
Comment remédier au manque d’eau dans le Cap Corse confronté, chaque année, à des pénuries récurrentes et qui fait partie des territoires les plus impactés par les effets du changement climatique ? Pour optimiser la gestion de la ressource hydrique, la Communauté de communes du Cap Corse a lancé en 2023, avec l’appui de la Collectivité de Corse (CdC), le Projet de Territoire pour la Gestion de l’Eau (PTGE) Capicorsu. Ce PTGE, qui est un outil opérationnel de planification, a déjà permis de réaliser un diagnostic partagé des ressources et des besoins à horizon 2050, d’identifier les vulnérabilités et de définir un plan d’action. Validé par le comité de pilotage en juin 2025, le plan d’action a été présenté vendredi après-midi à l’Assemblée de Corse. Le diagnostic confirme la vulnérabilité d’une ressource issue majoritairement de captage de sources avec peu de possibilité de stockage, des rendements de réseau globalement faibles avec de fortes disparités locales et des pertes proches de 40 % alors que la population est multipliée par quatre en été et que les épisodes de sécheresse, de plus en plus fréquents, se succèdent depuis 2022.
 
Un plan d’action
Pour pallier les vulnérabilités, le PTGE « organise la gestion de l’eau autour de quatre axes prioritaires : la sobriété et la maîtrise des consommations, le renforcement de la connaissance par la définition des volumes prélevables, la sécurisation par les interconnexions, l’exploration de solutions innovantes comme la REUT, la réutilisation des eaux usées traitées », explique la présidente de l’Office d’équipement hydraulique de la Corse (OEHC), Vannina Chiarelli-Luzi. Le plan d’action comporte 14 opérations réparties sur 15 communes pour un budget d’environ 3,6 millions d’euros sur cinq ans. « Il constitue une feuille de route stratégique, centrée sur les actions les plus prioritaires, en particulier celles visant à résorber les déséquilibres quantitatifs par des interventions urgentes et ciblées. Il encourage également la mise en œuvre d’actions dites « sans regret », telles que la mise à jour régulière des schémas directeurs et le déploiement de toutes les mesures favorisant les économies d’eau. Le plan s’inscrit dans une logique de complémentarité avec les autres démarches engagées sur le territoire dans une perspective globale de reconquête progressive de la qualité des hydrosystèmes », précise-t-elle. Le plan reste évolutif et pourra être ajusté lors des comités de suivi afin de répondre à l’évolution des contextes et des besoins. « Le PTGE Capicorsu illustre concrètement l’engagement pour une gestion durable et équilibrée de sa ressource en eau en intégrant la connaissance scientifique, la planification opérationnelle et la mobilisation collective des acteurs locaux » ajoute-t-elle.
 
La nécessité d’accélérer
Seul élu à intervenir dans le débat, Saveriu Luciani du groupe Avanzemu et ex-président de l’OEHC rappelle que le plan Acqua Nostra, qu’il avait initié, avait pour ambition de pallier ces carences. S’il reconnait que le PTGE est une réponse, il émet deux réserves : « On n’a pas aujourd’hui l’architecture qui permet d’accélérer parce qu’on prend beaucoup de retard. On va revivre l’été prochain les scénarios des mois de juillet et d’août derniers. Comme il n’y aura pas de miracle en termes de stockage, cela va encore se traduire par des pénuries et un Jour Zéro comme à Johannesburg ou à Rome, c’est-à-dire des coupures intempestives qui vont traumatiser les populations, les Corses avant les touristes ». Il estime qu’il y a « un besoin urgent de muscler la mission Eau de la CdC, qui, pour l’heure, n’a pas les moyens de répondre aux véritables objectifs et à toutes ces régions qui ont des difficultés ». Concernant le Cap Corse, il soulève la question de l’unité de dessalement installée depuis deux ans, à Macinaggiu « au cœur d’un parc marin. Il y a quand même de la saumure qui se déverse en Méditerranée, ce n’est pas très vertueux ». Tout comme le problème des SNEP (station naturelle d’épuration) qui se déversent dans la nature et les rivières et impactent la biodiversité. « C’est aussi un grand défi auquel on doit répondre collectivement. Il faut des ressources humaines et de l’ingénierie pour mettre en œuvre tous les réponses possibles et surtout trouver des ressources nouvelles ». La présidente de l’OEHC agréée et annonce que le PTGE de Baracci a déjà été lancé, que celui de l’Extrême-Sud le sera au second semestre, celui du Fiumorbu suivra.
 
Une nouvelle gouvernance
Concernant toujours les PTGE, le second rapport propose d’adapter la gouvernance territoriale. « Depuis 2018, l’assemblée de Corse s’est engagée dans l’adaptation au changement climatique avec le Plan de bassin d’adaptation au changement climatique, puis avec la mise en place des PTGE afin d’assurer un partage équilibré de la ressource entre les usagers humains et les milieux aquatiques. Toutefois, le retour d’expérience montre que la gouvernance actuelle des PTGE doit être adaptée, en raison notamment de l’évolution du cadre juridique, du caractère désormais non obligatoire du transfert de compétence Eau vers le bloc communal », indique Vannina Chiarelli-Luzi. La révision vise à clarifier les rôles et les responsabilités des différents acteurs, à renforcer la co-construction avec les communes et intercommunalités, à garantir un ancrage territorial fort et à apporter un appui technique renforcé pour mieux intégrer l’ensemble des enjeux. La gouvernance s’articulera désormais autour d’un comité de pilotage et d’un comité technique local afin d’assurer, à la fois, la participation effective des acteurs concernés et l’efficacité de la mise en œuvre. Cette organisation est complétée par un comité consultatif territorial chargé de suivre l’ensemble des PTGE déployés à l’échelle du bassin pour garantir la cohérence d’ensemble et la rigueur scientifique des démarches engagées. « Cette nouvelle approche permet également d’accompagner l’ensemble des territoires corses, qu’il soit déjà en tension ou non, dans une gestion durable et solidaire de l’eau en intégrant les enjeux du petit et du grand cycle, la résilience climatique et le soutien aux projets structurants locaux », commente la présidente.
 
Une démarche novatrice
Là aussi, le débat est bref. Jean-Paul Panzani, pour le groupe majoritaire, estime que cette adaptation de la gouvernance est « une démarche novatrice, une étape décisive de la gestion de l’eau qui montre que l’on va franchir un pas qualitativement, un changement d’échelle de notre action publique ». Pour lui, il ne s’agit pas « simplement d’ajuster des outils, mais d’assumer pleinement des choix politiques, de faire de l’eau un bien commun, de gérer de manière solidaire, de planifier et territorialiser à l’échelle de la Corse ». Cela, poursuit-il, nécessite une mobilisation forte de l’ensemble des acteurs. « Le retour d’expérience montre que, sans gouvernance et sans ingénierie de proximité, l’outil reste peu lisible pour les acteurs et les élus associés au projet. Souvent, ces stratégies sont difficilement appropriables par les territoires. Cette faiblesse est comblée aujourd’hui par la dimension participative qui vise à mieux reconnaître la place des communes et des intercommunalités dans la définition et le suivi des projets ». Et de conclure : « C’est un espace citoyen et une amélioration de la démocratisation de la gestion de la ressource en eau ». Les deux rapports ont été adoptés à l’unanimité.
 
N.M.