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A Ajaccio la Borne de la Terre Sacrée rend hommage aux soldats corses depuis 1933


Rédigé par le Dimanche 11 Novembre 2018 à 21:50 | Modifié le Lundi 12 Novembre 2018 - 07:49


Il y avait foule ce dimanche à Vignola, route des Sanguinaires pour une cérémonie hommage exceptionnelle, commémorant le centenaire du jour où les armes se sont tues, mettant fin à la première guerre mondiale. A 11 heures, comme prévu par le protocole, le silence se fait, la musique municipale sous la baguette de son directeur François Paoli retentit annonçant les premiers moments de cette commémoration d’un passé lointain pour les plus jeunes, mais toujours présent dans les cœurs et les esprits des plus anciens.


La Borne de la Terre Sacrée à Vignola après le dépôt des gerbes. Photo Michel Luccioni)
La Borne de la Terre Sacrée à Vignola après le dépôt des gerbes. Photo Michel Luccioni)
Les évocations mémorielles ont été associées aux cérémonials militaires sur le site de la Borne de la terre sacrée d’Ajaccio, inaugurée le 30 septembre 1933 pour rendre hommage aux milliers de Corses morts pour la patrie sur les champs de bataille de la Grande Guerre.


Une cérémonie de grande ampleur
Le directeur de l’ONACVG, Jacques Vergellati en maître de cérémonie a détaillé le programme de cette commémoration exceptionnelle du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918 et de tous les morts pour la France. Elle sera projetée sur écran géant, et retransmise en direct sur les réseaux sociaux.

Il demandera une attention particulière pour la présentation de l'Œuvre Nationale du Bleuet de France réalisée par l'ONACVG, et la distribution de ce même Bleuet de France par les membres du conseil municipal des jeunes.

Les expositions sur les travaux des étudiants en arts plastiques de l'université de Corte, dans le cadre d'un concours d'affiches mémorielles sur le thème du Centenaire de l'Armistice de 1918,   mais aussi, sur le service de santé des armées lors de la Grande guerre, ont ensuite été présentées par le lieutenant colonel Gaston Leroux-Lenci, président de l'unité de tradition du SSA étaient aussi sur site.


Public, autorités civiles et militaires
Les militaires, la gendarmerie, les porte-drapeaux, les associations patriotiques, le drapeau de région de la gendarmerie et du peloton d’honneur de l’escadron mobile 32 3 de Luçon, la section d’honneur de la préparation marine de la base navale d’Aspretto, la section d’honneur de la base 126 capitaine Preziosi de Ventiseri Solenzara, et d’autres délégations militaires avaient répondu présents à cette cérémonie du centenaire à Ajaccio.

Les représentants civils et militaires ont tout d'abord salué les militaires au son de la Marseillaise. Au banc d’honneur Josiane Chevalier, préfète de Corse, Préfète de Corse du Sud, Laurent Marcangeli, maire d’Ajaccio,  Jean Jacques Ferrara, député de la première circonscription de la Corse-du-Sud, le général Jacques Plays, commandant de région de gendarmerie de Corse et commandant du groupement de gendarmerie départementale de la Corse-du-Sud, et Bertrand De Gaullier Des Bordes, commandant de la base navale d’Aspretto et de la marine en Corse. Les deux autorités militaires ont effectué la revue des troupes et son fanion à la préparation militaire marine après la remise des décorations. 

Remise  de décorations
Médaille militaire
Major Michel Dziaduch (Brigade de Gendarmerie Transports Aériens)
Major Patrick Labelle (retraité)
Ordre National du Mérite au grade de chevalier
Chef d’escadron Thierry Renaudin (Section Recherche de la gendarmerie)
Maitre principal Christophe Callens (Marine)
Commandante Karine Latapie (BIL)
Médaille de la gendarmerie nationale avec étoile de bronze
Avec citation à l’ordre de la Brigade, Marechal des logis Yan Bernier (BP Peri)
Avec citation à l’ordre du régiment, Maréchal des logis Michael Baudry (Escadron de gendarmerie mobile 32/2 Lucon
Médaille d’or de la défense nationale « étoile de bronze » avec citation sans croix à l’ordre de la brigade :
Maréchal des logis-chef, Sébastien Biette, BP Pietrosella
 
 De la danse et des témoignages émouvants
L’évocation mémorielle chorégraphique donnée par l’école de danse Fior di stella précèdera les prises de paroles.
Tout d’abord la lecture d’une lettre de poilu adressée à ses parents en 1915, par J.-Laurent Morrazzani élève de troisième au collège Fesch. L’homme au front, Jean François Paoli sergent au 141ème régiment d’infanterie, 4ème compagnie, y écrit en fait son testament, devinant qu'il ne reviendra pas de cette guerre.

Cette lecture sera suivie de celle de l’intervention inaugurale à Vignola en 1933 de Gaston Deblaize, concepteur de la Borne de la terre sacrée, par Pascal Simon. Il y décrit son œuvre comme« l’humble borne de terre sacrée, évocation tangible et impérissable du plus noble des sacrifices … c’est pourquoi en offrant ce symbole à l’île de beauté, je ne fais que rendre à la Corse le juste hommage de la France, à celui des départements qui sacrifia à la patrie le grand nombre de ses fils … et qu’une bonne pensée aille aussi vers vous, nobles femmes de corse, que la terrible guerre a si cruellement éprouvée, à vous, dont le courage n’eut d’égal que celui de nos frères  le Poilu. Pour votre époux, votre fils bien aimé, mort pour la patrie…»

Les Bornes de terre sacrée en France et dans le monde
Leur existence est due à l'idée et au travail du sculpteur français Gaston Deblaize, ancien poilu, soldat du 356ème régiment où il servait comme agent de liaison. Chacune d’elles renferme de la terre de douze champs de bataille différents de la Grande guerre : Champagne, Argonne, Flandre, Marne, Somme, Verdun, Artois, Aisne, Alsace, Lorraine, Ysere, Belgique.
Il en existe cinq autres :
-au cimetière national d'Arlington, près de Washington. Offerte aux vétérans américains en mars 1929, elle contient de la terre des champs de bataille où a combattu le corps expéditionnaire américain. Détériorée, elle a été détruite en septembre 1938 car elle s'était fortement détériorée suite à une faille dans sa propre structure.
-à Chapelle du Simple soldat en l'église Saint-Louis des Invalides, à Paris, inaugurée en 1928.
-au Récif de Guernic sur l'île de Théviec, au large de la presqu'île de Quiberon, dédiée aux troupes américaines, elle fut inaugurée en août 1931.Elle fut détruite par un tir allemand en 1942 et reconstruite en 1964.
-au Village de Cinq-Mars-la-Pile en Indre-et-Loire. En l'honneur du général américain Robert H. Dunlap qui combattit en Argonne et à Soissons. Il mourut en 1931 en tentant de sauver une femme prise dans un éboulement de terrain à Cinq-Mars-la-Pile
-au Village de Meures en Haute-Marne, village où vivait Gaston Deblaize (né à La Houssière dans les Vosges, il s'était installé à Meures où il était sculpteur et céramiste), inaugurée le 30 juillet 1933.
-à la plage de la Terre sacrée, à Vignola, Ajaccio (Corse) dédiée aux 48 000 morts corses. Un bas-relief représente la mort du soldat Alexandre, tué le 8 octobre 1918 dans l’Aisne à 3h30 du matin. Il était le camarade de Gaston Blaize, il fut tué à ses côtés alors qu’ils combattaient ensemble depuis trois ans.

Laurent Marcangeli : « Nous devons être fiers, fiers du sacrifice de nos hommes fiers du sacrifice ultime qu’ils ont donné »
La lecture du discours inaugural du 30 septembre 1933, de Maître Hyacinthe Campiglia, faisant fonction de maire, sera faite par Laurent Marcangeli, maire d'Ajaccio et précèdera son intervention. La ville d’Ajaccio reçoit alors la borne de la terre sacré qui est fixée sur les côtes du golfe d’Ajaccio :

« La borne symbolique s’érige sur la route des Sanguinaires pouvant être non seulement aperçue et saluée par le passant mais aussi par le voyageur en mer. A l’un et à l’autre elle rappellera les lourds sacrifices consentis par la Corse à la Mère Patrie… Si les soldats meurent c’est pour que ne meurt pas une patrie que son passé éblouissant a rendu impérissable dans la mémoire des hommes ».

Laurent Marcangeli, poursuivra :
« Nous devons être fiers, fiers du sacrifice de nos hommes, fiers du sacrifice ultime qu’ils ont donné, …ils sont partis nombreux, arrachés à leurs village, à leurs familles, à leurs amis, certains ne revinrent jamais, d’autres revinrent à tout jamais marqué par l’atrocité de la guerre dans leur chair, dans leurs âmes. Parmi eux on a un grand père Ange Marie Patachini, je veux avoir aujourd’hui  une pensée pour lui, tout comme je veux avoir une pensée pour l’ensemble de vos ancêtres, qui nous permettent aujourd’hui d’être ici. Que leurs sacrifices ne soient pas vain, car aujourd’hui aussi la paix est encore précaire. La ville d’Ajaccio témoigne sa gratitude à celles et ceux qui se sont battus, à celles et ceux qui nous ont précédé, à celles et ceux qui nous ont légué, et dire aux plus jeunes de ne pas oublier ce qui s’est passé. Faites passer la flamme du souvenir car oublier ce n’est pas possible. Soyez fiers de vos ancêtres, soyez fiers de ce que vous êtes. »

La Préfète de Corse fera ensuite lecture du message présidentiel
 
Dépôts de gerbes
C’est en suivant une allée symbolique plantée de bleuets, que les porte-drapeaux se sont rendus devant la Borne de la Terre Sacrée ouvrant ainsi la marche des jeunes gens venus déposer les différentes gerbes des associations, des collectivités, des corps d'armée.
Une allée réalisée par l’association culture loisirs animation de Mezzavia présidée par Lucien Casanova et animée par Antoinette Vega,

La traditionnelle gerbe de blé de Meure village a été déposée au plus haut du monument par un collégien. Elle vient d’un petit  carré planté de blé devant la borne de Meures. La tradition veut qu'il soit moissonné le premier dimanche de juillet de l'année suivante et que les gerbes recueillies soient déposées devant les cinq autres bornes de Terre Sacrée, perpétuant ainsi par ce geste de Paix, la Grande et Belle Leçon des Morts »

La cérémonie s’est terminée dans le recueillement par la Sonnerie aux Morts, la minute de silence la diffusion de la Marseillaise, de la Marche Lorraine.
Le salut aux porte-drapeaux, délégations d’associations d’anciens combattants et autorités civiles et militaires s’est effectué sous les notes de la chanson en hommage au 173ème RI écrite par Jean-Paul Poletti et interprétée Antoine Ciosi.





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