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« Je voulais leur dire mon amour » de Jean-Noël Pancrazi : A la recherche du temps perdu


Rédigé par José Fanchi le Vendredi 3 Août 2018 à 19:13 | Modifié le Vendredi 3 Août 2018 - 22:16


Jean-Noël Pancrazi a le blues. La nostalgie de son enfance de Pied Noir et de l’Algérie où il est né et a passé une grande partie de son enfance au cours des années cinquante et jusqu’à l’indépendance. Cet état de tristesse teinté de mélancolie, sorti de nulle part, sans s’annoncer, a tendance à faire fait broyer du noir. Ce Corse d’origine, écrivain de son état, a donc choisi l’écriture pour sortir de ce néant qui lui prenait les tripes et l’agaçait. Cette encre noire, après une carrière on ne peut plus remplie, il a décidé de la couler sur le papier sépia, trempé dans les souvenirs de son enfance passée sur les hauts plateaux. Le livre de Jean-Noël Pancrazi a obtenu le Prix du Mémorial, Grand Prix Littéraire d’Ajaccio 2018 qu’il recevra ce samedi.


« Je voulais leur dire mon amour » de Jean-Noël Pancrazi : A la recherche du temps perdu
Les fidèles de Jean-Noël Pancrazi, et Dieu sait s’ils sont nombreux, savent depuis longtemps que cette enfance en Algérie dont il parle souvent avec une voix qui sent véritablement la nostalgie, l’a profondément marqué. Les souvenirs qui remontent à la surface ont vraisemblablement nourri une grande partie de ses textes. 
Un pays chevillé au cœur et au corps
Jean-Noël Pancrazi est né 1949, dans un village de l’intérieur, près de Sétif, sur les hauts plateaux, une terre dure qui n’avait rien à voir avec les loisirs du littoral ensoleillé. Au moment de l’indépendance, il a, comme beaucoup de Pieds Noirs, quitté son Algérie natale dans les conditions que l’on imagine : « Une valise et c’est tout » dit-il, contrairement à beaucoup d’idées reçues…

Adolescent, il a bien entendu connu la guerre d’Algérie et ne se prive jamais de revenir sur cette expérience où se s’entremêlent les souvenirs heureux et bien d’autres qui le sont moins… La guerre, les attentats, les morts, la guerre civile.  Le conflit, dont les blessures sont encore tenaces. On peut d’ailleurs s’en rendre compte à travers ses écrits qui font d’ailleurs l’actualité. 

Il n’est que de se souvenir de ce qu’il est convenu d’appeler, à travers ses textes, une saga familiale avec ses ouvrages tels « Madame Arnoul » qui a obtenu le prix  Maurice Genevoix, Prix Albert Camus, Prix du livre Inter, récit qui évoque l’amitié, pendant la guerre, entre un petit garçon et une voisine alsacienne. Autre réussite, « Long Séjour » en 1998, en hommage à son père, puis Renée Camps (2001) où il évoque sa mère et enfin «  La Montagne »  (2012) qui retrace l’assassinat de jeunes camarades. Une immense évocation qui s’articule autour des souvenirs de cette vie meurtrie par ce drame. Il explique :



Je ne voulais plus y retourner mais…
« Cela faisait plus de cinquante ans que je n’étais pas revenu en Algérie où j’étais né, d’où nous étions partis sans rien. J’avais si souvent répété que je n’y retournerais jamais. Et puis une occasion s’est présentée : un festival de cinéma méditerranéen auquel j’étais invité comme juré à Annaba, une ville de l’Est algérien, ma région d’origine. Sur place, j’ai participé au festival, je m’y suis senti bien, j’ai eu l’impression d’une fraternité nouvelle avec eux tous. Une fois le festival achevé, je m’apprêtais à prendre comme convenu la route des Aurès pour revoir la ville et la maison de mon enfance, un événement est survenu, qui a tout arrêté, tout bouleversé. Question de sécurité probablement ? Le refus a été très brutal. C’est donc le récit de ce retour cassé que je fais ici. Je voulais tellement leur crier mon amour… » 
« Je voulais leur dire mon amour »  (Gallimard) est un livre de recherche, d’un temps perdu, d’un désir fou de retrouver ces lieux et l'évocation de «l'édifice immense du souvenir», comme l'écrivait l'auteur de Du côté de chez Swann. Au commencement, est un mélange de pudeur et de drame évoqué comme ça, en passant, sans dire toute la douleur vécue durant les jeunes années.  


« Je voulais leur dire mon amour » de Jean-Noël Pancrazi : A la recherche du temps perdu
Prix du Mémorial
En 1962, lorsque qu’il quitte l’Algérie avec ses parents, Jean-Noël Pancrazi s'installe à Perpignan, puis à Paris. Son premier roman, "La Mémoire brûlée" paraît en 1979 aux Éditions du Seuil, suivi d’un certain nombre d’ouvrages dont  "Lalibela ou la mort nomade" ou encore  "L'Heure des adieux" et "Le Passage des princes".
"Les Quartiers d'hiver", publiée en 1990 obtient le prix Médicis. J.N. Pancrazi poursuit son exploration du monde de la nuit avec "Le Silence des passions" couronné par le prix Valery-Larbaud, le prix du Livre Inter, le prix Maurice-Genevoix, et le prix Albert-Camus. Il rend hommage à son père, qui a fini ses jours en Corse, dans "Long séjour" (1998, prix Jean Freustié), puis à sa mère, dans "Renée Camps" (2001). Ces trois livres composent "une trilogie de mémoire familiale".

Jean-Noël, après avoir été enseignant, effectue par la suite des séjours en Haiti et en République Dominicaine qui lui inspirent deux romans : "Les Dollars des sables" (2006) et "Montecristi" (2009), où il dénonce un scandale écologique.  Dans "La Montagne" en 2012, il affronte un souvenir qu'il a longtemps gardé secret : la mort de six petits camarades assassinés dans la montagne pendant la guerre d'Algérie. Le texte est récompensé par le prix Méditerranée, le prix Marcel-Pagnol et le prix François-Mauriac de la région Aquitaine.
Jean-Noël a reçu le grand prix de la Société des gens de lettres (SGDL) pour l'ensemble de son œuvre. Depuis près de 20 ans, il est membre du jury du prix Renaudot. Il est chevalier dans l'Ordre du Mérite et chevalier de la Légion d'Honneur.Cela ne l’empêche pas de revenir très régulièrement sur la terre de ses ancêtres qu’il apprécie tout particulièrement où il a passé de longs séjours durant les vacances scolaires et après. Il se rappelle des visites régulières chez ses cousins germains, les Pancrazi (les enfants du docteur Pancrazi de la Villette) et ses nombreux amis d’enfance avec lesquels il garde le contact. Le livre de Jean-Noël Pancrazi a obtenu le Prix du Mémorial, Grand Prix Littéraire d’Ajaccio 2018 qu’il recevra ce samedi.
A 12 h 30, dans les salons Napoléoniens, il recevra la médaille d’honneur de la ville d’Ajaccio et le soir, au musée Fesch, conférence et remise du Prix du Mémorial par le maire d’Ajaccio.
J. F.


 





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