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"Voyage, voyage [ Géographies & Boat People ]" la nouvelle exposition de Jean-Joseph Renucci


Rédigé par le Mardi 31 Mars 2015 à 22:07 | Modifié le Mercredi 1 Avril 2015 - 00:12


Du 4 avril au 29 mai Jean-joseph Renucci prend le large... Une fois de plus, il nous embarque dans son univers inattendu et troublant au travers de deux séries photographiques intitulées, « géographies » et « Boat People. » Nous sommes secoués, ballottés passant de l’infiniment grand à l’infiniment petit. Un œil affûte mais aussi poétique qui nous force, nous, pauvres spectateurs à nous interroger sans cesse.


Géographies 
C’est après une tempête hors du commun qui frappe Ajaccio en janvier 2010 que Jean-Joseph Renucci réalise cette série de photos. Parmi les dégâts importants, l’aire de jeux de la Place Miot, le sol amortissant de celle-ci, constitué de granulats de caoutchouc de plus de 15 cm d’épaisseur est déchiqueté. Au hasard des vues qui s’enchaînent, les déclenchements interviennent, rapides, instinctifs ... comme pour saisir l’instant qui ne reviendra plus. Là, nous sommes à 3 000 pieds, puis en moins de trois secondes nous sommes redescendus et survolons à présent les falaises en rase-motte... Les images se succèdent comme un tour du monde en accéléré : des isthmes, des presqu’îles, des archipels... La Terre vue du ciel du pauvre !
Ces photographies font sans doute référence aux œuvres de Joachim Mogarra (1) ou de Stéphane Steiner (2) dans le rapport d’évocation minimal que celles ci entretiennent à la représentation de leur sujet. Toutefois, contrairement à ces deux artistes “producteurs” — au sens d’une production “manuelle, élaboration du sujet représenté, installation (photographiée comme chez l’un ou pas, comme chez l’autre). Ici, la notion du “faire“ est totalement absente et cette photographie relève bien du ready-made.

Boat People

Jean-Joseph Renucci présente sa série Boat people, une enquête photographique haletante dans le milieu des juilletistes et des aoutiens épris de Corse.
Thomson Dream, Thomson Destiny, Independance Of The Seas, Ocean Village, Island Escape, Pacific Princess, Arcadia... Autant de noms plus ou moins évocateurs que ceux de ces villes flottantes qui sillonnent le bassin méditerranéen chargées de milliers de personnes lorsque arrive cette période de l’année que l’on nomme ici, comme dans les autres lieux où le tourisme est roi, La Saison.
Que voit-on ? Des hommes, des femmes, dans l’intimité d’une cabine ; ils sont seuls, en couple, entre amis, la plupart du temps en costume de bain, ils jouent aux cartes, se crèment, observent. Ils regardent et nous les regardons. C’est un étrange jeu de miroir auquel nous assistons. Qui est véritablement le voyeur ? Ces vacanciers, repus des images qui défilent sous leurs yeux ? Ou les autres, simples badauds à quai, additionnant les cortèges de fourmis et les submersibles au fil des heures de la journée ?
Ce qui est sûr, pour nous qui sommes devant les photographies de Jean Joseph Renucci, c’est qu’il y en a, à voir. Et la somme d’informations distillées ne peut que satisfaire notre appétit de curiosité. Car l’artiste s’attelle à une technique simple et froide à la fois, une photographie objective, libérée de tout affect et artifice. Dans la tradition de l’école de Düsseldorf, d’artistes comme Gursky, Struth ou Ruff, les photo- graphies de la série Boat people restituent une réalité tangible qui flirte avec le document. Il est étonnant de constater à quel point les scènes auxquelles nous assistons sont immuables dans l’histoire du tourisme de masse. Torses nus, ces acteurs d’un jour pourraient être les contemporains de La croisière s’amuse, et pourtant ce sont des vacanciers du IIIe millénaire.
D’une image à l’autre, le jeu de zoom auquel s’adonne Jean Joseph Renucci ajoute à la tension dramatique d’un hypothétique scénario. C’est peut-être ici qu’il rejoint d’autres photographes de la réalité, comme le grand Martin Parr, et qu’il parvient à nous tenir en haleine à la manière d’un Hitchcock dans Fenêtre sur cour. Tantôt la façade d’un navire Concordia fait office de bande-annonce, tantôt la réduction d’échelle nous propulse dans l’infiniment petit. Macro/micro, un scenario à choix multiples. 
Romain Torri
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Du 4 Avril au 29 Mai à Scenina 15, boulevard Maglioli Ajaccio.




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