Corse Net Infos - Pure player corse

Territoriales : L'impossible "remontada"


Rédigé par Jacques RENUCCI le Vendredi 8 Décembre 2017 à 08:04 | Modifié le Vendredi 8 Décembre 2017 - 14:51


Pour le second tour, les adversaires des Nationalistes voudraient au moins limiter les dégâts.








Au soir du premier tour, un constat a été mis en avant par les candidats comme par les analystes : près d'un électeur sur deux ne s'est pas déplacé pour se prononcer sur la collectivité nouvelle. A la veille de l'échéance finale, cette masse sur laquelle on s'interroge est devenu une manne, un Graal, un trésor à conquérir.
   
Les Nationalistes, pour leur part, savent qu'ils ont bien mobilisé leurs militants et sympathisants, qu'ils ont frappé fort d'emblée. Ils auront le soutien inconditionnel – très « grand seigneur » - du Rinnovu, mais ils bénéficieront aussi, comme il est d'usage, des voix qui, par opportunisme, basculent vers la victoire – comme des médias qui n'auraient eu qu'à remplacer le nom « Giacobbi » par « Simeoni » dans leur manuel de servilité... Les Nationalistes ne s'en font donc pas trop, même s'ils veulent à nouveau marquer le coup en amplifiant leur emprise, non plus pour une mandature déjà acquise, mais pour montrer à Paris que la Corse a vraiment choisi sa voie, et qu'il faudra compter avec cette confirmation d'une évidence.

Les abstentionnistes... et les autres  
Pour les survivants du suffrage universel, la mission est donc de faire réagir les électeurs défaillants, mais aussi de garder leurs troupes intactes. Il y a le fait d'être battu, il y a aussi la manière d'être battu. Laisser l'assemblée sous entière hégémonie nationaliste, personne à droite ou au centre ne le souhaite. Encore faut-il en persuader ceux qui ont leur bulletin en main, à condition qu'ils veuillent bien s'en servir.
  
C'est pourquoi, dans les dernières réunions publiques, on a sorti le vocabulaire guerrier et insisté sur la nécessité pour les citoyens d'accomplir leur devoir – de préférence dans le bon sens.
L'appel, chez Jean-Martin Mondoloni, Valérie Bozzi et Jean-Charles Orsucci, est double : les têtes de liste s'adressent à ceux qui ne se sont pas déplacés le 3 décembre et en même temps à ceux dont les candidats ont été éliminés, s'ils leur reste un brin de conscience civique. Ils demandent aussi à leurs troupes de ne pas céder au découragement, pour n'avoir rien à se reprocher dans les prochains lendemains qui déchantent.
   
Bien sûr, il n'est pas utile de susciter de faux espoirs ; ces leaders savent qu'il serait utopique de penser que la tendance pourrait être inversée, dans une impossible « remontada ». Mais néanmoins, bien figurer est important, du côté de la Droite – ou des droites – pour jeter les bases d'une reconstruction, du côté d'Andà per Dumane pour asseoir dans la durée un mouvement naissant qui porte les valeurs libérales du Président de la République, mais prises dans leur dimension « sociale et progressiste. » En usant à dessein d'un tel vocabulaire, Jean-Charles Orsucci s'adresse directement au « peuple de gauche » qui, pour la première fois, dans la jeune histoire de l'assemblée de Corse, n'aura pas de représentant élu.

Usure et lassitude  
Dans le camp de la droite, le problème est à la fois similaire et différent. Là aussi, il faut secouer un électorat apathique qui ne s'est pas senti concerné par l'enjeu. Mais si du côté d'Andà per Dumane on s'engageait dans l'inconnu, avec une sensibilité nouvelle à faire entrer dans le paysage politique insulaire, chez Valérie Bozzi et Jean-Martin Mondoloni, on connaît son monde. Et le moins que l'on puisse dire est qu'il n'a pas été présent au rendez-vous. On a ressenti une forme d'usure, de lassitude, peut-être un discours mal adapté aux enjeux actuels, mais surtout, et beaucoup de reproches en ce sens fusent en interne, un manque d'implication de certains élus locaux qui, sans doute, se sont sentis dans l'obligation stratégique de donner des gages aux maîtres du moment...
Au creux de la vague, le mouvement nationaliste avait lancé le mot d'ordre d'occuper « tous les terrains de lutte », politique, associatif, syndical. Il récolte, aujourd'hui, les fruits de cet ingrat travail de terrain. La Droite, qui produit des partis de pouvoir, n'est pas dans cette culture. Il lui faudra réinventer le dialogue d'un retour à la base sans rapports de dépendance.
   
S'ils se rejoignent sur un point les battus du premier tour, c'est pour dénoncer le risque de voir la « pensée unique » s'installer dans l'hémicycle (un peu comme à l'Assemblée nationale avec la vague En marche...). Mais vérité en deçà de la Méditerranée, erreur au-delà. Il est ici question de bonne santé démocratique, de défense d'un pluralisme dynamisant et créatif, où l'opposition ne jouerait pas qu'un rôle minime dans le chœur des inutiles. Le message est simple : si vous nous avez refusé le pouvoir, donnez-nous au moins un peu de puissance, synonyme du droit d'exister, pour nous permettre de rebondir en des jours meilleurs.
Il n'est pas dit, au vu des résultats précédents et de l'élan qu'ils traduisent, que l'électeur souscrive à cette demande.  



Corse | Entretiens | Elections | Institutions